A quoi joue Ennahdha?

Le parti de Rached Ghannouchi n’arrête pas de souffler le chaud et le froid. Pire encore il donne l’air de s’amuser aux dépens de toute la classe politique  voire même du peuple tunisien.
Depuis l’annonce des résultats des législatives où il s’est placé en tête avec seulement 52 sièges à l’ARP, Ennahdha ne finit pas de multiplier les annonces avec une répartition des rôles entre ses principaux dirigeants, chacun y allant de sa déclaration tout en suscitant moult interrogations.
On a l’impression d’assister à un jeu de cache cache tellement les informations qui circulent autour de la formation du gouvernement et son futur chef varient d’un dirigeant à l’autre.
En fait, Ennahdha semble favoriser l’intrigue pour, ou bien mettre la pression sur ses éventuels futurs alliés ou encore laisser planer le risque d’une crise qui déboucherait sur de nouvelles législatives que tout le monde semble craindre et Ennahdha plus que les autres. Cette crainte s’explique par l’opportunité qu’une telle possibilité offre au nouveau président de la république, ne disposant actuellement d’une majorité à l’ARP, de s’en offrir une en présentant ses propres listes.
Ce qui s’explique par les déclarations du président de son conseil de la Choura qui se refuse de dévoiler les réelles décisions prises au courant du weekend dernier.
Reconnaissant avec des mots voilés la faiblesse des partis en raison de leurs faibles représentations à l’assemblée, Harouni soulignera qu’Ennahdha « comme les autres partis, doit assumer ses responsabilités. Le parlement issu des élections, prouve que les partis doivent s’entraider »  et reconnaître implicitement le dilemme dans lequel son parti se trouve « nous n’avons pas le choix, nous devons constituer un gouvernement de coalition avec les partis qui partagent nos valeurs, celles de la révolution et contre la corruption ».
Et comme pour fermer la porte devant toute tentation d’autres parties il précisera qu’il est du droit d’Ennahdha le plus absolu d’être concerné par la présidence du gouvernement, « il en sera ainsi et c’est non négociable » matraque-t-il.
Pour l’oiseau rare à placer à la tête de ce gouvernement, pour l’heure c’est le chef du parti, Rached Ghannouchi qui a la priorité. Et pour cause! « c’est la personnalité nationale la plus importante et il est apte à présider le gouvernement ». Voilà tout le monde est averti, il ne reviendra qu’à lui d’accepter ou pas et de désigner son remplaçant s’il le désire.
Les structures dirigeantes du parti islamiste, malgré les différends et les divergences en son sein, semble ne vouloir que satisfaire les désirs de son chef au détriment des intérêts du pays. 
Sinon comment expliquer cet entêtement à ne laisser filtrer que son nom pour ce poste convoité par plus d’un au sein même de ce parti.
Ghannouchi, en vérité n’est pas le candidat le plus indiqué pour cette fonction qui a ses exigences. Les nahdhaouis l’avaient compris quand il s’agissait de sa candidature à la présidentielle et ils l’avaient tenu à l’écart pour lui éviter un cinglant échec. 
Et ce ne sont pas les raisons, que ce soit au plan interne ou externe, qui manquent et qui militent contre sa désignation à la tête du gouvernement.
L’un de ses plus proches ex-conseillers et toujours dirigeant au sein du parti, Lotfi Zitoun, en a donné une large panoplie, sans maquillage aucun.
Il faut croire que la proposition du conseil de la choura n’est qu’une manœuvre, à l’instar de ce que le parti islamiste fait à chaque fois, pour contraindre les autres partis à accepter de faire partie d’une alliance gouvernementale.
Dans le cas contraire, à quoi jouerait Ennahdha ?

B.B.F

 

Lire aussi
commentaires
Loading...