Coucou, c’est moi !

Le coucou est un oiseau des bois. Il pond ses œufs dans le nid d’autrui à la façon de notre ami Ghannouchi. Depuis le 14 janvier, celui-ci dépose le choisi par lui dans la corbeille à gouverner. Il tire les ficelles des quasi-marionnettes et quand sous-chef du gouvernement tarde à brandir sa baguette magique face aux problèmes devenus tragiques, l’éminence grise dit, huit fois, le raté c’est lui, pas moi ! Sacrée Nahdha !
Aujourd’hui, en Tunisie, l’expression « révolution dans la révolution » évacue le monde social envahi par la formulation « déformation dans la formation » du énième gouvernement. A son premier grand oral, nimbé de bavardage et adressé aux médias, ces récepteurs et rediffuseurs de messages, fussent-ils plats, le chef du gouvernement désigné par Carthage inaugure un sérieux virage vers un beau dérapage.
Richelieu n’aurait pas fait mieux. Désormais, au palais régnera  sans partage le plébiscité. Haro sur le parlementarisme désuet !
Castro et Kadhafi l’avaient bien compris. Maintenant, avec les comités populaires en bas, le deux en un Kaïs Saïed-Ghannouchi ne sera plus taclé par ces députés insensés. Pour instituer ce meilleur des systèmes possibles, « le gouvernement sera composé sur la base de la légitimité du président de la République ». Avec le peuple et sa voix, on ne badine pas. Voilà pourquoi le Bardo et la Kasbah, satellisés, graviteront, bien après Moncef Bey, autour du Roi-Soleil, exclusif détenteur et redistributeur agréé des légitimités.
Les citoyens de Bourguiba céderont le pas aux sujets de sa majesté. La nouvelle pyramide hiérarchique sera protégée par un coupe-feu dénommé « le peuple veut ». Mais celui-ci, de plus en plus désabusé par cette voix inapte à coïncider avec la sienne, vu l’inchangé de ses conditions de vie dégradées, finit par dénoncer l’usurpation d’identité. Sit-in, débrayages, grèves de la faim et menaces de suicides collectifs infligent un démenti aux propos tenus là-haut. Et au terme du processus, l’éminence grise, trop vite éjectée par la porte, resurgit à travers la fenêtre : coucou, c’est moi ! Il demande au désigné de rectifier son essai.
Fakhfakh dit : « Le président m’a choisi pour des raisons que moi-même j’ignore ». Bienheureux les simples d’esprit ! Dès son premier discours, il divulgue par qui et pourquoi il fut choisi. Car il esquisse les deux préalables requis par le système où le président sera débarrassé des indésirables.
Haro sur le consensus, empêcheur de tourner en rond, et bienvenue à l’exclusion ! Hélas la Choura, cénacle sans pareil, dénonce la chouha et ne l’entend pas de cette oreille. Et voici le désigné bien embarrassé avant même sa comparution devant le Parlement. Il annonce un gouvernement chargé de réaliser les sept merveilles déjà mentionnées, en vain, par ses pareils passés à la trappe et oubliés sans autre forme de procès.
Le coucou galopait derrière BCE pour maintenir le consensus et bannir, sans façon, l’insoutenable exclusion. Dans ces conditions, Fakhfakh doit rectifier le tir et cesser de jouer au fachfach, ou alors il suit Jemli.
Face aux signaux contradictoires survenus entre Fakhfakh et le seigneur de Montplaisir, mes interviewés, Dhaou Mkadmi, épicier, Ali Ben Amor Bayouli, buraliste, et Slah Ben Moussa, marchand de légumes et fruits, tous les trois croyants, désignent Ghannouchi par l’appellation « ichikh itaktak ». Je savais notre ami fin tacticien, mais c’est la première fois que j’entends cette nomination.
Devant mon étonnement, le dernier de mes trois interviewés me dit : « Comment ? Nous ne l’appelons pas autrement, depuis longtemps ». Je demande la raison de pareille étiquette. Voici l’explication donnée à l’appellation : l’éloge politique pointe vers le divorce avec la sincérité charaïque. Le soupçon cligne vers ma répétition de l’interprétation afférente à la façon de surfer sur la religion. Pour mes interviewés, le cheikh n’est pas croyant. Il serait, à leur avis, trop malin pour être bon chrétien.

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