Futur gouvernement: À l’épreuve de la conjoncture socio-économique

Pour une fois, faisons de l’anticipation et considérons, c’est une fausse supposition, que le gouvernement constitué par Habib Jemli a déjà bénéficié de l’approbation unanime de l’ARP sur la base d’un programme. C’est alors que les « choses sérieuses » vont commencer.
En effet, après ce baptême du feu, le futur gouvernement va être confronté à une situation socio-économique extrêmement difficile où les urgences et les priorités se bousculent et où il faut prendre des décisions pertinentes pour répondre aux attentes de la population et améliorer la situation du pays.
Le gouvernement sait qu’il sera jugé sur ses décisions, et que son action sera évaluée de façon sévère par les médias, l’opinion publique, les partis politiques et la société civile durant les 100 premiers jours.
Cela va conditionner durablement la réussite des actions du gouvernement durant la totalité de son mandat. C’est dire qu’il n’a pas le droit à l’erreur.
A notre avis, trois dossiers brûlants seront décisifs, car ce sont des leviers pour débloquer des secteurs entiers, devant être pris à bras le corps par le futur gouvernement, une sorte de test ou plutôt de baptême du feu. Si le gouvernement réussit cet examen de passage, il aura de fortes chances alors d’aller jusqu’au bout et d’aligner peut-être un bilan flatteur.
De quoi s’agit-il ?
D’abord, trouver une solution urgente à la flambée vertigineuse des prix, responsable de la détérioration du pouvoir d’achat de la population.
Ensuite, débloquer de façon durable le secteur des phosphates, paralysé par toutes sortes de perturbations sociales depuis neuf ans.
La CPG et le groupe chimique, au lieu d’être actuellement des fardeaux financiers et sociaux pour l’Etat, doivent redevenir des fleurons de l’économie au service de la balance des paiements (exportations) et de l’agriculture (engrais).
Enfin, entamer de façon audacieuse et avec succès le sauvetage des entreprises publiques au bord de la faillite, notamment celles qui ont un impact social direct sur la population ou celles qui ont des retombées économiques décisives.
Pourquoi le choix de ces trois volets au lieu d’autres qui attendent avec impatience ? Parce que la population et l’économie du pays souffrent du manque d’autorité, de volonté et de bonne gouvernance de la part de l’Etat, au point d’engendrer la détérioration du niveau de vie des Tunisiens.
Selon des statistiques officielles, l’inflation a été de l’ordre de 30% entre 2016 et 2018 pour les principaux chapitres de dépenses : alimentation, logement, habillement, transport et santé.
Les deux maillons de la chaîne agroalimentaire, les paysans et les consommateurs, souffrent le martyre, alors que les intermédiaires spéculent et s’enrichissent au détriment des citoyens et des paysans en détournant les produits agricoles afin d’imposer leurs prix sur le marché. L’inflation du coût de la vie n’est pas une fatalité, car les pouvoirs publics disposent de tous les moyens légaux pour agir dans le sens de la protection des droits des consommateurs : contrôle des circuits de commercialisation des produits agricoles, stockage en chambres froides, franchissement clandestin des frontières … La valse des étiquettes pour les produits industriels est scandaleuse, avec le prétexte de l’effondrement du taux de change du dinar, alors que celui-ci a amélioré son taux : les produits d’hygiène et de nettoyage augmentent chaque mois, sinon chaque semaine, en grande surface alors que les campagnes de contrôle étatiques sont rares, sinon circonstancielles et limitées.
Or, chaque fois qu’il y a contrôle, les prix baissent de 15 à 20%. Les sanctions étant dérisoires, les commerçants sont encouragés à frauder, l’appât du gain illicite étant très puissant.
Tout cela doit changer, autrement il y a un risque réel d’explosion sociale, ce sera l’incertitude pour tous.
En outre, cette situation incite les travailleurs à revendiquer en permanence une augmentation salariale d’où la course poursuite contre-productive salaires-prix.
La population attend la réaction du gouvernement.
Le secteur des phosphates connaît une effervescence sociale préjudiciable aux intérêts de la nation, avec une perte sèche au niveau du budget de l’Etat et de la balance des paiements.
Des barons du transport des phosphates par camions font paralyser le transport par la SNCFT et s’enrichissent aux dépens de l’économie du pays. Ils mettent à genoux plusieurs entreprises publiques autrefois prospères. Cela doit cesser.
L’achat de la paix sociale à un prix élevé doit cesser : 8000 salariés des sociétés de l’environnements touchent des salaires sans aucun travail.
Les usines chimiques n’ont pas de matières pour produire et exporter.
L’Etat doit imposer la loi et siffler la fin des abus sans recours à la violence, par le dialogue et le développement.
Les entreprises publiques sont devenues une bombe à retardement qui pourrait exploser à tout moment car elles sont menacées de faillite.
47 entreprises nationales totaliseront à la fin de cette année 7 millards de dinars de déficit, ce qui est un fardeau insupportable, même si son absorption devrait se faire sur cinq ans. Il faut de suite arrêter l’hémorragie et engager la réforme.
Des entreprises comme la TRANSTU, la STEG, Tunisair, la SNCFT, les caisses sociales sont prioritaires car elles ont un impact transversal sur plusieurs autres domaines.
Un dialogue avec l’UGTT et l’UTICA s’impose pour parvenir à un deal.

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