Conjoncture : Des chiffres de croissance peu réconfortants

Les derniers chiffres de croissance ne sont pas très rassurants. En effet, après 1,1% au premier trimestre, le PIB affiche une croissance de 1,2% au deuxième trimestre, ce qui rend l’objectif de 3% de croissance en 2019 impossible. Les statistiques du deuxième trimestre du PIB, publiées récemment, sont très décevantes. Cette mauvaise performance est devenue structurelle dans la mesure où l’industrie manufacturière affiche pour le quatrième trimestre consécutif un taux de croissance négatif. La contre-performance des industries non manufacturières rend encore plus difficile les capacités de rebondissement de l’économie tunisienne. En effet, la baisse de la production d’hydrocarbure a lourdement pesé sur l’économie tunisienne. La production de pétrole ne dépasse pas 36 000 b/j contre plus de 70 000 b/j en 2010.
Partant, et pour 2019, la croissance attendue dépendra essentiellement du tourisme car si l’agriculture ne réalisera pas les mêmes performances, le secteur industriel connaît encore des difficultés. En tout état de cause, la croissance économique sera en dessous de 2% cette année.
Aujourd’hui, même si le gouvernement ne reconnait pas encore que l’on sera très loin de 3 % de croissance en 2019 et même si on peut espérer s’en rapprocher un peu l’année prochaine, on ne l’atteindra pas encore. Pour le moment, la production industrielle replonge, l’investissement recule et le chômage augmente. En effet, la production industrielle tunisienne affiche un recul depuis des mois. Assistons-nous à une désindustrialisation de l’économie tunisienne et comment dans un tel contexte atteindre les 3 % de croissance espérés il n’y a pas si longtemps ?
Du côté de l’inflation, et après une hausse au mois de mai, l’inflation a légèrement baissé pour atteindre 6,5% en juillet. Bien que la nouvelle structure de la consommation des ménages, dégagée des enquêtes de consommation, montre une baisse de la part de l’alimentation, les produits alimentaires continuent de tirer l’inflation vers la hausse avec une augmentation de 6,5% en glissement annuel. Les prix des articles d’habillement et chaussures augmentent quant à eux de 8,5% en glissement annuel. De manière générale, ce sont les biens à contenu d’importation assez importante qui ont le plus augmenté et ce, à cause de la dépréciation du dinar.
Quant au commerce extérieur, et malgré la dépréciation du dinar, le bilan des échanges extérieurs de marchandises s’est encore soldé par un résultat négatif durant les sept premiers mois. Les exportations de marchandises en valeur ont progressé de 13,2 % durant les sept premiers mois par rapport à l’année précédente. Les importations de marchandises ont bondi de 12,9%. Le déficit commercial, déjà observé pour les deux premiers mois, s’est ainsi creusé à hauteur de 11,2 milliards de dinars. Le creusement du déficit de la balance des échanges de produits énergétiques explique un tiers du creusement du déficit du commerce extérieur. Cette considération va en s’aggravant avec le manque d’activités du secteur pétrolier et la hausse des cours internationaux. Au rythme actuel, l’année 2019 s’annonce difficile pour le commerce extérieur tunisien avec un déficit qui devrait dépasser les 20 milliards de dinars.
En conclusion, plus les jours passent, plus la compagne électorale devient plus agressive et les partis politiques perdent la raison et s’apprêtent à annoncer des objectifs de croissance mais il ne suffit pas d’annoncer des vœux pieux car la population n’y croit plus. Si l’objectif de croissance était confirmé comme objectif prioritaire, ce qui serait très souhaitable, il faudrait alors expliquer comment cet objectif sera atteint. Comment l’économie tunisienne, dont la croissance n’a été que de 1,8 % par an en moyenne au cours des dernières années, pourrait atteindre 3 % ?Comment la nouvelle politique économique fera-t-elle gagner au taux de croissance un tiers de sa valeur (de 2 % à 3 %) par rapport à la tendance passée ?
Pour l’instant, l’élite politique est créditée du bénéfice du doute. Que l’année 2019 soit une année électorale et donc éloignée de l’objectif, passe encore. Mais l’année 2020 appartiendra quant à elle toute entière au futur gouvernement et donc à la nouvelle équipe. On pourra certes encore invoquer la très mauvaise situation économique trouvée au départ (déficits augmentés, créations d’emploi au point mort, dégradation financière générale et recul de l’investissement). Tout cela est vrai, mais il faudra bien tout de même expliciter pour l’avenir quelle stratégie nous amènera à 3 %.
Il y a fort à parier que les réformes rencontreront encore des oppositions. Les uns considéreront comme une régression sociale de travailler normalement. D’autres se poseront en défenseur du service public pour mieux en bloquer le progrès. Pour soutenir le changement, il faut que l’opinion publique en comprenne bien l’enjeu ; qu’elle comprenne qu’entre une croissance de 1 % et une croissance de 3 % il y a une différence de 30 000 chômeurs en moins par an. Mais il faut comprendre aussi que l’on ne passera pas de 1% à 3% de croissance sans bousculer des habitudes et des situations acquises. Il faudra pour faire admettre cela une vision claire et beaucoup de pédagogie.

Mohamed Ben Naceur

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