Débat présidentiel : on aura tout dit ou presque ! (Vidéo)

Le débat présidentiel tant attendu a eu lieu ce soir du vendredi 11 octobre 2019. date qui sera inscrite dans l’histoire du pays comme étant celle du premier duel entre deux candidats à la présidentielle.
Nabil Karoui et Kaïs Saïed étaient là pour présenter leurs programmes et confronter leurs visions pour la Tunisie.
Le candidat arrivé en tête du premier tour est apparu légèrement nerveux contrairement à son calme habituel. Nabil Karoui était sur la réserve paraissant même intimidé et la contrainte de la langue l’ayant par moment gêné surtout que son adversaire avait la maîtrise de l’arabe.
Les deux candidats avaient eu chacun 60 secondes pour se présenter avant de passer  aux quatre thèmes proposés : la défense et la sécurité nationales, les relations extérieures et la diplomatie économique, les prérogatives en rapport avec le législatif et l’exécutif et les questions en rapport avec la chose publique.

  •  Défense et la sécurité nationale

Nabil Karoui :La Tunisie a a commencé à faire face  au terrorisme à l’instar de plusieurs autres pays au moment l’institution sécurité n’avait pas l’expérience nécessaire au début. Au fil du temps les forces sécuritaires ont réussi à endiguer ce phénomène. Karoui a affirmé que pour continuer cette réussite, il est important de réunir tous les services de renseignements  en un seul et qui dépend de la présidence de la république. Il  faut combattre le terrorisme dans ses racines. Cela commence par la lutte contre la pauvreté et la marginalisation. Il faut mettre en application la loi antiterroriste, n’étant pas appliquée correctement de nos jours.
Kaïs Saïed ;: Il n’y a pas de lois à réactiver. Le problème des lois, c’est leur application. La loi doit être appliquée équitablement sur tous. Je n’accepte pas de parler des plans et des stratégies sécuritaires devant les caméras. Le candidat s’est interrogé sur les fuites de documents sécuritaires et leur étalage public.
Question  a été posée ensuite sur l’assassinat de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi et l’appareil  sécuritaire secret
Kaïs Saïed : L’affaire de l’assassinat des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi ne doit en aucune manière être récupérée par les partis politiques. Je ne m’ingérerai jamais dans les affaires de la justice. L’indépendance de la justice est essentielle et vaut bien plus que 1000 constitutions. Pour ce qui est de l’appareil secret d’Ennahdha il n’y a pas de place à ce genre d’appareil au sein de l’Etat. Pour le moment je ne sais pas si cet appareil existe existe ou pas car il ne s’agit pas un service de renseignement.
Nabil Karoui :  « Chokri Belaid était mon avocat et j’avais un rapport particulier avec lui. Les Tunisiens ont le droit de connaitre la vérité. Sauf qu’avec les mécanismes actuels, la vérité ne peut être révélée dans les délais raisonnables. Je pense qu’il faut créer un tribunal spécial, une sorte de comité ad hoc, composé de magistrats qui sera en charge de l’affaire et qui soumettra les résultats de son enquête à la justice dans un délai de 6 mois ».
Revenant sur la question de la sûreté nationale, le candidat a précisé qu’elle n’englobe pas uniquement les forces sécuritaire et militaire. La santé, les ressources hydrauliques, l’agriculture, la technologie ou même le tourisme, et tout ce qui peut menacer la sécurité de la Tunisie relèvent de la sécurité nationale. Et c’est justement pour cela qu’il faut élargir le conseil de la sécurité nationale aux experts dans tous ces domaines.
Dans le domaine de la sécurité nationale et la défense, je m’engage à mettre en place une agence de renseignements unifiée, d’améliorer les conditions des sécuritaires et de renforcer leurs moyens, de lutter contre les menaces cybernétiques et d’élargir les domaines du conseil de sécurité nationale. Par ailleurs, il faut mettre fin au fait qu’un sécuritaire qui tombe en martyr dans la défense du pays perde son salaire et et ses avantages. Il faut  tripler les pensions des sécuritaires qui décèdent lors de l’exercice de leurs fonctions.
Kaïs Saïed : Je dois d’abord préciser qu’il n’est plus possible d’installer de tribunaux spéciaux. La constitution l’interdit. Ce qui est important en matière de sécurité nationale c’est le renforcement de l’éducation, principale barrière contre le terrorisme et l’extrémisme. Je proposerai un projet de loi pour la création d’un conseil supérieur de l’éducation.
Je n’aime pas faire de promesses. Je propose la mise en place d’établissement public qui prend en charge les sécuritaires martyrs de la révolution, et ceux qui décèdent dans l’exercice de leurs fonctions. Pour la sûreté nationale, elle ne doit plus être perçue de la manière classique.

