Quelle stratégie pour lutter contre le stress hydrique ?

Il est incontestable que notre pays souffre de stress hydrique depuis des années sans que les pouvoirs publics mettent en œuvre une politique volontariste pour sortir à terme de cette situation précaire de pénurie d’eau. Celle-ci menace la population et le bon déroulement des activités économiques et sociales dans le pays, d’autant plus que la situation s’aggrave de plus en plus, en raison de l’évolution de plusieurs facteurs : croissance démographique rapide et extension urbaine sensible, surexploitation des nappes phréatiques et multiplication des forages qui puisent l’eau dans des nappes fossiles profondes.
Il y a aussi le développement des périmètres irrigués publics et privés qui consomment beaucoup d’eau, ainsi que l’impact croissant du réchauffement climatique avec multiplication de périodes de sécheresse plus longues et plus prononcées. Il y a également la saturation de la capacité de stockage d’eau des bassins-réservoirs des barrages à cause de l’encombrement par les alluvions charriés par les eaux de ruissellement.
La pénurie absolue d’eau menace notre pays, elle est marquée par une disponibilité d’eau de 450 m3 d’eau par an et par habitant, le seuil fixé au niveau mondial étant de 1000 m3 par habitant et par an.
Selon Raoudha Gafrej, experte en ressources hydrauliques, qui maîtrise correctement le thème, l’horizon 2025 dans notre pays sera marqué par moins d’eau disponible qu’en 2019, avec une moindre qualité (taux de salinité et de calcaire) et ce, malgré la réalisation des projets en cours.
En effet, l’évolution de la situation est marquée par une pollution croissante des nappes, la surexploitation de l’eau et des coûts de production de plus en plus élevés.
Cela devrait se traduire selon l’experte par la multiplication des conflits liés à la gestion de l’eau dans les régions intérieures du pays.
L’étude stratégique relative à l’eau à l’horizon 2050 aurait conclu à la nécessité de trouver 600 m3 d’eau supplémentaires par habitant et par an, soit une mobilisation supplémentaire de 8 milliards de m3 par an. Un défi majeur, mais aucune mesure concrète et stratégique n’a été prise par les pouvoirs publics pour atteindre cet objectif, ce qui est grave.
La SONEDE, qui assume la distribution d’eau potable dans l’ensemble du pays, est confrontée à plusieurs gros problèmes.
D’abord, la vétusté qui frappe 40% d’un réseau long de plus de 54.000 km, ce qui implique son renouvellement progressif : un investissement à la charge de l’Etat qui ne dispose pas des moyens nécessaires à son financement. Entre-temps, il y a donc des pertes considérables en eau.
La SONEDE a des difficultés pour s’approvisionner en eau à partir des barrages, surtout lors des périodes de sécheresse.
La tarification de l’eau est trop basse alors qu’elle est censée couvrir les frais de maintenance du réseau ainsi que les frais de traitement et de distribution de l’eau potable.
Les infrastructures gérées par la SONEDE, réservoirs, stations de pompage… sont souvent vétustes, précaires… donc insuffisantes pour faire face à la croissance des besoins de la population.
Alors que le réseau de distribution d’eau potable ne cesse de s’étendre et couvre 87% des implantations humaines.
Il faut reconnaître que les pertes d’eau de la Sonede sont énormes et multiples ; elles ne cessent de croître, passant de 85 millions de m3 en 2010 à 147 M m3 en 2017, donc de 27% en 2010 à 32% en 2017.
Ces pertes ont diverses origines : pertes physiques sur le réseau d’adduction, pertes lors du traitement, trop-plein dans les réservoirs, fuites…
Pour avoir 100 litres au robinet, il faudrait prélever sur le milieu naturel 155 litres, c’est beaucoup et cela coûte très cher à la collectivité.
Il est nécessaire de mettre en œuvre une stratégie globale à long terme de la gestion de l’eau dans le pays pour sécuriser la disponibilité d’eau.
D’abord, initier une communication multimédia à propos de la rationalisation de la consommation de l’eau avec une nouvelle tarification dissuasive. Ensuite, investir massivement pour rénover les infrastructures.
De même, consolider les barrages existants (surélévation) et construire de nouveaux barrages au point de mobiliser 98% des eaux de ruissellement.
Des travaux de rétention des eaux et des sols devraient également couvrir tous les bassins-versants pour éviter l’ensablement précoce des barrages-réservoirs, la lutte contre les inondations devant être intensifiée par éviter les pertes humaines et les dégâts, et contenir le gaspillage des eaux.
Nous devons par ailleurs réviser notre politique agricole pour ne pas pratiquer des cultures gourmandes en eau comme les pastèques.
Le recyclage des eaux usées mériterait d’être développé avec la mise à niveau des stations d’assainissement de l’ONAS.
Enfin, les stations de dessalement de l’eau de mer le long du littoral de Sfax jusqu’à l’extrême sud, doivent être multipliées ainsi que les forages profonds dans le Centre-Ouest et le Sud-Ouest.
Nous avons besoin d’une nouvelle gouvernance de l’eau dans notre pays, qui revêt un caractère stratégique au niveau national et qui place la gestion de l’eau au-dessus de la tutelle exclusive du ministère de l’Agriculture et de la SONEDE, à savoir au niveau du chef de l’Etat et du Chef du gouvernement avec la participation de plusieurs autres secteurs d’activité.       

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