Contre l’injustice, pour Moncef Baati !

Ceci est un témoignage d’un diplomate de carrière, enfant de l’âge d’or de la diplomatie. J’y suis entré, en effet, en 1979 suite à un concours où j’étais classé second avec, sur la même liste d’aptitude, certains noms devenus illustres de notre diplomatie sinistrée, dont celui de l’ancien ministre Khémaies Jhinaoui classé juste derrière moi.

Affaires étrangères, « ministère d’injustices »
C’est une parole de vérité d’un ancien de ce « ministère d’injustices« , selon la formule d’un ambassadeur ami, et qui a été rayé abusivement du corps diplomatique sous l’ancien régime sans que l’injustice ait été levée à ce jour. Faut-il préciser que ce fut pour avoir servi non l’établissement, mais la patrie, ayant milité, selon les règles de l’art, déontologiquement et en respect de la sacro-sainte obligation de réserve, pour l’honneur du peuple et la prévalence, en toute circonstance, des valeurs et droits humains.
Supportant stoïquement à ce jour l’injustice initiale, qui a même été aggravée au niveau du droit à la retraite, je n’en parle plus, ayant suffisamment exposé mon cas à des responsables indifférents, y compris récemment à Carthage, et même sur internet pour satisfaire au devoir du témoignage.  Je ne reste, cependant, pas toujours attentif à dénoncer la moindre injustice, contrant par la parole ou l’écrit tout manquement flagrant à l’impératif catégorique de justice.
C’est bien la motivation de cette tribune déférant à l’autre impératif catégorique, complémentaire du premier, à savoir le devoir de servir la vérité envers et contre tout, et tous en conscience éveillée et libre, jamais serve. N’est-ce pas la marque de l’esprit libre au service réel de ce peuple, ne pratiquant que la sincérité en parole et actes, en l’absence aujourd’hui de cette voix juste qui manque tant pour indiquer la voie de justice et de justesse qu’il nous faut emprunter pour le salut du pays ?
En effet, comme on se montre effroyablement injuste envers un ancien collègue, connu et apprécié pour sa compétence et son éthique, j’ai tenu par cette parole de vérité à m’inscrire en faux contre les allégations du ministère, rappelant que ses turpitudes, tant passées que récentes, lui dénient la moindre qualité pour juger équitablement ses plus sûres valeurs. Au lieu de s’adonner à la pratique sacrificielle des temps sauvages, qu’il commence donc par lever toutes les injustices entachant l’honneur du Département ! Alors et alors seulement il pourrait éventuellement se permettre, en termes d’exception confirmant la règle, d’en commettre d’autres sous l’effet de l’émotion ou la peur des rodomontades des supposés seigneurs du monde, vrais saigneurs des justes causes des peuples !

Compétence avérée en bouc émissaire
C’est bien de cela qu’il s’agit : on sacrifie un fier serviteur de l’État sur l’autel de la politique politicienne. Qu’a fait donc Baati sinon s’aligner scrupuleusement sur le discours officiel du président de la République. Or, ce dernier est le premier architecte de la diplomatie du pays; alors, a-t-il changé d’avis sur la question palestinienne ou jouerait-il double jeu ? Comme on ne peut logiquement qu’exclure la seconde hypothèse, force est de constater que chercher noise à Baati revient à contester le magistère présidentiel ! Qu’on ait donc le courage de le reconnaître !
Il est vrai, Kaïs Saïed n’a pas hésité à reconnaître publiquement les forces agissant contre lui, évoquant des menées occultes, mais alors le péril est encore plus grave qu’il n’y paraît, puisqu’il est contesté en son propre pré carré diplomatique. Où va-t-on de la sorte ? Il est urgent de mettre le holà à un tel relâchement des principes régissant cette république transformée en barque ivre, ballottée par les intérêts des uns et des autres, dans le pays et alentour !
Il est vrai aussi, et les lecteurs de mes tribunes ici et ailleurs le savent bien, je ne partage pas la vision manichéenne du président de la République sur la cause palestinienne, développant une autre démarche logique et plus lucide afin de supporter utilement la juste cause palestinienne. Cela me met à l’aise pour envisager l’hypothèse qu’on pourrait avoir eu à reprocher quelque zèle, malvenu en fine diplomatie, à qui se seraient sentis des ailes à aller dans le sens des derniers propos du président n’hésitant pas à qualifier de traître absolu quiconque ose tenir un autre discours que manichéen sur l’État d’Israël et la nécessité de sa reconnaissance dans le cadre de la paix des braves à laquelle doit fatalement mener le retour incontournable à la légalité internationale. De tels disciples présidentiels seraient alors tombés dans le piège de qui les y aurait encouragés éventuellement, non pour le service de la cause, mais juste pour les faire tomber, prendre leur place tout en s’en prenant à travers eux au président de la République, rapetissant son magistère sur son terrain par excellence, la diplomatie !
Quels que soient les circonstances du mélodrame auquel on vient d’assister et les éventuels excès de part et d’autre, l’éthique commandait et commande de ne pas hésiter à tenir la parole de vérité à la suite de la publication du plan Trump, à savoir que c’est une injustice supplémentaire venant aggraver une injustice avérée qui dure, et donc de la dénoncer. C’est ce à quoi s’est employé activement celui qui est devenu aujourd’hui un bouc émissaire.
Aussi attend-on de la plus haute instance de l’État, le président de la République dont l’autorité est fatalement mise en cause, de rendre justice en assumant sa stratégie en l’objet et surtout ses discours ou en osant faire amende honorable sur la question et rectifier le tir. Mais sans victime collatérale !
Bien mieux, en tant que chef suprême de la diplomatie, il serait salutaire pour la salubrité dans le « ministère d’injustices » qu’il y fasse enfin le bon ménage en commençant par lever les injustices qui y durent du temps de la dictature et celles qui s’y sont développées depuis, à commencer par laver l’honneur éclaboussé de l’un d’eux, Moncef Baati et tous les fiers diplomates de son équipe.
Si M. Saïed se soucie véritablement de l’intérêt de la patrie et souhaite y voir un jour l’épiphanie de la puissance populaire venant à bout de l’hydre des institutions sclérosées et des intérêts égoïstes qu’elles ont générés, il doit commencer par s’occuper de ses plates-bandes diplomatiques, y enlevant les herbes folles, veillant à entretenir la culture des pousses utiles. Assurément, cela se ferait plus facilement et sûrement en y ramenant les compétences nombreuses démobilisées, contraintes au statut de spectateurs à défaut d’endurer les injustices subies et condamnées à assister de leur fenêtre aux drames secouant leur chère patrie sans pouvoir lui apporter le secours que permet leur expérience et compétence.

 

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