Qu’est ce qui nous attend encore en ce janvier 2020 ?

Moncef Kammoun*

Le mois de janvier correspond toujours  à des  événements marquants dans l’histoire de notre pays, c’est un mois mémorable pour le peuple Tunisien. C’est manifestement, le froid agréable de ce mois qui s’accorde bien aux humeurs des Tunisiens surtout que les températures hivernales de notre pays sont agréables mais delà à parler de printemps!

Janvier, le mois de toutes les révolutions
Voilà certaines dates correspondant à des événements marquants dans l’histoire moderne du pays.
– janvier 1952
Le 18 janvier 1952 marque le déclenchement de la révolution des Tunisiens qui a conduit six ans après à l’indépendance de la Tunisie en 1956 contre l’occupant français

janvier 1972
Les 21, 29 et 31 janvier 72, un mouvement de contestation universitaire particulièrement au sein de l’UGET aboutit à la fermeture de l’université, et des arrestations d’étudiants.
– 26 janvier 1978 ou le jeudi noir
Lors d’une crise entre le gouvernement et les syndicats, Habib Achour décide de faire la première grève générale dans l’histoire du pays.
Un soulèvement populaire violemment réprimé.
– 26 janvier 1980
Un groupe armé de près de 300 hommes attaque la ville de Gafsa et s’empare de la caserne. Des morts et  des blessés, parmi les civils comme parmi les rebelles. Le gouvernement accuse l’intervention du colonel Kadhafi et sa responsabilité dans l’attaque.
– 3 janvier 1984 ou  les émeutes du pain
Suite à la flambée des prix des aliments de base, le prix du pain augmente de 80% et celui des céréales de 70%.Des émeutes se sont éclatées dans un climat de guérilla urbaine sans précédent et ce malgré la proclamation de l’état d’urgence.
– 5 janvier 2008 ou les événements de Gafsa
Date de la révolte du bassin minier qui a duré six mois et a secoué les villes de Moulares et Redeyf en raison d’un concours d’embauche de la CPGjugé frauduleux.
– 14 janvier 2011 ou le printemps arabe
Un soulèvement populaire des Tunisiens contre la politique du l’ex-président Zine El-Abdine Ben Ali qui a duré quatre semaines à la file entre décembre 2010 et janvier 2011 et a abouti au départ du Président en poste pendant 24 ans.
Le mois de janvier a donc chez nous un caractère «saisonnier» incontestable, c’est peut être le froid agréable et un peu triste de ce mois s’accorde bien aux colères rebelles des Tunisiens, mais delà à parler de printemps !
Que les événements évoqués ici soient tous déroulés au cours du mois de janvier ne fait pas de ce mois un épouvantail effrayant ou un signe astral de malheur cela est l’affaire des voyants, pas des analystes politiques. Ce qui doit interpeller est l’existence d’un trait commun à tous ces événements bien qu’ils soient si dissemblables quant à leur organisation et leur conclusion.

L’apparition d’une opposition à l’Assemblée
Aujourd’hui, dix ans après la révolution, il est clair que  le paysage politique a changé et que les relations entre les différents acteurs politiques font l’objet d’appréciation contradictoires et c’est tant mieux.
Cette nouvelle atmosphère de polémique et d’opposition permanente qui ne cesse de conditionner les débats parlementaires n’est que le début de l’apparition d’une opposition au sein du Parlement qui conteste les décisions des détenteurs du pouvoir chose indispensable dans les démocraties. Elle est même vitale pour le pays surtout avec les nouveaux présidents élus.

