Comment contrer le plan Trump sur la Palestine ?

On le sait, en stratégie politique plus qu’ailleurs, la meilleure défense est l’attaque, et ce même au bluff. Comment donc contrer une telle machination tout à la fois illégale qu’immorale ? En attaquant ses fondements mêmes, particulièrement ceux relevant des questions sensibles, habituellement tues, car gênantes, pour la partie arabe. Ce dont usent à merveille Israël et son affidé yankee, en faisant même le cœur de cible de leur stratégie pour le maintien de la situation actuelle en l’état, celle d’une abomination absolue, violant la légalité internationale tout en s’en réclamant.
Quels sont les fondements du plan Trump ? D’abord, la sécurité d’Israël, affichée en impératif catégorique ; ensuite, la supposée recherche de la justice au nom du retour à la légalité internationale; enfin, la paix qu’on fait mine de vouloir alors qu’on agit à la desservir.
Sur toutes ces questions, pour peu que l’on fasse montre de lucidité et de sagesse, on est en mesure de ne pas tomber dans le piège tendu par ce plan vicieux dont la caractéristique machiavélique est double. D’une part, de n’être qu’au service des prétentions injustes d’une partie au détriment des légitimes droits de l’autre. D’autre part, de profiter des divisions des États arabes et de leur mauvaise stratégie à recouvrer leurs droits spoliés; on l’a bien vu avec l’attitude de certains parmi eux se montrant peu ou prou favorables au plan.

Sécurité d’Israël
C’est parfaitement légitime qu’un État, quel qu’il soit, veille à assurer sa sécurité. Ce qui est illégitime, c’est de faire une insécurité suprême de la revendication d’un droit spolié et de la dénonciation d’une injustice flagrante et avérée. Cela violente la conscience de tout juste, outre de violer le droit international.
Aussi est-il impératif de cesser sans plus tarder avec la mauvaise stratégie, contreproductive qui plus est, de s’attaquer à Israël en tant qu’État reconnu internationalement en continuant à le traiter d’entité. Et il est plus impératif encore de reconnaître son droit à la sécurité, mais en rappelant et en prouvant que la vraie sécurité n’est pas celle qu’il pratique qui ne consiste qu’à favoriser l’insécurité par une politique de colonisation et de violation du droit international.
Or, s’il le fait, c’est en grande partie en se fondant sur le rejet arabe qu’il veille activement à favoriser et maintenir par tous moyens. Il est donc temps d’oser enfin déjouer un tel plan fondé sur le maintien de l’ostracisme officiel dont fait l’objet cet État en ôtant de son jeu cette carte majeure qui s’est révélée à ce jour son meilleur atout. Ce qui revient à abandonner une politique ayant prouvé son inanité et son inefficacité, ne servant que la stratégie israélienne.

Recherche de la justice
Le camp arabe doit être le premier à prouver son souci de la justice, d’autant mieux qu’il a le droit des gens de son côté. Ce qui nécessite d’accepter les implications de ce que l’on nomme paix des braves. Cela impose, en premier, la reconnaissance mutuelle des protagonistes dans le cadre d’une action de concert, mutuellement respectueuse et sincère, en vue d’instaurer la justice dans leurs rapports et dans leur région.
Ce sera alors la meilleure façon de faire triompher le droit en y revenant; sachant que la seule légalité valide en la matière est celle de l’ONU de 1947 qui est, au demeurant, l’acte de naissance à la fois d’Israël et de son frère jumeau monozygote, l’État palestinien. C’est ainsi et ainsi seulement que la paix est susceptible d’être instaurée enfin en terre de Palestine.
À ce propos, il ne sert à rien de contester aux juifs leur volonté d’avoir leur propre État, insistant sur son caractère judaïque. Ne fait-on pas de même dans nos États arabes dont les constitutions insistent, de leur côté, sur le rôle de l’islam ? Contester la référence à la religion dans la définition d’un État de Palestine ne serait légitime que si les Arabes y renoncent déjà dans leurs constitutions ou bien mieux encore, en appelant à un État palestinien fédéral ou confédéral ;ce qu’ils ne font pas. D’ailleurs, pourquoi n’y appelleraient-ils pas, ne serait-ce qu’en contre-feu aux prétentions hégémoniques d’Israël sur Jérusalem, bafouant son statut international ?

