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Drame de Amdoun : sagesse et objectivité professionnelle s’imposent !

Le regrettable et horrible accident n’est pas encore digéré qu’il est déjà devenu un événement pour les politicards afin de se positionner sur la scène politique ou pour certains de se disculper de toute responsabilité. Chacun y va de ses explications et de ses reproches et y trouve une excuse facile pour parler indirectement de sujets qui n’ont rien à voir avec l’horrible événement. Un peu de sagesse et d’objectivité professionnelle s’imposent.
Les causes du drame, sont évidemment simples: excès de vitesse et manque de professionnalisme du conducteur au volant d’un véhicule qui ne répond pas aux normes internationales de fabrication,  roulant sur une route construite totalement hors normes et en dehors de toutes les règles de l’art.
La responsabilité devient alors clairement gouvernementale, surtout que ce gouvernement a été alerté sur le sujet au plus haut niveau depuis plus de 2 ans. Alors dans l’ordre et sûrement de manière non exhaustive:

  1. Le gouvernement a sur son bureau depuis plus de 2 ans un projet de centre de formation et de qualification professionnelle des conducteurs de bus avec un partenariat européen proposé par le syndicat professionnel des opérateurs de transport public. Ce gouvernement a tout fait, pour que ce projet ne voie jamais le jour. Posez la question au MFPE. Nos conducteurs n’ont pas de qualifications et ne sont pas des professionnels au sens légal du terme.
  2. Le gouvernement et particulièrement le ministère de l’industrie protègent contre toute logique économique et tout bons sens des carrossiers de bus locaux qui imposent aux opérateurs l’acquisition de leur production. Les véhicules montés par les carrossiers protégés ne répondent à aucune norme professionnelle en vigueur de part le monde (pour preuve, après plus de 40 ans de protections et de privilèges, ces protégés, n’ont jamais exporté aucun véhicule). Les prix imposés par ces protégés sont bien plus élevés que toute importation de véhicules fabriqués aux normes et règles de l’art; avec de surcroît une sortie de devises plus importante.

Ainsi, les véhicules carrossés par les entreprises protégées, sont au mieux aux normes Euro3, issus d’une technologie ancienne de plus de 20 ans, alors que le monde thermique est à au moins Euro5, voire hybride ou électrique. Du coup, les véhicules sont encore à la merci d’une fuite d’air qui lâche les freins ou les suspensions et met le conducteur et les voyageurs dans des conditions très dangereuses. Tous les professionnels du transport vous diront que les véhicules des carrossiers locaux ne survivent pas à leur première année d’exploitation ; alors que les véhicules fabriqués aux normes durent plus de 15 ans en exploitation. Les carrossiers et leurs protecteurs sont directement responsables. Pourquoi les véhicules fabriqués aux normes vieillissent très bien alors que les boîtes carrossées chez nous sont des tombeaux au bout de six mois? Je ne dis rien, je pose la question! Il serait temps qu’ils soient mis en concurrence comme tous les secteurs et évaluer ainsi leur viabilité économique !
Depuis plus de dix ans les opérateurs souhaitent se libérer de cette emprise pour avoir des véhicules de meilleure qualité, plus fiables et à de meilleurs prix alors que le gouvernement s’y oppose. Alors oui, ils sont responsables de la mauvaise qualité des bus en circulation dans le pays et du danger qu’ils font courir aux voyageurs et, non, ce n’est pas seulement l’âge des véhicules qui en est la cause, mais, sur le fond du sujet, la fabrication elle même.

  1. La route en question construite par notre ministère ne répond pas aux normes et règles de l’art et même pas au bon sens commun. Comparons la route construite par la France avant l’indépendance pour se rendre à Ain Draham à la route en question (Trik Echenwa), vous verrez la différence de qualité de la chaussée. En fait, ce qui saute aux yeux, c’est la pente à 20% de la chaussée dans les virages pour se protéger contre les survirages, ainsi que les voies de délestage pour les virages serrés; mais aussi les rambardes en blocs de pierres et les protections en escalier côté ravin. Alors que les routes construites par notre ministère et nos ingénieurs (Nos compétences nationales qui deviennent ingénieurs par passage de grade administratif) sont plates et sans protections contre les survirages (les photos de la route sont édifiantes).

Alors oui, le ministère de l’équipement est le premier responsable (le gouvernement aussi) de la catastrophe d’aujourd’hui et de celles à venir. Il serait temps de revoir les cahiers des charges des travaux publics et la manière de passer les marchés, et surtout de confier ces taches à nos compétences tunisiennes internationales issues des grandes écoles d’ingénieurs et des ponts et chaussées et de prendre en considération les avis et remarques des professionnels du transport.
Enfin, ce n’est pas un petit pont qui résoudra le problème, mais un changement profond du mode de réflexion et d’approche de la mobilité, la fin des privilèges et des protections des carrossiers au détriment du service public et des professionnels du transport ; et une démarche concertée avec les opérateurs professionnels du transport collectif de personnes, qui sont en première ligne du service public et de la demande des citoyens pour la mobilité.
A ce jour, ce gouvernement continue de décider seul, et continue de se tromper et d’essayer de cacher sa responsabilité directe et politique. Car se réunir et écouter les professionnels l’obligera à écouter ce qu’il ne veut pas entendre.
A bon entendeur.
Allah yarham les victimes actuelles et celles à venir.

Economiste – ancien Banquier
Président du syndicat des opérateurs
du service public de transport en commun

 

 

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