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De l’audace dans la gestion de la crise Covid-19 !

La crise du Covid-9 a pris tout le monde de court par son ampleur et son étendue. Parti de la ville de Wuhan en Chine, le virus s’est propagé rapidement en Corée du Sud, en Italie et ensuite dans toute l’Europe, et en Iran. Mais, la propagation ne s’est pas limitée à ces centres de gravité de départ et le virus a démontré une agressivité sans précédent en frappant d’autres régions, notamment en Afrique et en Amérique.
Les pays ont commencé à apporter des réponses pour maîtriser et arrêter la propagation de ce virus. Ces réponses ont donné dans un premier temps la priorité aux aspects sanitaires et à la sécurité des citoyens. Mais, elles se sont progressivement orientées vers des programmes globaux, intégrant en plus des questions de santé, les dimensions économique et sociale. Ainsi, toute une batterie de mesures d’urgence ont été prises pour faire face à l’impact économique et social de cette crise, qui vont des aides fiscales aux entreprises, aux soutiens pour les familles touchées par la crise et aux mesures de soutien à l’activité économique pour empêcher l’approfondissement de la récession à venir et sa transformation en une crise économique ouverte.
Notre pays a été également touché par cette crise et cherche, comme tous les autres pays, à maîtriser ce fléau par des politiques publiques adaptées. L’aspect sanitaire a été largement privilégié pour faire face à la progression de ce fléau et protéger les vies humaines. Plusieurs mesures fortes ont été annoncées et même si notre pays est toujours officiellement dans la phase 2, les mesures prises sont celles de la phase 3 afin de prévenir ses effets sur la santé publique et limiter ses conséquences sur nos concitoyens.
Reste le volet économique et social qui fait encore débat. Les entreprises n’ont pas cessé d’annoncer les effets catastrophiques de cette crise sanitaire sur leurs activités et ont rapidement formulé leurs demandes pour faire face aux difficultés qui ont commencé à se pointer. Ces mesures concernent notamment le report des échéances fiscales et des contributions sociales. Elles ont également mis l’accent sur la nécessité pour l’Etat d’accélérer les paiements des sommes dues aux entreprises sous forme de trop-perçu de TVA ou d’impôt, ou de régler les paiements en retard en contrepartie de l’exécution de chantiers publics.
D’autres propositions ont été formulées, notamment en rapport avec les engagements bancaires des entreprises afin que la Banque centrale et le gouvernement leur viennent en aide dans leurs négociations avec les banques. D’autres ont appelé la Banque centrale à augmenter l’injection de liquidités pour faire face aux besoins des banques.
Cette crise a également mis en exergue les difficultés du secteur de la santé et la nécessité de lui donner d’importants moyens immédiats pour faire face à ces besoins mais aussi des investissements à moyen terme pour assurer sa réhabilitation et sa mise à niveau.
Il y a aussi le volet social. Les mesures de confinement prises par le gouvernement vont avoir des effets sur les couches populaires avec une augmentation du chômage et une baisse importante des revenus pour les employés des secteurs les plus sinistrés. Cette crise sociale exige une intervention de l’Etat pour venir en aide aux familles les plus nécessiteuses.
Il faut également prévoir un volet budgétaire et un recours à la politique budgétaire pour relancer l’activité économique et réduire l’ampleur de la récession économique qui pourrait renforcer la crise que nous traversons depuis quelques années et le blocage de la transition économique.
Comme on le voit, les demandes sur le budget de l’Etat sont importantes pour faire face à cette crise et à son impact économique sans précédent.
Or, le véritable problème réside dans la crise des finances publiques et les marges de manœuvre réduites à la disposition des pouvoirs publics pour faire face à ces demandes importantes.
Et, la question éternelle : que faire ? Comment prendre en charge l’ensemble des demandes pour réduire l’impact de cette crise sans précédent et arrêter sa propagation dans un contexte de crise aiguë des finances publiques ?
La résolution de cette équation passe par beaucoup d’audace, de courage et de détermination. Nous devons élargir nos marges de manœuvre budgétaire et financière pour faire face à cette crise sans précédent. Et, nous suggérons deux voies importantes pour la renforcer. La première devrait tirer profit des programmes mis en place par les grandes institutions internationales pour venir en aide aux pays en développement. En effet, depuis quelques jours, le FMI, la Banque mondiale et bien d’autres institutions ont annoncé la mise en place d’importants programmes de soutien en faveur des pays en développement. A ce niveau, notre pays doit faire preuve d’une grande mobilisation pour accéder à ces financements et les mettre à la disposition de nos finances publiques. Cette mobilisation est nécessaire dans la mesure où plusieurs pays en développement vont également chercher à y accéder. Pour accroître nos chances d’accéder à ces financements, nous devons réunir trois éléments majeurs : un large appui politique de la part de nos amis au sein de ses institutions et particulièrement les grands pays membres, la préparation de notes techniques bien argumentées pour montrer l’ampleur de cette crise sur notre pays et le travail de sensibilisation que nos représentants au sein de ces institutions, notamment nos administrateurs et nos gouverneurs, doivent effectuer auprès des directions des grandes institutions internationales.
La seconde voie concerne le remboursement de la dette et la nécessité de négocier un report des remboursements inclus dans la loi de Finances 2020. L’ampleur de ces remboursements va lourdement peser sur nos finances publiques et réduire largement notre capacité d’intervention pour faire face à la propagation du virus. Nous devons avoir le courage de nous attaquer à ce volet et ceci peut se faire de deux manières. La première voie, c’est faire preuve d’audace, appeler à ce report et prendre la tête d’un grand mouvement international pour convaincre nos créanciers multilatéraux, bilatéraux et privés de reporter les remboursements pour l’année en cours. Cette action exige une forte mobilisation de la part des pays touchés par cette crise et à l’image de l’initiative PPTE (pays pauvres très endettés) lancée en 1996 et qui a permis une réduction de la dette des pays pauvres. Notre pays peut lancer cette initiative et avec d’autres pays touchés par cette crise, construire un large mouvement global pour assurer un report des remboursements dus cette année.
La seconde voie passe par l’ouverture de négociations au sein du Club de Paris et du Club de Londres pour demander une renégociation de notre dette et étudier avec nos créanciers plusieurs options dont le report du paiement, son rééchelonnement ou son refinancement.
L’ampleur de la crise et son impact sans précédent vont avoir des effets néfastes sur les pays en développement. Cette crise exige de nouvelles réponses qui sortent des politiques traditionnelles et conservatrices pour faire preuve d’audace et d’innovation.

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