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Efficacité économique et justice sociale : Quel compromis pour la Tunisie de demain ? (2)

L’adéquation entre la justice sociale et l’efficacité économique était au cœur du contrat social de l’Etat indépendant. Dans ce contexte, la spécificité de l’expérience tunisienne réside dans cette quête incessante de l’équilibre entre les deux aspects de cette équation.
L’Etat postcolonial a joué un rôle essentiel dans la construction d’un nouveau modèle de développement pour remplacer le modèle colonial orienté vers la satisfaction des besoins de la métropole en matières premières et dans l’écoulement des excédents des industries locales. Ce nouveau modèle de développement va constituer le fondement de l’indépendance économique et de la souveraineté nationale.
L’Etat a joué un rôle essentiel dans la construction de ce nouveau modèle de développement à travers la création d’entreprises publiques nationales, le développement des investissements publics et la construction de pôles de développement régionaux qui contribueront à sortir les régions intérieures de leur marginalité. Ces nouveaux choix de développement ont réussi à relancer l’investissement et la production, orientés vers le marché intérieur et à remplacer les importations de biens destinés à la consommation intérieure par des productions locales.
Ces choix de développement économique vont connaître une évolution importante au début des années 1970 avec une plus grande participation du secteur privé dans l’effort de développement. Cette période va connaître une ouverture importante de notre économie sur l’économie mondiale à travers la mise en place de législations pour attirer le secteur privé dont la loi d’avril 1972.
L’ensemble de ces développements va donner à notre modèle de développement sa spécificité et sa singularité par rapport aux autres. Ce modèle sera marqué par trois caractéristiques essentielles. La première est celle de la recherche d’un équilibre entre le secteur public et le poids de l’Etat et le rôle d’un secteur privé naissant qui va faire preuve d’un grand dynamisme à partir du milieu des années 1970 pour devenir un acteur essentiel de notre développement. La seconde caractéristique concerne l’équilibre entre le marché intérieur et le marché international en encourageant les activités exportatrices. Enfin, ce modèle de développement a mis l’accent sur les politiques sectorielles, notamment les politiques de développement agricole et les politiques de développement industriel.
Parallèlement à cette quête d’une plus grande efficacité économique qui s’est traduite par une croissance rapide de la productivité, l’Etat de l’indépendance a souhaité renforcer la justice sociale à travers la création de nouvelles institutions, afin de porter la cohésion sociale et de la sortir des solidarités traditionnelles basées sur les appartenances familiales et claniques pour la lier à l’Etat moderne. L’Etat est alors intervenu dans différents domaines sociaux afin de favoriser une plus grande justice sociale et l’égalité entre les différentes couches sociales. En même temps, l’Etat a effectué d’importants investissements dans les secteurs sociaux comme la santé ou l’éducation pour en faire le véritable moyen de promotion sociale. L’Etat a également mis en place une série de caisses sociales qui seront les outils de la solidarité entre les différentes couches sociales et les différentes générations. L’ensemble de ces choix a contribué au développement de la justice et de l’égalité.
Les choix de développement économique et social ont permis d’établir un équilibre entre les impératifs d’efficacité économique et les choix de justice sociale.
Mais, cet équilibre ne durera pas longtemps et va rapidement reculer et se détériorer. L’efficacité économique, particulièrement la productivité, a connu un important recul du fait de la baisse des investissements dans les nouvelles industries et de l’important repli de la culture du travail.
La seconde composante de cette équation s’est aussi détériorée au cours des dernières années. Ainsi, les grands secteurs sociaux, notamment l’éducation et la santé, ont enregistré un important recul qui a eu des effets sur les couches populaires. En même temps, les caisses sociales traversent des crises financières sans précédent et se trouvent aujourd’hui au bord de la faillite. Par ailleurs, l’inflation a contribué à la détérioration des conditions de vie des populations.
Nous connaissons aujourd’hui une détérioration sans précédent de l’équilibre entre la justice sociale et l’efficacité économique qui a constitué la pierre angulaire du contrat social de l’Etat postcolonial. Le plus important défi pour nos gouvernants aujourd’hui, est la construction d’un nouvel équilibre entre les dimensions économiques et sociales de cette équation qui doit constituer le fondement d’un nouveau contrat social à construire.

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