Tunisie : grand saut dans l’inconnu ?

Le premier tour de l’élection présidentielle s’est déroulé dans de très bonnes conditions le dimanche 15 septembre dernier grâce à l’excellent travail de l’Isie. En effet nos attentes étaient grandes et le résultat a été gigantesque, cette jeune équipe a été avant et après le jour du vote compétente, efficace, dynamique et dévouée.

Par Moncef Kamoun*

Nous avons tous apprécié la diligence et la conscience professionnelle avec laquelle l’Isie a mené sa mission elle avait fait preuve d’une excellente capacité de réaction en adaptant très rapidement ce qui lui a été demandé.
Avant les élections l’Isie a déployé de très nombreux agents dans les centres commerciaux, places publiques et même les plages et les cafés afin d’inscrire de nouveaux électeurs et c’est comme ça qu’on est passé de 3,5 millions de non-inscrits à 1,5 millions, un premier défi réussi « sept millions d’électeurs » particulièrement des élèves, des étudiants, des chômeurs, des femmes au foyer, des femmes travaillant dans le secteur agricole et des retraités.
L’annonce rapide des résultats préliminaires avec l’adoption du mécanisme d’envoi des procès-verbaux de dépouillement par e-mail avant l’arrivée des camions de l’armée nationale.
La position de l’Isie concernant Nabil Karoui en proclamant que la loi ne l’empêche pas de participer au second tour tout en demandant à la justice de trancher l’affaire qui date depuis plus que trois ans et que le candidat a été placé en détention la veille des élections soit le 23 août dernier.
A ce sujet le président de l’Isie a déclaré : « Tant qu’il n’y a pas de changement dans son statut juridique et qu’il n’y a pas de verdict définitif, Nabil Karoui reste candidat à la présidence. »
La surveillance des bureaux de vote le jour des élections  par 3000 agents accompagnés de 350 coordinateurs régionaux et de 40.000 agents des forces de l’ordre.
C’est ainsi que la Tunisie a pu faire des élections sans précédent, les plus libres, les plus démocratiques et les plus transparentes du monde arabe sous l’œil surpris du monde entier, bravo l’Isie bravo pour ce travail.

 Un coup de théâtre issu des urnes, jamais les Tunisiens n’ont été aussi inquiets
Après la délibération des résultats du vote les Tunisiens se montrent pessimistes sur l’avenir du pays, jamais ils n’ont été aussi frileux, aussi pessimistes, ils sont, depuis, inquiets et très méfiants pour l’avenir, les indicateurs de confiance à l’égard des politiques sont en effet au plus bas en ce moment, et le grand malaise au départ s’est mué progressivement en une véritable inquiétude.
Le second tour du scrutin présidentiel devrait opposer Kaïs Saïed à Nabil Karoui, un vrai coup de théâtre issu des urnes après les élections les plus démocratiques.
Le premier, 61 ans, n’a jamais fait de politique, il est  universitaire spécialiste en droit constitutionnel, un maître assistant qui apparemment n’a jamais soutenu sa thèse, un homme qui sait très bien garder le silence et rester muet, un vrai taiseux même lors d’une campagne électorale, il fuit les projecteurs !
Le second, 56 ans, lui aussi n’a jamais fait de politique, il a suivi de simples études de commerce à Marseille, avant de créer sa boite de communication, de publicité et de télévision à Tunis, il est bavard, doué d’un pouvoir d’influence et ne peut se passer des objectifs.
Quel sera alors notre avenir et l’avenir d’un pays qui est déjà en état de faillite politique et économique et qui sera présidé par des apprentis politique, ou formulé autrement, comment avons-nous pu élire deux « apprenti Président »?
Il faut dire que dans une démocratie, il n’y a pas de vérité que celle que produit le débat mais le débat chez nous ne s’arrête jamais et sans aucune évolution réelle.
En fait dans une démocratie nous devons être adultes et c’est là toute la difficulté.
Voilà pourquoi nous sommes inquiets, très inquiets et fatigués de cette démocratie.
La Tunisie est un pays en crise où déjà la misère s’étend et l’argent disparaît, les lendemains pourraient être encore pires que le mal actuel avec ce flou qui règne

 Tous les signes de la faillite sont déjà là
La mauvaise gestion des finances publiques et la négligence générale des gouvernements passés depuis la révolution ont mis le pays en état de faillite, ils ont en effet presque quintuplé la dette extérieure. Le pays s’enfonce en réalité dans le fond et risque de le toucher, sans pouvoir remonter.
Le budget de l’Etat était en 2010 de l’ordre de 18 milliards de dinars, six ans après il a presque doublé, dépassant les 34 milliards de dinars, en 2019 il a été de 40 milliards de dinars en augmentation de 8% par rapport au budget 2018, selon certaines sources il devrait atteindre les 46 milliards de dinars en 2020 en augmentation de 15% par rapport à 2019, alors qu’il avait déjà progressé de 12% en 2018.
Pour l’expert en gestion de crise Soufiène Bennaceur le pays est en état de faillite de fait et que tous les symptômes de la faillite sont déjà là,

  • une dette insoutenable estimée officiellement à 72% du PIB et elle serait de l’ordre de plus de 90 % si on lui ajoute la dette extérieure privée.
  • l’Etat n’a plus les moyens d’investir faute de moyens et l’effondrement du dinar a réduit le pouvoir d’achat des citoyens.
  • Le déficit atteint aujourd’hui 20 milliards de dinars selon certaines sources.

Tous ces indices ne sont ils pas les traces d’une faillite certaine ?
La solution aux problèmes financiers commence toujours par la politique. Tant que les Tunisiens auront un gouvernement qui gère mal les finances publiques, ils ne pourront pas s’attendre à voir les politiques économiques nécessaires pour sortir du gouffre

Le grand saut dans l’inconnu
Alors que Le peuple n’attend rien de moins qu’un miracle économique pour mettre le pays sur une bonne voie, la tâche qui attend le prochain Président est gigantesque afin de réaliser ce miracle et pouvoir casser tout le système, le peuple de son coté vote pour presque les seuls candidats qui n’ont jamais fait de politique.
Au-delà donc du bel exercice de démocratie auquel s’est livré le pays, il fait un saut dans l’inconnu, dans l’enfer.

*M.K Architecte

 

 

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