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Absence tunisienne de Libye : une diplomatie à réinventer

L’absence de la Tunisie de la conférence de Berlin, bien que premier pays concerné par la crise, démontre à quel point notre diplomatie est dénigrée, comptant peu aux yeux des acteurs majeurs et dans le cours des événements. Ce n’est pas faute d’activisme pourtant ; or, cela était bien plus assimilable par nos partenaires moins à l’action qu’à une agitation devenue une marque de fabrique de notre politique en général, étrangère en particulier.

 En finir avec la diplomatie à l’antique
On l’a bien vu avec l’ancien ministre des Affaires étrangères, un diplomate de profession, non dénué de talents intrinsèques, ami et camarade de promotion qui plus est. S’il n’a eu de cesse de s’adonner à la bougeotte du voyage, à la pratique de la parlerie, ce fut pour ne rien faire ni dire de réellement utile pour le pays et son peuple. Ne se voulait-il pas la voix de son maître, le défunt président de la République, dernier représentant d’un ordre fini que l’on persistait — et persiste encore —à vouloir faire durer contre le sens de l’histoire?
Comment sortir de l’inertie et de la vacuité actuelles d’une telle diplomatie à l’antique  avec un nouveau président qui en est l’artisan en premier et en dernier et qui, surtout, en appelle à la révolution ? Car les slogans ne suffisent plus, même s’ils sont les plus séduisants et racoleurs en termes de prestige personnel et/ou de voix dans es urnes. De cela n’en a cure désormais la politique de nos jours, cet âge postmoderne des foules, où ne comptent que les résultats concrets, tout comme ne compte en un monde matérialiste à l’extrême que la bourse garnie en espèces sonnantes et trébuchantes.
Réinventons donc notre diplomatie, il est bien temps, car les fondations existent et les compétences ne manquent pas !Revenons aux fondamentaux que résume le sens étymologique du mot diplomatie (diplomaticus),du latin post-médiéval, au sens de ce qui est relatif à un document officiel.
Notre politique étrangère se doit d’être articulée sur ce qui fait office de document officiel, autrement dit d’une réalité s’imposant à tout, et à soi en premier, que cela soit de manière formelle ou informelle.
C’est au droit international et à l’éthique qu’on doit constamment se référer, y appelant à une parole juste et de justesse, s’y conformant en premier, donnant l’exemple, la voie à suivre. Ainsi la Tunisie sera-t-elle enfin cette voix lucide et éthique manquant en ce monde déboussolé.
S’agissant de la Libye, il est impératif de renouer avec un non-alignement oublié, muant en pratique d’accordéon selon les contingences, car il importe de n’incliner vers aucun intérêt, sauf celui devant être celui de la patrie libyenne, mais aussi de la Tunisie.
Certes, notre intime voisine est aujourd’hui divisée, mais son peuple n’a que le choix de s’unir en choisissant de taire ses divisions autour de la seule cause qui unit : celle de la paix des braves. Ce qui n’est certes pas facile au vu de la confusion des valeurs dont on souffre encore en notre culture. Aussi faut-il commencer par en sortir !

Justesse de voix et de voie
Quelle meilleure illustration, pour ce faire, que la question de Palestine où il ne suffit pas de dénoncer l’arrogance israélienne à vouloir ignorer le droit international sans réaliser que les turpitudes du gouvernement juif actuel se nourrissent de notre refus à nous conformer en entier à la légalité internationale à laquelle l’on se réfère, et ce dans tous ses aspects ?
En effet, le droit tel que défini par la fameuse résolution onusienne, que les injustes de tous bords cherchent à enterrer avec notre complicité objective, impose une reconnaissance mutuelle entre États également souverains. Si le plus fort aujourd’hui se plaît à abuser de l’injustice flagrante générée par les drames du passé, faut-il être plus fou que lui en servant sa stratégie consistant à maintenir les choses en l’état ? Ce que nous faisons, pourtant !
Cela relève bien de la confusion des valeurs, comme quand on appelle au droit sans en faire sa loi suprême en tout. Et c’est le cas lorsqu’on revendique le bénéfice d’une légalité internationale bafouée et que, dans le même temps,  on fait peu de cas du droit positif en général et de sa propre souveraineté et dignité en particulier. Ne nous satisfaisons-nous pas sans broncher de l’actuelle injustice flagrante des relations internationales niant aux ressortissants des pays du Sud leur droit à circuler librement au prétexte de mesures sécuritaires qui sont déjà largement respectées par le prélèvement de leurs empreintes digitales ? Or, cette dernière pratique est une grosse concession au droit international et à la souveraineté nationale puisqu’un tel prélèvement est fait par des autorités étrangères sans impliquer impérativement la contrepartie nécessaire et adaptée que serait un libre mouvement humain sous un visa biométrique se transformant en visa de circulation.
Dans un monde globalisé, plus que jamais interdépendant, où les marchandises circulent sans nulle entrave, il est inadmissible que leurs créateurs, notamment les plus jeunes, continuent à être cantonnés dans des réserves où ils n’ont nul droit ou liberté privatifs. C’est le cas de notre pays encore soumis à l’ordre juridique scélérat de l’ancien régime. Le maintien en l’état de la législation de la dictature est bel et bien le péché originel du régime en place qui ne réalise pas à quel point il se déshonore, non seulement sur le plan national, mais aussi international, acceptant de gouverner avec des lois illégales, devenues nulles et non avenues depuis l’adoption de sa nouvelle constitution. Quelle crédibilité pourrait avoir sur la scène internationale un tel régime et quelle légitimité à sa prétention de peser sur le cours des événements, même ceux qui le concernent directement, ayant lieu sur ses frontières ?
Cet état abracadabrantesque est le propre de la situation actuelle de notre diplomatie qu’il urge de réinventer en y appelant à la rescousse un minimum d’imagination et un maximum d’éthique dans le cadre d’une nouvelle gouvernance qui soit au diapason des attentes populaires, au service d’un humanisme se devant d’être intégral pour que l’ambition de la Tunisie soit celle d’un État respectueux de ses citoyens et de ceux du monde, juste de voix et de voie. C’est ainsi que notre pays prouvera que le slogan de la Volonté du peuple de la nouvelle présidence de la République est bien, en une Tunisie enfin nouvelle République, une référence tangible au célèbre vers du plus grand poète du pays.

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