Faut-il instaurer l’Etat d’urgence énergétique ?

Le déficit de la balance énergétique extérieure connaît une croissance inquiétante d’une année à l’autre, notamment depuis 2011 alors qu’elle était équilibrée en 2001 et même excédentaire auparavant. L’accélération est due à une baisse alarmante de la production suite aux perturbations sociopolitiques et à une augmentation rapide de la consommation pour diverses raisons socioéconomiques.
Ce déficit qui était de 49% en 2018 est passé à 52% en 2019 et pourra atteindre 73% en 2030 s’il n’y a pas de promotion intensive des énergies renouvelables et de mise en œuvre d’une série d’actions efficaces de rationalisation et de maîtrise de la consommation d’énergie.
La situation actuelle est très difficile à soutenir par le budget de l’Etat, par la balance commerciale et celle des paiements. En effet, la compensation de l’énergie a absorbé 7% du budget de l’Etat, soit 2700 millions de dinars et les importations d’hydrocarbures représentent le 1/3 du déficit commercial du pays.
Cette situation, qui est en train de s’aggraver, est-elle une fatalité alors que notre pays, sur le plan géologique, est enclavé entre deux pays gros producteurs-exportateurs d’hydrocarbures, l’Algérie et la Libye ? S’agit-il d’une “injustice naturelle” qui nous prive des richesses du sous-sol alors que nos voisins du Sud et de l’Est en sont bien dotés ? Ou bien avons-nous jusqu’ici été “mal inspirés” dans l’identification des sites de prospection ? Tout ce questionnement s’impose, quand bien même nous aurions trouvé du gaz en quantité à Nawara dans le désert de Tataouine et au large de Sfax.
Il y a bien un proverbe qui dit “qui cherche bien finit toujours par trouver” !
Encore faut-il que notre futur code des hydrocarbures, en gestation dans l’Administration depuis des années, soit promulgué un jour prochain avec des incitations susceptibles d’attirer les grandes compagnies qui disposent des compétences humaines, des technologies et des financements pour prospecter.
En quoi consiste le projet de réforme du secteur énergétique qui a été entamé en juillet 2019, financé par le fonds de la transition énergétique émanant du Partenariat de Deauville (Sommet du G7) pour un montant de 3,8 M de dollars US, soit 10,7 millions de dinars, destiné à la mise à niveau du secteur à travers la restructuration des entreprises et des activités dans les secteurs des hydrocarbures, de l’électricité et de la maîtrise de la consommation ?
Le Directeur général des stratégies et de la veille énergétique au ministère de l’Industrie a affirmé récemment lors d’un atelier consacré à la transition énergétique qu’il s’agit de discuter les résultats de la première étape du projet de réforme du secteur, TUNEREP, qui a consisté à établir un diagnostic portant sur les entreprises du secteur selon une approche analytique quadruple : la STEG, l’ETAP, la SNDP et la STIR.
Les points faibles ont été identifiés selon des normes, grâce à une expertise approfondie qui a concerné la gouvernance interne de l’entreprise, l’approche qualité, les ressources humaines et financières disponibles, ainsi que le système de gestion des compétences.
De sorte qu’il y a maintenant une idée claire de la situation globale du secteur et de ses institutions, ce qui permet de proposer des recommandations destinées à en améliorer le fonctionnement.
Il y a lieu de mentionner que ces recommandations portent sur les thèmes suivants : la sécurité de l’approvisionnement énergétique, le coût de revient des impératifs sociaux, le rôle des investisseurs privés dans l’évolution du secteur énergétique en relation avec l’Etat et enfin, la réorganisation conséquente du ministère qui assure la tutelle du secteur.
L’objectif consiste pour notre pays à réussir la transition énergétique qui a été adoptée par les pouvoirs, à savoir produire à l’horizon 2030, 30% du mix énergétique d’origine renouvelable. D’où la législation mise en place pour promouvoir le plan solaire et le lancement de plusieurs projets photovoltaïques et éoliens, surtout dans le Sud tunisien avec des investissements étrangers pour une production globale de 3500 mégawatts par an.
Les pouvoirs publics doivent agir sur les deux fronts pour obtenir des résultats probants : celui de la production d’énergie fossile et celui de la consommation.
Les secteurs de la prospection et de l’exploitation des hydrocarbures ont besoin d’incitations au niveau de l’investissement et de la stabilité-visibilité au niveau fiscal, mais aussi de protection au niveau sécuritaire pour assurer une amélioration sensible des résultats.
Notre consommation énergétique est très élevée et en croissance rapide, aussi bien au niveau des ménages qu’à celui des entreprises économiques, car il y a beaucoup de gaspillage, de fuites, de déperditions… ce qui mérite des mesures de rationalisation suite à des actions d’audit énergétique.
Le programme de maîtrise de l’énergie a besoin d’être revu et renforcé. Certes, il y a eu des actions pour économiser l’énergie au niveau des industriels des matériaux de construction, mais cela reste nettement insuffisant.
Il est aberrant par exemple de recourir à une énergie noble et coûteuse comme l’électricité pour se chauffer ou faire la cuisine alors que le gaz est disponible et moins coûteux. Pour parer à cette situation, une pédagogie à mettre en œuvre au niveau des citoyens est recommandée.
Il est anormal de continuer à utiliser des voitures polluantes avec des moteurs à combustion, alors qu’il y a des véhicules hybrides.
Avec l’implantation de nouvelles unités énergétiques renouvelables bénéficiant de statuts différents, obligés de vendre à la STEG qui sera le distributeur et éventuellement l’exportateur unique, l’existence d’un régulateur-coordinateur du secteur s’impose pour y mettre de l’ordre, avec fixation des prix et définition des volumes à acquérir.

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