L’agriculture, moteur de croissance, pourquoi pas ?

L’agriculture a le vent en poupe dans notre pays avec la succession de performances dans plusieurs produits spécifiques : huile d’olive, dattes, céréales, grâce à de bonnes récoltes et des records à l’exportation.
Les avantages procurés par l’agriculture ne s’arrêtent pas là. En effet, il y a l’impact positif sur l’emploi, l’attachement à la terre, le facteur sécurité alimentaire, ainsi que l’effet induit sur les industries agroalimentaires. C’est ainsi que d’une contribution de 10% au PIB, on est passé à 12%, alors que l’emploi est de 15%.
En effet, la récolte de dattes prévue pour cette année, susceptible de rapporter à l’export près d’un milliard de dinars, est de 340.000 tonnes. Si on y ajoute les recettes escomptées de l’exportation de l’huile d’olive, ainsi que l’économie réalisée en matière d’importations de céréales grâce à la récolte de cette année, le secteur agricole aura rapporté près de 3,5 milliards de dinars. Un véritable pactole pour l’économie tunisienne.
Lorsqu’il y a une bonne récolte de céréales comme celle de 2019 avec 24 millions de quintaux, notre pays économise 341 millions de dinars d’importations de céréales nécessaires pour l’alimentation de la population.
C’est bien sûr une épargne considérable qui bénéficie à la réserve en devises gérée par la BCT.
Les exportations de fruits d’été ont progressé de 25% par rapport à 2018 pour atteindre 80 millions de dinars en 2019.
Les atouts, les potentialités et les avantages compétitifs de l’agriculture dans notre pays sont multiples. Notre pays jouit d’une grande diversité de conditions naturelles et climatiques permettant des cultures variées, allant des céréales jusqu’aux palmiers-dattiers, en passant par les oliviers, les agrumes, la vigne et autres arbres fruitiers, sans oublier toutes sortes de légumes en sec et en irrigué.
Nos périmètres irrigués sont de l’ordre de 500.000 ha, ce qui permet grâce au climat méditerranéen des cultures de primeurs et d’arrière-saison avantageuses pour les marchés européens au niveau de l’export.
Le savoir-faire ancestral de nos paysans pour ce qui est des pratiques culturales est un précieux atout : l’Ifriqya n’était-elle pas le grenier  de Rome dans l’Antiquité ?
Cependant, les goulots d’étranglement et les dysfonctionnements du secteur sont multiples, alors que les potentialités sont nombreuses, même si elles ne sont pas exploitées de façon optimale.
Il y a d’abord un problème foncier qui est un obstacle majeur à facettes multiples, l’immense étendue des “terres collectives” qui appartiennent à tous et à personne. Qui va investir sur un terrain qui ne lui appartient pas, d’autant plus qu’il ne peut pas le présenter à une banque à titre de garantie pour contracter un crédit ? Il faudrait privatiser ces terres et les faire immatriculer pour les rendre économiquement utiles. Il y a également le morcellement extrême de l’exploitation : 10 ha en moyenne, ce qui n’est pas rentable sur le plan financier à l’exception des périmètres irrigués.
Il faudrait un vaste remembrement. A cela s’joutent d’autres considérations comme la vétusté des techniques et le vieillissement des paysans, ce qui s’apparente à un obstacle à la productivité.
Les agriculteurs n’accèdent au crédit bancaire que dans la proportion de 12%, ce qui est trop peu et constitue un obstacle à l’investissement et même à l’exploitation courante.
Le coût élevé de l’assurance contre les risques naturels ne les met pas à l’abri des catastrophes et pertes éventuelles. Tout cela mérite des solutions efficaces que l’Etat sous-estime et néglige.
Le secteur a besoin d’une organisation des producteurs agricoles sous forme de sociétés, de coopératives, de services ou de mutuelles pour mieux servir leurs intérêts et éviter d’être exploités par les grossistes et les “ghacharas” qui imposent leurs prix pour spéculer sur les marchés en commun. Il s’agit d’assurer la commercialisation des produits agricoles, l’approvisionnement en semences, engrais, pesticides… ainsi que l’encadrement technique et la formation.
L’Etat doit mettre au point une stratégie avec des objectifs ambitieux, des étapes à franchir et des moyens matériels à mobiliser.
La mise au point de filières intégrées avec des groupements pour assurer la coordination entre producteurs, industriels et exportateurs s’impose : filière céréales, filière viandes rouges et lait, filière tomates, dattes, huile d’olive, aviculture…
La mise à niveau du secteur agricole est non seulement une nécessité, mais c’est également une urgence destinée à réformer les structures et à promouvoir la productivité et la rentabilité du secteur. C’est une œuvre de longue haleine qui nécessitera 10 à 15 ans d’efforts et d’investissements pour moderniser l’agriculture, transformer la situation du secteur et l’adapter  aux besoins des marchés. L’Etat devrait profiter de l’opportunité de l’ALECA pour réaliser ce saut qualitatif grâce au financement et à l’expertise de l’UE.
Il y a nécessité d’adopter un régime fiscal bonifié sans aller jusqu’à subventionner la production, de protéger les producteurs contre les importations anarchiques, et de continuer à accorder des subventions aux investisseurs agricoles, afin de moderniser et de développer la production. 

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