  • Politique étrangère et diplomatie économique:

-Kaïs Saïed : l’Etat doit s’engager à respecter les bases de la diplomatie tunisienne. Bourguiba  en avait donné l’exemple. On ne peut parler de diplomatie économique. Pour ce qui est de l’Aleca, il n’y aura pas de négociation pour tout ce qui touche les intérêts de la Tunisie.
-Nabil Karoui : Je serai le premier ambassadeur de la Tunisie à travers le monde pour ramener des investissements et trouver de nouveaux marchés. Une fois président, au-delà de la diplomatie économique, je mettrai l’accent sur la diplomatie numérique qui constitue l’avenir pour la Tunisie. Il faut s’ouvrir sur les marchés de l’Afrique en mettant en place les moyens susceptibles d’ouvrir les perspectives avec ses destinations prometteuses, notamment, l’ouverture des lignes aériennes et maritimes.
Question a été posée ensuite aux deux candidats sur le rôle de la Tunisie dans la crise libyenne.
-Nabil Karoui : La Tunisie ne peut pas « respirer » sans mettre fin à la crise libyenne. « Sans l’intervention de la Tunisie et de l’Algérie, la crise en Libye ne sera pas résolue. Toutefois, la Tunisie et l’Algérie ne peuvent intervenir sans prendre en considération les forces internationales intéressées par le dossier libyen ». Je suis prêt à discuter avec toutes les parties de la crise libyenne pour trouver une solution à la crise. Cette solution ne peut être  que libyo-libyenne.-Kaïs Saïed : La résolution de la crise en Libye doit se faire dans le respect de la légitimité internationale. La Tunisie peut être une terre de dialogue avec les parties du conflit libyen. Je suis prêt à discuter avec toutes les parties afin de parvenir à une solution à la crise.
Interpellé par les journalistes animateurs du  débat sur la question de la normalisation avec I’entité sioniste, Kaïs Saïed a précisé qu’il fait la distinction entre les juifs et les israéliens. « le terme normalisation n’a pas lieu d’exister puisqu’on est en guerre avec l’entité sioniste et tous ceux qui traitent avec doivent être jugés pour haute trahison« . Pour ce qui est des pèlerins de la Ghriba, ils peuvent, selon lui, entrer en Tunisie mais pas avec un passeport israélien.
Egalement interpellé sur la même question, Nabil Karoui a indiqué que la Tunisie doit adopter les mêmes positions que le pouvoir palestinien. « Je suis pour la criminalisation de la normalisation avec Israël ».
Revenant sur l’affaire de sa rencontre avec Ari Ben-Menashe, Nabil Karoui a fait savoir qu’il ne connaissait ni l’identité, ni les origines de cette personne. « Il s’est présenté en tant qu’agence canadienne, et possédait un passeport canadien. Cependant, s’il avait cette réputation sulfureuse, comment a-t-il pu entrer sur le territoire tunisien ? Je suis persuadé qu’on a voulu me piéger en m’envoyant cette personne ». Nabil Karoui a assuré qu’il est pour l’ajout d’un article dans la Constitution interdisant la normalisation avec l’entité sioniste.

  • Prérogatives présidentielles et initiatives législatives :

-Kaïs Saïed :Je ne fais pas de promesses à faire, les jeunes se sont lassés des fausses promesses. Je suis là pour donner des projets et des visions.
 Intervenant dans le cadre de l’interactivité, Nabil Karoui a demandé à Kaïs Saïed comment il comptait asseoir son projet de pouvoir local dans la pratique en tenant compte des différends qui pourraient surgir. Kaïs Saïed  indiquera qu’il ne sera pas question de comités populaires puisque son programme est basé sur l’élection des personnes et de leurs programmes. Karoui lui coupera la parole pour savoir si, dans ce cas,, il comptait changer le système de gouvernance actuel. Kaïs Saïed précisera que rien ne se fera sans le respect de la constitution, mais qu’il soumettra une proposition d’amendement de la constitution dans ce sens au parlement. Ce à quoi Nabil Karoui rétorquera « alors, si je comprends bien si le parlement refuse votre proposition, vous allez rester les bras croisés et ne rien faire ».
Il faut souligner ici que l’échange qui a eu lieu sur cette question entre les deux candidats a été un véritable moment de débat et les deux journalistes sont à saluer pour avoir laissé faire cet échange. Bravo, encore une fois à Chaker Besbès et Asma Bettaieb.
Nabil Karoui : Je compte proposer une initiative législative pour rompre avec la pauvreté en réunissant toutes les organisations nationales pour mettre en place un programme établi à partir d’un état des lieux effectué durant trois ans. «Aujourd’hui, après huit années au pouvoir, Ennahdha fait de la lutte contre la pauvreté sa priorité alors qu’elle n’avait rien fait pendant tout ce temps. Mais si c’est le cas réellement, on la suivra sur ce point sans problème ».
Kaïs Saïed : Je proposerai la mise en place d’un conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement. L’Etat doit reprendre son rôle dans le développement et la restructuration du secteur de la santé et de la couverture sociale. « Je n’ai pas de bloc parlementaire derrière moi, mais moi je proposerai et si le parlement refuse, il n’a qu’à assumer sa responsabilité politique ».

