Présidentielle : ce qu’il faut retenir de la première soirée des débats

Pour la première fois de l’Histoire de la Tunisie, des candidats à l’élection présidentielle se sont affrontés dans le cadre d’un débat télévisé démocratique. Dans la soirée du samedi 7 septembre 2019, Al Watanya 1, Al Watanya 2 et d’autres chaînes et radios privées ont diffusé le premier débat sur les trois qui sont prévus pour la campagne électorale. 8 candidats se sont affrontés hier : Moncef Marzouki, candidat de Harak Tounes Al Irada, Mohamed Abbou, candidat du Courant Démocratique, Abir Moussi, candidate du PDL (Parti Destourien Libre), Abid Briki, candidat de Tounes Awalan, Abdelfattah Mourou, candidat d’Ennahdha, Néji Jalloul, candidat indépendant, Mehdi Jomaa, candidat d’Al Badil Ettounsi, Omar Mansour, candidat indépendant. Nabil Karoui, candidat d’Au Cœur de la Tunisie, n’a pas pris part au débat étant donné qu’il est emprisonné.
Tout a été soigneusement préparé par la Télévision Nationale, la HAICA (Haute Autorité Indépendante de la communication audiovisuelle) et l’ISIE (Instance Supérieure Indépendante pour les élections), et il faut dire que c’était plutôt réussi. Les candidats avaient, chacun, 1min30 pour répondre aux questions posées par les journalistes. Trois thématiques ont été abordées : Défense et sécurité nationale, politique étrangère, libertés et secteurs vitaux de l’économie tunisienne et promesses électorales.

Politique étrangère

Pour Moncef Marzouk, qui a plus d’une fois fait référence à son expérience en tant que président provisoire de la République, le président de la République doit préserver la souveraineté du pays, ainsi que son économie. « Les bases de la diplomatie tunisienne ne vont pas changer. De fait, le président fait ce qui doit être fait et non ce qu’il veut », a-t-il déclaré.
Mohamed Abbou a été interrogé sur la crise libyenne. Il a souligné que les tunisiens et les libyens partagent une relations étroite, ajoutant que la Tunisie doit éviter de s’ingérer dans les affaires internes de la Libye, tout en soulignant l’importance de la résolution de cette crise.
Pour Mourou, le cap doit être mis sur l’Afrique. Les représentations diplomatiques et les délégations, dans ce cadre, doivent être renforcées.
La candidate du PDL Abir Moussi a été interpellée sur la dette extérieure. Elle considère que celle-ci met en danger la souveraineté nationale, précisant que son programme prévoit un conseil supérieur pour la diplomatie économique, au même titre qu’une agence nommée Tunisie Trésor qui sera chargée de gérer la dette extérieure
Abid Briki, de son côté, a été interpellé sur sort des deux confrères journalistes Sofiene Chourabi et Nadhir Ktari, affirmant qu’il faut adopter une approche diplomatique afin de faire valoir le poids de la Tunisie.
Il faut nommer des compétences et « enfants » du ministère au sein du département des Affaires Étrangères d’après Néji Jalloul, qui propose de mettre fin au népotisme, au favoritisme et au copinage dans les nomination. Une nouvelle approche est nécessaires pour le Maghreb Arabe également.
Mehdi Jomaa, pour sa part, estime qu’il faut conserver les bases de la diplomatie tunisienne, tout en mettant l’accent sur la diplomatie économique afin de promouvoir le potentiel d’investissement de la Tunisie.
Omar Mansour, quant à lui, souligne l’importance d’œuvrer pour la paix régionale.

