Abdelaziz Belkhodja : la formule «Tahya Ennahdha» est une réalité

Le dirigeant au sein du parti « Au Cœur de la Tunisie« , Abdelaziz Belkhodja a accordé ce mardi 24 septembre 2019 une interview exclusive à Réalités Online au cours de laquelle il est revenu sur la conjoncture politique ainsi que sur les conditions de la tenue de l’élection présidentielle anticipée. INTERVIEW.

A quelques jours du second tour de l’élection présidentielle anticipée, le candidat Nabil Karoui est toujours privé de son droit de s’exprimer alors que son adversaire Kaïs Saïed refuse de s’exprimer du moins localement? Comment expliquez-vous cette situation?
Concernant Nabil Karoui, il est clair qu’il paye la rançon de son succès, certains ne voulaient pas de lui dans ces élections, ils ont tout essayé, la fermeture de Nessma, la loi d’exclusion, la justice, et en fin de compte, ils sont intervenus à travers une procédure judiciaire tellement anormale que le ministère de la Justice lui-même a demandé une enquête. Malgré tous les moyens dont disposent ses adversaires, pas la moindre preuve n’a été apportée contre Nabil Karoui. Il s’agit tout simplement d’une campagne de diffamation à des fins politiques, c’est ainsi qu’ils sont parvenus à le faire taire. Quant à Monsieur Saïed, s’il ne s’exprime pas, c’est parce que le cœur de son programme, la décentralisation et la déconcentration, est irréalisable, illégal et inconstitutionnel. M. Saïed veut tout reprendre à zéro, il réfute même la Constituante, il s’agit d’une lubie. De ce fait, il ne peut s’exprimer devant nos journalistes, car il ne pourra pas répondre aux questions sans dévoiler la fiction de son programme.

Comment évaluez-vous les conditions de la tenue de ces élections (Le premier et le second tour)?
Pour le premier tour, les conditions étaient épouvantables, on nous a mis des bâtons dans les roues à tous les niveaux, nous avons eu tous les problèmes possibles, toutes les tracasseries administratives et surtout, l’absence du principal concerné, le candidat Nabil Karoui, qui a été très difficilement compensée par les militants de 9alb Tounes (Au cœur de la Tunisie).

Certaines sources font état de la libération imminente de Nabil Karoui. Dans ce cas, la crédibilité de la justice sera-t-elle remise en question ?
Oui, on parle de sa libération demain. En fait ce n’est pas la Justice qui est en cause, mais certaines pratiques politico-judiciaires qui sont en marge du système judiciaire. La procédure utilisée n’a jamais été pratiquée dans toute l’histoire judiciaire. Il est clair qu’il s’agit d’une affaire politique. Sa résolution sera politique.

On dit que le système judiciaire s’est fait piéger et ne peut plus faire marche-arrière ? Qu’en pensez-vous ?
Oui, il y a de ça. La chambre d’accusation qui est intervenue pour arrêter Nabil Karoui n’est pas régulière, donc normalement incompétente. De ce fait, tous les recours ont été rejetés pour incompétence. Il s’agit bien d’un piège juridique.

Certaines sources évoquent d’éventuelle coalition entre « Au cœur de la Tunisie » et certains autres partis et courants politiques hostiles à Youssef Chahed. Quel commentaire émettez-vous ?
Lorsqu’on parle de Youssef Chahed, on parle d’Ennahdha. C’est elle qui lui a assuré sa survie politique depuis un an et demi. La formule « Tahya Ennahdha » est une réalité. De ce fait, tous les courants progressistes ne veulent plus de Chahed qui est le cheval de Troie d’Ennahdha. Ils veulent une véritable majorité progressiste, et pour ces élections, c’est jouable.

Certains analystes politiques affirment que lors du second tour, les Tunisiens vont opter pour un vote sanction. Certains vont sanctionner Nabil Karoui en votant pour Kaïs Saïed, et vice versa. Qu’en pensez-vous ?
Il y aura, pour les deux candidats, les votes d’adhésion et les votes sanction. Concernant Nabil Karoui, beaucoup continuent à penser avec leurs oreilles et à croire tout ce que disent ses adversaires. Pourtant, Nabil Karoui est le seul des deux candidats à pouvoir lutter de façon pragmatique contre les différentes crises alors que Kaïs Saïed est le candidat d’une rupture radicale et insensée. La Tunisie ne pourra jamais survivre à une table rase. La Tunisie a besoin de bonne gestion et de réformes, et non d’une nouvelle révolution.

Certaines personnalités politiques de calibre viennent d’annoncer leur soutien à Nabil Karoui telles que Fadhel Abdelkefi, Abdelkarim Zbidi et bien d’autres. Ces derniers seront-ils dans la scène une fois Nabil Karoui élu président ?
Certainement, ce sont des soutiens exceptionnels, des gens de qualité qui ont prouvé leur sérieux, leurs capacités et leur nationalisme. Leur présence sur la scène politique est un bien pour le pays.

En ce qui concerne la campagne du parti « Au cœur de la Tunisie » pour les élections législatives ? Où en est-elle aujourd’hui ? L’absence de Nabil Karoui aura-t-elle un impact sur l’efficacité de la campagne comme c’était le cas lors de la Présidentielle ? Nabil Karoui affirme avoir perdu 10 points à cause de son incarcération.
La campagne a commencé, mais comme pour la présidentielle, nous subissons l’absence du principal concerné, ce qui a des effets négatifs sur l’électorat dont une grande partie peut être sensible à la diabolisation et la désinformation dont Nabil Karoui est la cible. Effectivement, nous avons perdu une dizaine de points par rapport aux sondages, mais il faut ajouter que le 15 septembre, nous avons subi beaucoup de sabotages médiatiques comme la fausse annonce du désistement de Nabil Karoui et aussi dans les centres de votes où des gens ont été envoyés pour dissuader nos électeurs de voter.

Y a-t-il des pourparlers avec d’autres courants et partis politiques pour une éventuelle coalition ?
Oui il y a des pourparlers, mais c’est après les législatives que les vrais pourparlers commenceront.

Propos recueillis par Hajer Ben Hassen 

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