Exportations vers l’Afrique: Plusieurs obstacles majeurs

En attendant l’instauration de la confiance pour la relance de l’investissement, seule la promotion vigoureuse des exportations pourrait constituer un moteur de croissance efficace et pérenne.
Or, les exportations tunisiennes ont régressé de 5% en 2019 selon le récent rapport de l’INS.
Comment faire pour redresser la tendance et amorcer un processus vertueux de croissance significative des exportations alors que l’économie de l’Union européenne, notre principal partenaire européen, est plutôt en berne ?
L’émergence du continent africain pourrait constituer une alternative fiable, moyennant un certain nombre de conditions et de mesures favorables. Le marché africain, qui a prouvé ses potentialités de façon concrète, est loin d’être un mythe pour les entreprises tunisiennes.
Plusieurs indicateurs socio-économiques objectifs prouvent l’étendue croissante et la diversité des besoins des populations africaines : croissance économique moyenne du continent de l’ordre de 5% par an sur le long terme, classe moyenne en forte progression, expansion démographique et urbanisation galopante de l’Afrique.
Autant de signaux qui provoquent l’intérêt grandissant des grandes puissances pour l’investissement et la conquête des marchés africains.
En réalité, il n’y a pas de véritable volonté politique de conquérir des marchés africains de façon précise, avec une détermination confirmée par une stratégie, des objectifs et un plan d’action réalisables sur plusieurs années, moyennant la mise en œuvre de mécanismes et de moyens efficaces.
L’Etat se contente de quelques mesures disparates, saupoudrées, comme l’ouverture de lignes aériennes, la signature d’accords commerciaux, des subventions pour la prospection et le transport des produits exportés.
En fait, il compte sur les initiatives et le dynamisme du secteur privé pour réaliser une percée sur les marchés africains.
Il y a en fait plusieurs obstacles majeurs au développement de nos échanges avec l’Afrique dont l’absence de lignes régulières de transport maritime pour desservir les principaux ports africains pour la livraison directe des marchandises.
Pour le déplacement des hommes d’affaires et des chefs d’entreprises, la compagnie nationale a déployé des efforts certains depuis quelques années et créé des lignes régulières pour plusieurs capitales africaines, mais cela demeure insuffisant. Il n’y a pas suffisamment de représentations diplomatiques tunisiennes en Afrique pour soutenir les entreprises dans leurs prospections.
Aucune banque tunisienne n’est implantée en Afrique de façon significative et opérationnelle avec des agences dans plusieurs pays africains, des ressources suffisantes pour apporter un soutien financier aux entreprises qui s’implantent sur les marchés africains afin d’investir sur place ou encore de financer les exportations de produits tunisiens vers ces pays.
Il faut dire que, malgré les difficultés socio-économiques et financières de mise dans le pays, les exportations tunisiennes orientées vers l’Afrique qui n’étaient que de 720 MD il y a trois ans, sont passées à 3 milliards de dinars en 2019.
Il est certain que Bassem Loukil, président du TABC (Conseil d’affaires tuniso-africain) déploie de gros efforts dans le sens de la promotion des exportations tunisiennes, mais il faudrait que les pouvoirs publics suivent.
Il y a lieu de remarquer que les entreprises tunisiennes ont réalisé des investissements certes modestes, mais quand même notables en Afrique en 2018 : près de la moitié (48%) ont été réalisés au Maroc, près du quart au Sénégal (24%) et 19% en Côte d’Ivoire.
En trois ans, le nombre d’entreprises tunisiennes présentes et actives en Côte d’Ivoire et au Sénégal est passé respectivement de 13 à 57 et de 3 à 15.
Tout cela est bon mais timide et nettement insuffisant, il faut élargir la gamme des produits exportés et développer l’implantation.
Aucun des six gouvernements qui se sont succédé au pouvoir pour gérer le pays depuis 2011 à ce jour, n’a pris la responsabilité de mettre en œuvre une stratégie pour la conquête des marchés africains alors que l’économie tunisienne est manifestement dépourvue d’un moteur de croissance susceptible de lui faire traverser les turbulences de la délicate transition politique sans subir de graves dommages sociaux collatéraux.
C’est à croire que les gouvernements ne se sentaient dotés d’aucune légitimité capable de leur faire assumer des décisions courageuses, pâtissant au passage  de compétences à même de relever des défis, somme toute, à notre portée.
La BCT reconnaît qu’il y a encore beaucoup de contraintes au niveau des transferts et du Code de change qui a besoin, non pas d’un lifting mais d’une révision complète, de fond en comble, pour être incitatif et non pas seulement répressif.
Enfin, nous devons engager tout un processus pour récupérer une grande partie de notre part du marché libyen, perdue depuis 2011 suite à la guerre civile qui sévit chez notre voisin.   

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