Manifeste pour mettre l’économie au centre du débat !

La Tunisie a entamé depuis 2011 une importante transition politique qui a fait l’effet d’une tâche d’huile dans les pays de la région. Cette transition politique a indéniablement enregistré des progrès importants avec l’instauration de l’Etat de droit, l’amélioration de la transparence, de la bonne gouvernance et du respect des libertés fondamentales. Ces transformations de l’espace public et du paysage politique ont permis à la Tunisie d’ouvrir une nouvelle ère dans son histoire moderne avec la fin de l’autoritarisme et l’émergence d’une nouvelle démocratie.
Ainsi, la scène politique a connu une grande ouverture et beaucoup de partis politiques, d’associations et d’organisations de la société civile ont vu le jour, donnant à notre paysage politique une richesse et une diversité qu’il n’a jamais connues par le passé. Par ailleurs, l’espace médiatique a aussi connu une libéralisation de la parole et une multiplication de ses supports aussi bien dans l’audiovisuel que dans la presse écrite mais aussi sur le net. Il en est de même de la création artistique qui a connu, et connaît encore, son printemps avec une explosion de toutes formes de création : des arts plastiques au théâtre, du cinéma à la littérature. Cette effervescence politique, médiatique et culturelle porte notre pays depuis 2011 et en a fait un grand laboratoire d’idées et de nouvelles pratiques politiques et sociales.
Mais, si notre pays a franchi des pas importants dans le domaine de la transition politique, la transition économique, elle, reste en panne. Et, les indicateurs ne manquent pas pour montrer ce blocage et la crise économique que nous traversons depuis quelques années. D’abord, la croissance économique, même si elle a connu une légère effervescence, reste faible et incapable d’enclencher une dynamique nouvelle et porteuse d’espoir. Il faut également souligner la crise profonde que traversent les finances publiques depuis quelques années et qui est devenue la préoccupation centrale de tous les gouvernements. Cette dérive a été à l’origine d’un développement rapide de l’endettement public.
Il faut également mentionner les déséquilibres de la balance courante et la baisse inexorable de nos réserves de devises.
Parallèlement à ces difficultés macroéconomiques, il faut aussi souligner les difficultés structurelles avec la baisse de l’investissement et l’attentisme de plus en plus marqué des investisseurs. On peut indiquer les retards accusés par les réformes économiques qui sont à l’origine de nos difficultés dans les négociations avec les institutions internationales et particulièrement le FMI.
On peut également mettre l’accent sur la difficulté de sortie du modèle de développement mis en place dès le début des années 1970 et basé sur les faibles coûts de main-d’œuvre pour structurer un nouveau modèle de développement et entrer de plain-pied dans l’ère des industries 5.0.
L’ensemble de ces indicateurs sont significatifs non seulement d’une détérioration de la situation économique mais aussi d’une transition économique en panne. Une situation qui provient de l’attentisme qui a caractérisé les politiques économiques durant les deux dernières années et qui a conduit notre économie à l’enlisement.
Aujourd’hui, en dépit des discours triomphalistes, notre économie reste en berne et éprouve les plus grandes difficultés à retrouver les sentiers d’une croissance forte.
Cette crise économique est à l’origine d’une crise sociale sans précédent et de la montée des frustrations qui s’expriment régulièrement, parfois de manière organisée et d’autres fois de façon violente. Ces manifestations nous rappellent les promesses non tenues de notre printemps. Ainsi, le désarroi des jeunes chômeurs qui les a mis parfois sur la voie d’un aventurisme politique flirtant avec les extrêmes ou sur des bateaux de fortune, est encore important. Les frustrations des chômeurs diplômés de ne pas pouvoir participer de manière active à la construction du pays sont tout aussi importantes. Par ailleurs, les colères des régions marginalisées dans l’effort de développement sont encore bien présentes.
Or, en dépit de la gravité de la crise économique, les questions économiques ont été marginalisées dans le débat public. Ce constat est d’autant plus inquiétant que la situation économique ne cesse de se détériorer et que notre pays peine à réaliser sa transition économique et la construction d’un nouveau modèle de développement durable et inclusif.
Il est temps aujourd’hui de mettre les défis économiques au cœur du débat public lors de la prochaine échéance électorale. Il est impératif de prendre à bras-le-corps les défis économiques, tenter de leur apporter des réponses nouvelles et sortir ainsi des sentiers battus que nous avons suivis depuis quelques années et qui nous ont amenés vers l’abîme.
Pour sortir de la morosité et de la frustration ambiante, nous pensons qu’il faut rompre avec les choix conventionnels qui ont marqué nos politiques économiques et mettre de l’imagination au pouvoir ainsi que de l’audace dans l’action politique et économique.
Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin de sortir de cet attentisme et de l’hésitation qui ont marqué notre politique économique et c’est l’audace qui doit prendre le pas pour échapper à l’enlisement et sortir du tunnel dans lequel s’est enfoncée notre économie.
L’action politique, économique et sociale doit désormais s’inscrire dans une optique audacieuse et volontariste afin de sortir du marasme actuel, ouvrir de nouvelles perspectives à la transition et redonner l’espoir dans notre capacité à répondre aux revendications de la Révolution autour de l’emploi, de la liberté et de la dignité nationale.

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