Quand la BCT devient la principale contrainte de la croissance en Tunisie

Quatre mois après les élections, la Tunisie n’a toujours pas de nouveau gouvernement. La crise économique qui sévit dans le pays prend de plus en plus d’ampleur et risque de le mener au bord du chaos politique. La croissance économique pour l’année 2019 s’est établie à seulement 1%, sous le rythme de croissance de la population. Ainsi la croissance du PIB par tête passe pour la première fois dans l’histoire de la Tunisie en zone négative. Cela signifie simplement que la richesse par personne baisse et que le pouvoir d’achat recule donc.
De nombreux éléments peuvent expliquer la crise actuelle mais une grande partie revient à la BCT à travers aussi bien la politique monétaire mise en place que la réglementation de change et les mesures de contrôle. Nous revenons avec plus de détails sur ces éléments dans ce qui suit :
Une politique monétaire qui a réussi de mettre à l’arrêt les moteurs de la croissance…
Il est inacceptable et inadmissible de maintenir le taux directeur à 7.75% avec un taux du marché monétaire de 7.85%. Car si on ajoute les marges bancaires, les taux des crédits varient entre 10% et 11%, ce qui est du jamais vu, surtout que le pays se bat pour sortir la tête de l’eau. A ces taux, on se demande qui est encore capable d’investir dans ce pays. En effet, la BCT a réussi à mettre à l’arrêt tous les moteurs de la croissance et piégé l’économie tunisienne dans une trappe de croissance en dessous de 1%. La BCT justifie cette position sous prétexte de lutte contre l’inflation alors que nous savons tous pertinemment que les canaux de transmission de la politique monétaire ne fonctionnent pas correctement en Tunisie. D’ailleurs, l’inflation sous-jacente (principale cible de la BCT) ne baisse pas et continue sa tendance haussière pour s’établir à 6.8%. En attendant la baisse du taux directeur, le peuple mourra de faim.
Des réserves de change artificiellement élevées et une réglementation de change d’un temps révolu….
La BCT se félicite de la hausse des réserves de change alors que celle-ci n’est que le produit des emprunts mobilisés par l’Etat. Cette hausse est aussi due à la baisse de l’activité économique. Autrement dit, la demande sur les devises s’est légèrement ralentie et c’est pour cette raison que le dinar s’est maintenu à son niveau. Cependant, il est toujours utile de rappeler que les devises en circulation dans le pays hors système bancaire dépassent de loin le montant détenu par la BCT. Il suffit donc d’assouplir la réglementation de change pour doubler les réserves. De même, il suffit de simplifier les procédures pour nos amis libyens pour que les réserves s’envolent.
S’agissant de la réglementation de change, la BCT se dit attendre le vote de la loi sur l’amnistie de change. Une stupidité ! Car cette fameuse amnistie ne concerne que 5% de la population tunisienne voire même moins, alors que 95% n’ont nul besoin de cette amnistie et ne demande que d’avoir un compte en devise, mais ils sont condamnés à attendre. Entre temps les 5% qui doivent bénéficier de l’amnistie ont déjà transféré leur argent à l’étranger et n’en ont plus besoin. Au final c’est tout le pays qui est bloqué alors que l’affaire est très simple.
La baisse du déficit commercial est davantage une mauvaise nouvelle qu’une bonne …
Faut-il d’abord rappeler pour nos chers lecteurs que les déficits ne sont toujours pas mauvais et les excédents ne sont pas toujours bons. En effet, tout dépend des sources du déficit. S’agissant du cas de la Tunisie, la récente amélioration du déficit commercial qui est passé à la fin du mois de janvier 2020 à 970 MD contre 1568 MD au mois de janvier 2019, parait comme une très mauvaise nouvelle car cette amélioration n’a pas comme origine une amélioration des exportations qui ont régressé de 4,2%. A titre de rappel, les exportations tunisiennes au mois de janvier on atteint 3655,6 MD, soit un peu plus d’un milliard d’euros. Cependant, cette performance est due à une baisse plus importante des importations de 14,2%. Cette baisse est très inquiétante car ce sont les importations des biens d’équipement qui ont baissé de 25% du fait de la faiblesse de l’activité économique et plus particulièrement de l’investissement.
La BCT fait la promotion du cash
Alors que partout dans le monde, les Banques centrales luttent contre le cash et font la promotion des paiements électroniques, la BCT fait l’opposé bien que dans le discours, elle prétend mener une guerre contre l’argent liquide. En Tunisie, rares sont les commerçants qui disposent de TPE dans la mesure où les banques exigent des commissions (en %)sur le montant de la transaction affectant la marge brute des entreprises. Aucune entreprise ne pourrait accepter une telle arnaque et les exemples sont multiples.
Au final, l’indépendance de la BCT ne lui permet pas de faire n’importe quoi. Les membres du conseil de la BCT doivent également rendre des comptes et sont aussi redevables devant le peuple des conséquences de leurs décisions. Comme les autres réglementations, la BCT devrait finir par accepter que seul l’assouplissement de sa politique monétaire et des procédures permettrait de faire face à ce marasme économique.

Mohamed Ben Naceur

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