Le discours sans la méthode !

Après le discours d’investiture du nouveau Président, qui a fait couler  beaucoup d’encre, les Tunisiens sont restés sur leur faim dans l’étape actuelle que traverse la Tunisie où on a plus besoin d’appel  à l’action, d’engagement sans faille pour remettre le pays sur les rails, que de simples slogans aux allures parfois lyriques.
Pour un président, fort d’une grande  légitimité populaire, on s’attendait à beaucoup plus et mieux.  On aurait  souhaité bien plus que les déclarations d’intention ou l’expression d’une autosatisfaction qui flatte l’ego des Tunisiens. Ce jugement qui peut paraître un peu excessif trouve son fondement dans un constat objectif. En effet, le moment est plus que jamais propice pour faire sortir les Tunisiens de leur torpeur, d’un attentisme qui n’a que trop duré et, surtout, pour mettre un terme à de faux arguments qui laissent croire que le sous-sol du pays  regorge de richesses et de ressources jusque-là exploitées par des prédateurs.
Le moment est également propice pour rompre avec les faux discours qui n’ont fait que nous  tirer vers l’arrière, pour enclencher un véritable processus de changement et pour rappeler aux Tunisiens leurs devoirs, leur faire part du caractère ardu des défis qu’ils auront à relever, des sacrifices qu’ils auront à consentir, des efforts qu’ils devraient déployer pour que la jeune démocratie résiste, que les libertés se renforcent et que la dignité des Tunisiens soit consacrée.
C’est pour cette raison évidente, qu’on aurait souhaité que le président Kaïs Saïed  soit plus direct, explicite et précis sur pas mal de dossiers, qu’il envoie un message clair à toutes les familles politiques pour qu’elles assument leurs responsabilités, pour éviter qu’on ne retombe dans les mêmes pièges, les mêmes pratiques qui sont à l’origine d’un fort désenchantement et questionnement.
Le président inattendu des Tunisiens a tenu, en dépit du ton nouveau qu’il a conféré à ses propos, un discours pour le moins classique, ne sortant pas du moule et tentant de rassurer  sur des dossiers connus, sans apporter le moindre éclairage sur ce qu’il pourrait entreprendre au cours de ce quinquennat de tous les défis. Faire appliquer la loi sans parcimonie, poursuivre la lutte contre le terrorisme, garantir la neutralité de l’Administration, améliorer les services sociaux, répondre aux attentes longtemps déçues des Tunisiens  pour la liberté et la dignité, constituent sans conteste des lignes d’un long programme d’action. Ce qui a le plus fait défaut, c’est bien la méthode.
Avec quelles méthodes,  quels moyens et quel gouvernement  il sera possible de réconcilier gouvernants et gouvernés, de changer véritablement de cap et de restaurer la confiance des Tunisiens en l’avenir?  Sur ces chapitres importants, le président de la République n’a pas apporté de réponses, se contentant de formuler des slogans, des vœux pieux, et de se laisser emporter par un certain populisme, quand il évoqua la question du don par les Tunisiens d’une journée de travail par mois durant les cinq ans de son mandat pour atténuer les problèmes financiers et l’endettement extérieur du pays.
On a préféré qu’il donne, dès le premier jour, le bon ton et  un message fort qui nous réconfortent et nous permettent d’apprécier sa détermination à faire bouger les lignes, à marquer son territoire et  à annoncer sans détours, qu’il se situe au-dessus du jeu partisan. Le président rassembleur des Tunisiens, le président qui a été élu tout en étant sans parti, sans programme, et qui s’est vanté de n’être pas un vendeur de rêves, avait l’obligation de prendre les Tunisiens à témoin en envoyant un message clair aux protagonistes impliqués dans le processus de formation du nouveau gouvernement.  Ce dernier processus, objet actuellement de toutes les manœuvres et marchandages, risque en effet de souffrir en longueur et lenteur au regard des caprices des partis politiques et de leur logique implacable de partage du gâteau.
Au regard des grands chantiers qui attendent le pays, des difficultés inextricables qui demandent des solutions rapides et consensuelles afin d’arrêter la spirale infernale que connaît la Tunisie depuis plus de huit ans, Kaïs Saïed aurait dû nous présenter en plus du discours, la méthode qui sera adoptée pour donner effectivité aux actions qu’il entend mener sur les fronts politique, sécuritaire, économique et social. Avec la légitimité dont il jouit, cette méthode aurait pu être sa carte maîtresse pour pousser toute la classe politique dans ses derniers retranchements, afin que son action s’inscrive dans une dynamique ayant pour finalité d’améliorer le quotidien des Tunisiens et de conforter les espoirs nés de l’émergence de nouveaux acteurs qui sont parvenus à donner une claque à une classe dont le bilan a été plus que catastrophique.

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