Ce que promettent les deux candidats:
Kaïs Saïed
a déclaré qu’en tant que président de la république il assumera toutes les responsabilités et qu’il s’engage à ne dire que la vérité au peuple qui pourra ainsi le juger. « Je ne ferai rien contre mes principes et aucun membre de ma famille ne sera placé dans un poste au sein de l’Etat.

Le candidat  insistera sur la continuité de l’Etat et que rien ne doit bloquer les rouages de l’Etat. « Je peux ratifier puis je propose un autre projet ou un projet d’amendement ».
L’Etat doit retrouver son rôle social, souligne le candidat qui ajoute qu’il fera en sorte que des mécanismes juridiques pouvant aider à concrétiser les projets des jeunes soient mis en place.
De son côté Nabil Karoui a mis l’accent sur la nécessité de libéraliser l’économie, de lutter contre la pauvreté, de développer le système juridique et qu’il faut encourager l’initiative, rassurer les tunisiens  et garantir  un climat favorable à l’investissement.
Le candidat a fait savoir qu’il ne ratifiera pas une loi de finances qui contiendrait des mesures lourdes de conséquences pour les citoyens. « Je ne baisserai pas les bras devant les difficultés« . La constitution tunisienne est parmi les meilleures mais elle est n’est pas totalement respectée et je ne présenterai ma démission qu’au cas où je suis gravement malade. Aucun membre de ma famille n’obtiendra de place. Le peuple tunisien en a marre des « familles« .
Pour finir dans cette intervention, Nabil Karoui a assuré qu’il ne s’alliera en aucune façon avec Ennahdha et qu’il n’y avait aucun deal pour sa libération qu’il doit à la Cour de cassation. « J’ai été incarcéré sur décision politique pour être exclu des élections. La justice a réagi autrement. »
A la question de savoir comment les deux candidats s’étaient acquittés des 10.000 dinars de droits d’inscription à la présidentielle, Kaïs Saïed a indiqué qu’il avait emprunté cette somme  auprès de ses amis et sa famille pour garantir son dépôt de candidature, étant donné qu’il ne possède que sa pension de retraite. A la rumeur concernant ses biens immobiliers, Kaïs Saïed s’est emporté et fait savoir que ce sont des mensonges et qu’il connaissait l’origine de cette rumeur précisant qu’ils avaient, lui et les membres de sa famille, vendu la maison de leur père et se sont partagé l’héritage.
Répondant à la même question, Nabil Karoui a rappelé que ses comptes étant gelés, c’est avec un chèque de sa mère qu’il s’est acquitté de cette somme.
S’agissant de l’affaire du lobbying, il a affirmé qu’elle est montée de toutes pièces et qu’il n’avait rien donné au lobbyiste assimilé à un agent du Mossad.
Le débat arrivant à son terme, les candidats ont été invités à parler de ce qu’ils feraient au cours des 99 premiers jours de leur mandat une fois élus à la présidence.
Nabil Karoui reviendra sur ce qu’il considère son objectif premier, à savoir présenter une initiative  législative qui regroupera toutes les organisations nationales et les partis politiques pour un plan de lutte contre la pauvreté. Parmi ses priorités, se rendre à Gafsa pour rencontrer toutes les parties concernées par la question de la CPG pour parvenir à une solution définitive à la crise du phosphate.
Kaïs Saïed fera savoir qu’il proposera des initiatives législatives dans le sens de redonner son rôle social à l’Etat. En fait il a évité de faire des promesses car contraires à ses principes.

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