Un Président mystère
Un Président qui n’a jamais fait de politique, il n’est pas connu sauf par son entourage, son visage imperturbable difficile à cerner et suscite bien la méfiance, on dit qu’il est ultraconservateur et a des affinités islamistes, ce qui est certain c’est qu’il est contre l’égalité successorale.
Il est utopique, silencieux et quand il parle il fait de grands discours solennels avec une manière qui n’est pas la notre et une voix grave et un air tellement savant que cela produit son effet, alors que parfois ses idées sont très communes.
bref une personnalité insaisissable

Le leader des frères musulmans à la tête du Parlement
Rached Ghannouchi a été élu président de l’Assemblé le 13 novembre 2019 avec 123 voix sur 217 il est alors au cœur du pouvoir et en principe pour cinq an.
Dans un article publié le 28 novembre intitulé Rached Ghannouchi, le mauvais choix, Béchir Ben Yahmed président du Groupe Jeune Afrique a écrit:
“En se donnant un Rached Ghannouchi comme président de l’Assemblée, la Tunisie a régressé d’un siècle elle est devenue ou risque de devenir comme l’un de ces pays du Moyen-Orient dont nous observons jour après jour l’arriération et qui perdent leur temps en interminables querelles moyenâgeuses”
Monsieur Ben Yahmed avant de fonder le Groupe jeune Afrique en 1960 il était le plus jeune du premier gouvernement du Président Bourguiba et faisait même partie de la Délégation qui a négocié l’autonomie interne puis l’indépendance.
Il faut dire que Rached Ghannouchi a une grande habileté politique, dans laquelle on retrouve l’esprit des frères vis-à-vis du pouvoir, Rached Ghannouchi et su parfaitement tiré les leçons de l’échec des Frères musulmans après s’être adonné au jeu du pouvoir depuis ce printemps arabe.
Ghannouchi a compris que pour se maintenir il fallait exclure les anciens cadres de l’aile dure et faire appel à ses anciens compagnons de route proches des milieux laïcs comme Abdelfattah Mourou.
Le leader historique des islamistes ne fait plus aujourd’hui de distinction entre son parti et l’Etat et a réussi à mettre la main sur tous ses rouages il est devenu l’homme fort du pays, celui qui tire les ficelles, toutes les ficelles.
Il est considéré aujourd’hui comme une référence mondiale et un modèle de réussite pour les Frères musulmans, mais il reste toujours animé par la nostalgie de la grande nation islamique.

Un chef de gouvernement imposé par Ghannouchi pour une mission impossible
Désigné par Rached Ghannouchi depuis le 15 novembre Habib Jamli est enfermé à Dar Dhiafa à Carthage pour la formation d’un gouvernement, une mission qui relève plus de l’acrobatie que de la logique selon Benoit Delmas journaliste et écrivain Français.
Un marathon qui dure depuis un mois et ça n’a pas suffit, en plus c’est les mêmes personnes qui se présentement, en fait le seul critère de choix pour la composition du future gouvernement c’est de dégager une majorité au Parlement pour que le mouvement Ennadha en la personne de son président Rached Ghannouchi dirige le pays.
Je parle de mission impossible parce qu’aucune personne valable ne voudrai travailler sous les instructions d’Ennahdha

Ils nous provoquent la veille du mois de janvier
Cette situation est intolérable, nos politiciens cherchent la provocation la veille du mois de janvier.
Aujourd’hui l’intelligence collective des Tunisiens est en éveil et le risque est grand de voir le Pays connaître encore une fois un chaud mois de janvier bien dans la ligne de ce qui est devenu une tradition nationale ou presque.
Il devient de plus en plus évident que quelque chose de grand nous attend, au mois de janvier, quoi, au juste ? Personne ne saurait le dire, mais il est sûr que ce qui nous attend est grave personne ne peut dire qui sera derrière ce qui va se passer et qui en sera la victime, mais une chose est sûre c’est que  çà  va, certainement, se passer et çà pourrait être plus grave qu’on le pense !
Il faut reconnaître que si le peuple va bouger en janvier, ou descendre protester dans la rue, il aura toutes les raisons de le faire.
Le peuple a faim, il n’arrive plus à subvenir à ses besoins et à ceux des siens.

*M.K Architecte

 

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