Retour à la légalité
Le retour à la légalité internationale implique pour les Arabes d’être les premiers à y appeler et à donner l’exemple dans le respect de ses retombées, étant la partie la moins forte. Bien évidemment, comme on l’a dit, il ne s’agit pas de n’importe quelle légalité, mais du retour à la vraie légalité, la seule valide sur la question, celle des résolutions onusiennes de 1947.
Or, c’est bien connu, Israël s’obstine à vouloir enterrer cette légalité même si cela revient, en bonne logique, à nier de lui-même son propre bulletin de naissance. Le comble, c’est qu’il ne réussit à le faire qu’en tablant sur le refus arabe de son existence, bien que couplée à celle de son frère jumeau palestinien.
En effet, malgré la reconnaissance par les Palestiniens eux-mêmes de l’État d’Israël, ce dernier fait toujours l’objet d’un rejet arabe officiel, ce qui  revient objectivement à un rejet indirect du droit international pour l’application duquel on ne fait pas moins mine d’appeler à revenir.
Car ce dernier suppose la reconnaissance d’Israël et l’établissement de relations diplomatiques entre États également souverains, celui de Palestine en premier, dont l’assise territoriale y est clairement définie. Ce que refuse Israël par arrogance, certes, et abus de sa force actuelle, mais également et surtout en y étant conforté et encouragé par la nihiliste stratégie arabe.

Recherche de la paix
On a évoqué ci-dessus l’hypothèse d’un seul État fédéral ou confédéral ; ne serait-ce pas, tactiquement pour le moins, la meilleure parade pour les Arabes afin d’arriver aux deux États d’égale souveraineté prévus par le droit international ? En bonne stratégie, nul n’ignore qu’il faut demander le plus pour avoir le moins, surtout s’il s’agit de ce que l’on quête au vrai.
Assurément, cela nécessite un sérieux effort à faire sur soi, eu égard à la perception actuelle de la question, surtout à son instrumentalisation politique et idéologique ; car c’est bien son aspect psychologique qui prime et qui bloque toute issue aux drames actuels. Or, la situation présente est tout bénéfice pour la partie dont on prétend dénoncer l’arrogance dans l’injustice. Ce qui est propice aux plans les plus iniques, comme le dernier en date qui n’aurait certainement pas vu le jour si l’on n’avait pas affaire à une bien mauvaise stratégie arabe encourageant toutes les turpitudes.
Jusqu’à quand donc être ainsi les meilleurs serviteurs de la politique d’un supposé ennemi avec lequel il est fatal de faire la paix? D’autant plus qu’on ne réussit, au mieux, qu’à en faire le meilleur allié objectif, que cela soit inconsciemment par aveuglement politico-idéologique ou consciemment au nom d’une realpolitik politicienne dénuée d’éthique !

Pour un contre-plan
Ce n’est pas en se limitant à dénoncer le plan Trump sur la Palestine, comme viennent de le faire le parlement et le ministère des Affaires étrangères, qu’on réussira à le contrer. On ne fait que parler pour ne rien dire sur un plan dont on n’a pas à démontrer l’injustice, personne ne doutant en plus de son iniquité puisqu’il les affiche et les revendique par manichéisme. Or, c’est le cas quand on se contente du rappel de ce qui est archiconnu d’aspects légaux notoirement refusés par la partie la plus forte, aujourd’hui soutenue par la première puissance du monde occidental dont la Tunisie dépend.
De plus, la position tunisienne résumée par sa diplomatie manifeste-t-elle une inertie incompréhensible eu égard à ce qu’on a connu d’elle par le passé, la Tunisie ayant osé en premier donner les clefs de la solution incontournable telle qu’a osé le faire le président Bourguiba. Ce ne sera, par conséquent, que justice que de renouer avec un tel esprit pragmatique et visionnaire en l’objet en se forçant, au nom d’un tel passé, proposer un contre-plan s’en inspirant, tenant compte des fondements du plan Trump, mais sans nulle altération en réhabilitant et le droit et l’éthique bafoués.
La présidence de la République en charge de la diplomatie tunisienne osera-t-elle le proposer afin que la partie arabe reprenne l’initiative de manière tout à fait crédible enfin, tout autant légaliste que réaliste, honorant le droit et non s’en servant comme on n’arrête de le faire ?

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