Défense et sécurité nationale

Sur ce plan, la stratégie de lutte contre le terrorisme doit être mise à jour selon Moncef Marzouki, qui a rappelé avoir déjà travaillé sur ce volet lorsqu’il était président provisoire en tentant de coopérer avec les cheikhs salafistes et en armant les forces militaires.
Mohamed Abbou, de son côté, a affirmé avoir conçu une stratégie de lutte contre le terrorisme. Elle comprend la branche numérique de ce fléau. Le candidat a souligné que sa stratégie n’a pas été retenue, affirmant qu’il est important de disposer des ressources financières nécessaires pour y arriver.
Pour Abir Moussi, les services de renseignements doivent être rattachés à la présidence de la République afin de mieux lutter contre le terrorisme.
Abir Briki, quant à lui, considère qu’il est possible pour la présidence de la République de participer à la lutte contre la corruption, puisqu’elle dispose d’un organe spécifique qui lui est rattaché : l’Instance de contrôle administratif. Celle-ci devrait permettre, selon lui, au Chef de l’État de participer à la lutte contre la corruption et à la préservation de la sécurité nationale.
Selon le candidat Abdelfattah Mourou, la Tunisie a accompli des réussites en termes de lutte contre le terrorisme. « Il faut mettre en place une stratégie internationale de lutte contre le terrorisme, notamment le terrorisme numérique qui constitue le principal canal de recrutement pour les terroristes », a-t-il déclaré.
Pour Néji Jalloul, le Chef de l’État doit être moderne. Il faut exploité les zones frontalières de la Tunisie pour mettre en place un système de libre-échange, ce qui permettra de lutter contre la contrebande.
D’après Mehdi Jomaa, tous les moyens matériels et logistiques doivent être déployés afin d’éradiquer le terrorisme qui se trouve dans les montagnes. Il dit, pour y arriver, se baser sur son expérience d’ancien Chef du gouvernement.
De son côté, Omar Mansour considère que la sûreté nationale regroupe plusieurs volets qui doivent être traités au cas par cas. Une révision sécuritaire s’impose, au même titre qu’une restructuration globale de l’institution sécuritaire.

Libertés et secteurs vitaux de l’économie

Sur ce volet, Moncef Marzouki affirme qu’il va présenter des initiatives législatives en vue de lutter contre l’évasion fiscale, la corruption et le commerce parallèle. De cette façon, les caisses de l’État pourront être renflouées.
Mohamed Abbou, quant à lui, souligne qu’il est favorable à l’abolition de la peine de mort. Il considère que celle-ci n’a jamais contribué à réduire la criminalité.
Abdelfattah Mourou, de son côté, estime qu’il faut enseigner aux jeunes générations les principes du respect de la loi. « Les pouvoirs doivent être séparés, particulièrement le pouvoir judiciaire qui doit être tenu à l’écart des tiraillements politiques », a-t-il dit.
Pour Abir Moussi, il est important de protéger les données personnelles. Dans ce cadre, des lois doivent être mises en place.
Pour sa part, Abid Briki considère qu’il est impossible de parler des droits et des libertés tant que la pauvreté existe. Il a noté une régression au niveau des libertés individuelles. Les minorités doivent être protégées par le biais des lois.
Selon le candidat d’Al Badil Ettounsi, il faut miser sur l’indépendance financière de la femme. Celle-ci, selon lui, représente le meilleur ambassadeur de la promotion de l’image du pays.
De son côté, Omar Mansour a souligné que les médias doivent être à la hauteur de la mission qui leur est confiée. D’un autre côté, il estime nécessaire de leur accorder des garanties afin qu’ils puissent, justement, incarner ce rôle.

Promesses électorales

Pour le dernier volet du débat, les candidats ont été amenés à formuler leurs promesses électorales. Moncef Marzouki promet de réduire la dette tunisienne et de lutter contre l’évasion fiscale. Il promet aussi de favoriser l’économie solidaire, tout en s’engageant à traiter et à résoudre les questions écologiques et à combattre la corruption.
Mohamed Abbou, pour sa part, promet de mettre fin à l’anarchie et à l’impunité. Il s’est aussi engagé à redorer l’image diplomatique de la Tunisie et à stimuler les investissements.
Le candidat d’Ennahdha, quant à lui, a promis de mettre fin au terrorisme, de valoriser les richesses et les ressources de la Tunisie. Il s’est aussi engagé à protéger les jeunes, les chômeurs et les retraités.
Abir Moussi, pour sa part, a promis de se pencher sur les affaires de la sécurité nationale et du terrorisme. Elle a promis, dans cette même optique, de lever le voile sur les parties politiques qui sont impliqués dans les assassinats politiques. Elle se penchera aussi sur la lutte contre le chômage et la rupture avec les partis ayant des liens avec des organisations terroristes.
Pour Abid Briki, l’accent sera mis sur le dialogue national et sur la gouvernance. Il a promis de réduire les dépenses de l’État, tout en écartant la normalisation avec Israël. Il a aussi promis d’abolir la peine de mort.
Néji Jalloul, pour sa part, a promis de réformer le système éducatif. Ceci permettra de résoudre le problème du chômage et de lutter contre la corruption et la contrebande.
De son côté, Mehdi Jomaa a promis de rétablir l’espoir malgré la délicatesse de la situation. « Je lutterai contre la pauvreté et la corruption », a-t-il dit.
Enfin, Omar Mansour a promis de rétablir la justice, d’inciter au retour au travail et à valoriser le capital humain.

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