ECON4 TUNISIA: Mettre la croissance économique au cœur du débat électoral

L’initiative menée par 70 économistes tunisiens, parmi les plus compétents, est à la fois pertinente, louable et opportune. Une réflexion collective sur les difficultés inquiétantes et inextricables de l’économie tunisienne les ont amenés à proposer 32 mesures regroupées en 6 volets susceptibles d’entamer une relance forcément laborieuse de la croissance dans notre pays. Les préoccupations économiques occultées depuis huit ans par les politiques doivent revenir au centre du débat électoral.
Un document de 150 pages, appelé livre bleu, a été préparé au bout d’un mois de travaux à un rythme accéléré.
Parmi ces mesures, il y a des idées nouvelles très intéressantes sans que le tout soit considéré déjà comme un plan de sauvetage cohérent avec un coût global, un calendrier d’exécution et des objectifs précis à atteindre.
Il s’agit d’un travail remarquable réalisé en si peu de temps qui a fait émerger des idées nouvelles méritant d’être prises au sérieux par les futurs décideurs.
Parmi les idées novatrices figure en bonne place l’agriculture qui a été négligée et sous-estimée depuis longtemps, alors que ses potentialités de croissance et de développement sont multiples.
Les performances enregistrées par l’huile d’olive, les dattes et les céréales ces dernières années sont éloquentes.
L’agriculture mérite un vaste programme de mise à niveau avec la révision de la politique de soutien de l’Etat, la valorisation du métier d’agriculteur, l’amélioration de la productivité du secteur, ainsi que de nouveaux choix en matière de développement agricole selon ECON 4 Tunisia.
Nous pensons que les terres domaniales constituent un potentiel de production insuffisamment exploité faute d’investissements appropriés pour intensifier la production agricole de façon optimale. Le problème des terres collectives reste entier.
C’est un gisement de création d’emploi exceptionnel pour les ingénieurs agronomes et les techniciens agricoles mais aussi pour la main-d’œuvre agricole qualifiée.
Ne perdons pas de vue le rôle stratégique de l’agriculture dans la consolidation de la sécurité alimentaire et l’attachement des jeunes à la terre natale et donc, la lutte contre l’exode rural ainsi que l’impulsion des industries agro-alimentaire mais aussi la promotion des exportations.
La relance de la croissance passe par une nouvelle vision de la société et un modèle de développement innovant, qui fera l’objet d’un consensus national, ce qui n’est pas encore le cas malheureusement pour notre pays.
Les économistes préconisent un rôle beaucoup plus actif de la BCT pour soutenir la croissance économique du pays et notamment le financement des entreprises. En effet, l’institut d’émission pourrait avoir un rôle plus rigoureux et plus efficace dans sa politique de sauvegarde du taux de change du dinar vis-à-vis des devises.
La coordination avec la politique économique du gouvernement devrait être plus active et plus efficace.
C’est ainsi que la politique monétaire et en particulier la lutte contre l’inflation devraient comporter plusieurs mesures d’accompagnement destinées à compenser la renchérissement des coûts des crédits bancaires et à promouvoir l’investissement de la part des entreprises.
La BCT n’ a pas engagé à notre connaissance de lutte contre le change parallèle et clandestin. Celui-ci connaît une prospérité qui contribue à la chute du dinar, à l’exception de la récente et timide politique d’autorisation de quelques dizaines de bureaux de change privés promus par de jeunes diplômés formés par l’ATBEF._
Le potentiel de développement du secteur touristique, moyennant des investissements modestes à la charge des promoteurs privés, est énorme, aussi bien au niveau de l’effet d’entraînement sur plusieurs secteurs d’activité économique, qu’à celui de l’intensification du marché de l’emploi, et de la croissance des recettes en devises…
Or, il y a plus de 120 hôtels encore fermés faute de restructuration financière, plusieurs dizaines d’hôtels ayant besoin de mise à niveau pour recevoir correctement de nouveaux clients… C’est dire qu’une mobilisation des pouvoirs publics et des acteurs touristiques s’impose d’urgence.
La Bourse a besoin de nouvelles mesures pour être plus active et plus efficiente en matière de financement de l’économie afin d’attirer des investisseurs extérieurs, et d’inciter les entreprises à se faire coter à la Bourse pour élargir les dimensions du marché financier.
ECON 4 Tunisia propose la création de nouvelles agences spécialisées ayant pour objet la gestion de la dette publique, une autre pour la supervision des banques, une troisième pour l’évaluation des politiques publiques. A notre sens, cela conduirait à une dilution des responsabilités, à une rallonge des circuits de décision et à une perte de prérogatives de l’Etat au profit de structures superflues, outre le coût supplémentaire prohibitif de l’Administration.
Pourquoi créer un nouvel organe stratégique d’aide à la décision alors qu’il y a déjà l’ITES et la commission d’analyse économique ? 

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