Promouvoir l’investissement pour booster l’emploi

Le problème du taux élevé du chômage, notamment dans les régions intérieures du pays et chez les jeunes diplômés du supérieur, fait que la création d’emploi est la principale revendication du soulèvement démocratique du 14 janvier 2011.
Or à ce jour, près de neuf ans après, il n’y a eu aucune amélioration significative du marché de l’emploi.
En effet, aucune stratégie de développement et encore moins de développement régional n’a été initiée par les pouvoirs publics.
De son côté, l’IACE persiste dans son initiative d’analyser les tenants et les aboutissants de la situation et de l’évolution du marché de l’emploi avec une approche régionale dynamique très intéressante à analyser, d’où la publication de son rapport pour la quatrième année consécutive.
Le taux de chômage entre 2017 et 2018 s’est amélioré de 0,1% à 15,3% mais reste très élevé.
Ce rapport répond à une série d’interrogations.
L’économie tunisienne demeure une économie low-cost à bas coûts de main-d’œuvre et non une économie à haute valeur ajoutée exigente en recrutement de compétences de haut niveau.
Ce sont les secteurs de l’industrie et des services qui emploient le plus grand nombre de travailleurs actuellement (80%) et ceux qui recrutent le plus de demandeurs d’emplois : l’industrie a recruté 16.936 candidats tandis que les services,  5602 en 2018.
Un changement de structure de notre industrie est nécessaire si l’on veut promouvoir le recrutement des diplômés du supérieur et rallentir l’hémorragie des cerveaux.
Il faut reconnaître que le secteur des services est créateur d’emplois, une niche de spécialités comme le commerce, les transports et la logistique, les institutions financières, les professions libérales…
La problématique de l’employabilité est-elle en voie de solution avec la baisse significative du nombre d’emplois vacants (offres d’emplois non satisfaites) qui est passé de 150.000 en 2017 à 47.000 en 2018 ?
Il s’agit en majorité de profils et de compétences rares et recherchés par les chefs d’entreprises.
Y a-t-il adéquation entre l’offre et la demande ?  Sur 24 gouvernorats, 14 atteignent la moyenne de 0,43 tandis que 10 restent nettement en deçà. Ce sont les régions intérieures le plus souvent : Gabès, Kairouan, Siliana, Nabeul, Tozeur, Kébili, Tataouine, Gafsa et Bizerte, le Kef étant au bas du peloton.
Le Grand Tunis, qui concentre 43,5% des emplois, suivi par le Centre-Est (le Sahel, Sfax) avec 18%, est le plus grand bassin d’emplois.
Tandis que les zones les plus défavorisées offrent peu d’emplois : le Sud-Est avec 2,2% (Gabès), le Centre-Ouest avec 1,3% (Kasserine) et le Sud-Ouest avec 1% (Gafsa).
Quels sont les profils les plus recherchés par les employeurs éventuels ?
Il s’agit en fait des compétences techniques et numériques qui sont les plus prisées par les recruteurs et ce, à concurrence de 77%.
Les chefs d’entreprises reconnaissent avoir des difficultés pour trouver des candidats dans les professions intellectuelles et scientifiques à titre de cadres supérieurs.
Comment s’annonce l’évolution du marché de l’emploi dans un avenir proche ?
Les emplois susceptibles de disparaître selon l’étude dans les années à venir, sont au nombre de 7819 répartis comme suit : 6630 dans l’industrie, 583 dans les services, 247 dans le commerce.
71% des chefs d’entreprises estiment que le marché de l’emploi va stagner dans les 12 prochains mois, 24% affirment qu’il va s’améliorer, tandis que 4% seulement pensent qu’il va se dégrader.
L’issue incertaine des élections est probablement à l’origine de ces chiffres plutôt pessimistes.
Comment trouver un emploi ? Y a-t-il une filière privilégiée ?
36% des sondés avouent avoir trouvé du travail grâce à des parents et des amis tandis que 28% reconnaissent qu’il s’agit d’envois de CV, alors que 20% seulement sont passés par les bureaux de l’emploi. Cependant, les cabinets de recrutement, grâce à leur professionnalisme et assiduité, sont arrivés à placer plus de 11%._
La gestion active du marché de l’emploi implique une redynamisation du rôle des bureaux de l’emploi avec une révision radicale : aller au-devant des besoins et attentes des créateurs d’emplois.
L’exclusion du marché de l’emploi est une situation grave qui mérite d’être sérieusement prise en compte pour diverses raisons dont l’analphabétisme, l’absence de qualification professionnelle, l’éloignement vis-à-vis des bassins d’emploi, la défaillance de formations appropriées, telles que l’apprentissage des langues et l’accès aux outils informatiques.
L’IACE a poussé l’analyse au point de s’intéresser à la qualité de l’emploi, une notion riche qui recèle aussi bien le ressenti du candidat, un emploi conforme aux compétences du chercheur, qu’une rémunération satisfaisante, entre autres facteurs.
On est loin du maîtrisard en Lettres au chômage depuis dix ans qui a accepté un emploi de peintre en bâtiment pour gagner sa vie et nourrir sa famille tout en restant frustré.
Aucune amélioration sensible du problème de l’emploi dans notre pays ne peut être concrétisée avec une baisse significative du taux de chômage, sans qu’il y ait une croissance rapide du PIB et sans promotion de l’investissement avec multiplication des projets de développement. Cette projection est réalisable grâce à l’amélioration du climat des affaires et la restauration de la confiance, sans négliger l’instauration de la stabilité socio-politique dans le pays. Dans cette optique, un taux de croissance minimale de 4% par an est nécessaire pour faire baisser le chômage.

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