Le conflit en Syrie

Avec l’historien Paul Veyne, Max Weber, le penseur et théoricien du pouvoir sommital, écrit ceci : « L’Etat est une communauté humaine qui revendique avec succès le monopole de l’usage légitime de la violence physique sur un territoire déterminé ».
L’emprise de l’Etat sur l’assise territoriale a partie liée avec une loi générale, celle de la souveraineté nationale.
Arc-bouté sur ce principe cher aux théoriciens, le chef de l’Etat syrien adresse un « go home » aux Turcs et aux Américains. Par sa fondation radicale, cette prise de position surplombe et transcende les raisons évoquées par ces deux « occupants », à l’instant même où Bachar-cœur-de-lion proclame, à l’Armée rouge, une invitation. Bienvenue à Poutine ce libérateur, hors d’ici Erdogan et Trump, ces fieffés envahisseurs !
Dès lors, que fait l’armée ottomane en terre syrienne ?
De même, que fait la colonisation israélienne en terre palestinienne ?
Pour la seconde question, la réponse va de soi. Car, la puissance israélo-américaine peut s’autoriser à outrepasser le droit national et international. Ainsi, les Etats-Unis infligent des mesures punitives, bien dures aux entreprises insoumises à leur dictature. Mais les 112 entreprises liées aux colonies d’Israël en territoires occupés à tort, ne sauraient subir, tout à fait, le même sort. A la différence de l’hydre américaine, Ramallah ne dispose guère de ramifications tentaculaires, à la fois militaires et fiduciaires, déployées à l’échelle planétaire.
Plus intéressant à explorer, le cas de figure turco-syrien donne à voir une relation moins banale entre le sens et la puissance.
A l’heure où la solution israélienne, dite américaine, parachève le charcutage de la terre palestinienne, Erdogan adopte, vis-à-vis de la Syrie, la thèse de l’espace vital, exhibée aux origines de la Guerre mondiale.
J’envahis le territoire du voisin pour assurer la paix du mien. En outre, au moment où je ferme la frontière face à l’éventuel afflux de réfugiés, j’ordonne aux bataillons syriens de reculer ou alors, je recours à « tout ce qui est nécessaire sur terre et dans les airs ».
J’ai déjà détruit entre autres, un avion russe et deux hélicoptères. Erdogan, le rêveur nuit et jour, à l’Empire ottoman,  oppose la force illégitime au droit de l’Etat syrien à récupérer sa terre encore occupée à 30% par les djihadistes affiliés à Haraket Tahrir al-Cham, ex-branche d’Al Qaïda. Ici apparaît la seconde motivation d’Erdogan, ce quasi sultan. A la différence de Kamal Ataturk, le sabreur de l’hégémonie claricale, Erdogan, l’un des piliers de l’Internationale islamiste, vole au secours des djihadistes quand, pour Bachar et Poutine, il s’agit de « terroristes » à évacuer d’Idlib, manu militari. Erdogan obéit à deux raisons, l’espace vital de sinistre mémoire et le soutien accordé aux ennemis jurés de Bachar. Cependant, avoir des raisons ne veut pas dire avoir raison. Dans la classique dialectique du sens et de la puissance, la Syrie, confortée par la Russie, parvient à opposer le droit et la force à l’arrogance de la violence mise au service du non-sens.
Voilà pourquoi les deux cas, l’un israélo-palestinien et l’autre turco-syrien, ne se ressemblent pas. Le droit, privé de force, laisse à l’usurpateur toute latitude pour enfreindre le principe catégorique de l’éthique.
« Agis toujours de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle ». Kant veut dire : et si Bachar demandait à Erdogan de lui réserver en Turquie, une lanière de terre pour protéger les Kurdes syriens qui l’ont tant aidé à mater les djihadistes ? Dans ce chassé-croisé, quelque peu compliqué, Poutine vend ses S 400, redoutables, à la barbe des Etats-Unis, pour le plus grand bonheur d’Erdogan et soutient Bachar, la bête noire d’Erdogan.
Les milliers de morts et de blessés, outre les déplacés, font les frais de cette guerre sans cesse perpétuée. Comment plusieurs interprètent-ils cette calamité ? A titre illustratif, voici l’une de ces visions recueillie parmi ce genre de représentations. Pour Moncef Ouannès, directeur du CERES, nationaliste arabe et connaisseur du conflit inter-libyen, l’argumentaire humanitaire ne saurait délégitimer l’entreprise de l’Etat soucieux de récupérer son territoire au vu de ses droits.
Dans ces conditions, « le cahos créateur », cher à Hillary Clinton, dévoile chez Bachar, son look usurpateur. Stoppé net par la Russie, l’ainsi nommé « printemps arabe » recule en Syrie face au sens lié à la puissance. Loin de savoir sur quel pied swinguer, Erdogan brandit l’imminence de son offensive, Poutine lui dit gare à toi, et le maître d’Ankara finit par annoncer une prochaine réunion turco-franco-russo-allemande.
Au téléphone, Poutine lui dit qu’en Syrie, la Turquie soutient les djihadistes au plus haut point « terroristes ».

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