Les TPE, un gisement de productivité et d’emplois, en mal de financement

Le secteur des métiers manuels, des services en général et de ceux qui s’adressent aux ménages et aux entreprises en particulier, est un immense gisement de création d’emplois et de productivité, malgré les obstacles et les difficultés qu’il rencontre. Ce secteur recèle des potentialités pour toute sorte de compétences et de qualifications, assorties bien sûr d’une volonté de réussite et d’engagement dans le travail. Qu’il s’agisse de frigoriste, d’ingénieur-conseil, de maître-maçon ou de jardinier qualifié, d’assistante ménagère, d’agent de sécurité ou d’électricien auto !
Nous pouvons créer des emplois massifs, notamment dans les zones urbaines et péri-urbaines, de quoi détourner des dizaines de milliers de jeunes de la délinquance. Il s’agit des « laissés-pour-compte » du système scolaire, de l’ordre de plus de 100.000 à quitter les bancs de l’école chaque année, sans pour autant rejoindre en totalité les rangs des centres de formation professionnelle, ni être engagés comme « apprentis sur le tas » par les TPE, les PME et encore moins les grandes entreprises.
Or, l’Etat n’a pas mis en place la stratégie à moyen terme pour ce faire, ni manifesté la volonté à court terme afin de venir en aide aux TPE pour les aider à se développer sans obstacles majeurs en mettant en œuvre les incitations et les facilités qui s’imposent.
Des institutions comme Enda-Tamweel ont compris cela depuis plus de vingt ans et ont entrepris la micro-finance, suivie depuis par plusieurs autres institutions. Il se trouve que les micro-entreprises remboursent leur crédits à 98%, ce qui est loin d’être le cas pour certaines entreprises plus importantes et plus favorisées par l’Etat.
Ces micro-entreprises se sont révélées au fil des années comme un excellent instrument de lutte contre la pauvreté : le fait consiste à se prendre en charge surtout par des mères-courage des quartiers défavorisés, donc un facteur de paix sociale pour l’ensemble du pays.

Selon les spécialistes du secteur, il y a dans notre pays un marché pour 1,5 million de micro-crédits par an. Or, nous sommes encore loin de la saturation. Qui parmi nous n’a pas besoin, de façon cyclique et répétitive tout au long de l’année, des services d’un plombier, d’un chauffagiste, d’un frigoriste, d’un peintre ou électricien en bâtiment, d’un électricien auto, d’un menuisier, d’un tâcheron en bâtiment, d’un cordonnier, d’un tailleur ou d’une couturière, d’un technicien pour réparer un téléviseur, un portable ou un micro-ordinateur ? Et la liste est encore longue.
Autant de métiers qui font appel à des TPE.
Il y a donc un marché en puissance prospère pour tous ces métiers, peu organisé, sous-estimé et mal outillé.
En effet, pour exercer correctement leur métier, ces artisans, techniciens ou spécialistes ont besoin, outre leur compétence technique et leur expérience professionnelle, d’une boutique ou d’un atelier, d’un moyen de transport et d’un certain nombre d’outils et instruments.
Ils doivent en principe être assistés par des aides et des collaborateurs. Ils ont recours à des matières premières ou semi-produits et des ingrédients. Il s’agit donc bien d’une TPE, ce qui implique un capital, un fonds de roulement, une gestion financière et administrative.
Des institutions comme la CONECT, en collaboration avec le cabinet HLB, le PNUD et l’ONEQ, ont réalisé une enquête, suivie par un baromètre dénommé MIQYES spécial TPE qui est à sa deuxième édition.
Il s’agit d’établir un bulletin de santé de la petite entreprise identifiée selon le nombre d’emplois créées 1 à 6.
Quel est l’état des lieux statistique ?
Selon l’INS en 2018, il y avait 735.000 entreprises privées dans le pays dont 86% sont unipersonnelles, 7,7% emploient 1 à 2 salariés, 3% emploient 3 à 5 salariés et seulement 1,1% emploient 6 à 9 salariés. L’effectif augmente chaque année, malgré un taux de mortalité élevé, soit 4,7% en 2018 par exemple.
Les objectifs des organisateurs consistent à faire des TPE un vecteur d’investissement, un instrument de création d’emploi et un facteur de stabilité sociale, d’où la nécessité d’identifier l’opportunité d’intégrer les TPE dans la chaîne des valeurs en améliorant leur compétitivité et en assurant leur pérennité.
Les résultats de l’enquête suscitent parfois la surprise. C’est ainsi que la majorité des TPE ont entamé leur activité avant même d’avoir créé juridiquement l’entreprise : 21% d’entre elles ont même mis cinq ans pour y arriver. Cela signifie que d’une part il y a la des obstacles et des difficultés à foison, et que d’autre part la clandestinité règne en maîtresse dans l’économie et la société tunisiennes.
En effet, 17% des TPE avouent souffrir d’une bureaucratie rigide et encombrante qui freine leur développement.
Les difficultés résident dans les procédures et les garanties exigées.
Au niveau du financement, il y a un gros problème, puisque 82% des TPE sont contraintes de s’auto-financer, ce qui constitue un obstacle majeur qui mérite une solution durable et structurelle.
Ce qui  est remarquable, c’est que 80% des TPE sont portés par des femmes qui sont confiantes dans un avenir meilleur, courageuses et déterminées.
Elles sont optimistes pour le devenir de leur entreprise dans la proportion de 62,7%.
Le tableau brossé par Miqyes focalise sur les forces et les faiblesses des TPE, et analyse les changements et les évolutions identifiés.
Il fait le constat des entraves et des blocages qui freinent leur prospérité.
En vérité, il y a beaucoup à faire en matière de gestion interne pour en améliorer les résultats : compétence, gouvernance, management, coûts, innovation et pratique de nouvelles technologies. Sur le plan environnemental des TPE, tout reste à faire pour favoriser leur promotion : assurer un financement fluide, faciliter l’accès au marché, améliorer les services publics et les infrastructures, à titre indicatif et non restrictif. 

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