TRE: Engagement et valeur ajoutée

La colonie tunisienne à l’étranger, c’est plus de 10% de la population globale du pays, soit 1,3 million. Son pouvoir d’achat est dix fois plus élevé par personne que la moyenne des Tunisiens résidant au pays.
Son niveau culturel et son savoir-faire scientifique et technologique l’habilitent à contribuer de façon significative au développement du pays. Encore faut-il que cette colonie soit mobilisée et sollicitée pour cet objectif noble et légitime par des pouvoirs publics motivés et habiles.
Il faut dire que l’Etat n’a jamais su élaborer une stratégie efficace, avec des instruments appropriés, pour attirer les TRE vers la cause noble de soutien en faveur du développement du pays et les mobiliser pour contribuer à la prospérité de la patrie.
Les pouvoirs publics se sont contentés depuis des décennies “d’un saupoudrage de mesurettes” à caractère douanier : un dosage d’exonération de droits de Douane pour ceci ou pour cela, sans aborder les problèmes de fond, à savoir une politique de soutien responsable et durable en vue d’une contribution efficace à la croissance de l’économie tunisienne.
Il est difficile d’évaluer avec précision le montant des transferts en devises de la colonie tunisienne à l’étranger au profit du pays natal, car il n’y a pas de statistiques strictes à l’exception des transferts officiels bancaires, postaux et électroniques, alors que les entrées de devises (espèces) ne sont pas soumises à déclaration douanière, et que le change réalisé sur le marché parallèle, ainsi que le système de la compensation entre parents et amis échappent aux statistiques, mais constituent des entrées de devises. Outre les importations sans paiement en nature.
Pour les statistiques officielles, selon la Banque mondiale, les transferts de TRE en 2018 sont plus de 2 milliards de dollars, soit 6,2 milliards de dinars, une somme rondelette.
Il y a l’épargne des TRE qui se chiffre par millions d’euros et qui mérite de faire l’objet, avant de tenter de la mobiliser, d’une campagne de confiance pour la sécuriser, mais aussi d’une législation appropriée : compte-épargne bancaire en dinars convertibles.
Inciter les TRE à déposer leur épargne dans les banques tunisiennes avec une rémunération conséquente avec une grande disponibilité pour les retraits favoriserait la stabilité du taux de change du dinar.
Il y a beaucoup mieux à faire pour reconstruire l’économie de la Tunisie de demain en se basant sur le capital humain.
Il y a d’une part les compétences scientifiques et technologiques et d’autre part les chefs d’entreprises et hommes d’affaires.
La première catégorie comporte médecins, ingénieurs et enseignants-chercheurs, universitaires, experts et hauts fonctionnaires dans les institutions internationales.
Ils peuvent et doivent faire bénéficier leur patrie de leur savoir en procédant à un transfert de technologie : création et animation de cellules de recherche en Tunisie, organisation de cycles de conférences, bourses d’études pour les jeunes, accès aux banques de données, publication de résultats de recherche…
La deuxième catégorie comporte des chefs d’entreprises qui ont réussi à créer des emplois, à se faire des relations d’affaires de qualité dans le tissu entrepreneurial des pays d’accueil de l’Union européenne et ailleurs. Ils peuvent et doivent investir dans leur pays d’origine pour implanter des projets de développement et créer des lobbies pour l’exportation des produits tunisiens.
Un Conseil supérieur de l’émigration a vu le jour il y a quelques années pour créer une institution consultative qui regrouperait autour des responsables politiques, certaines associations d’émigrés en vue de recueillir leur avis à propos de certaines questions relatives aux mesures à prendre et portant sur la réglementation en vigueur les concernant.
Les TRE ont beaucoup d’amour-propre, c’est leur droit, ils n’apprécient guère d’être considérés comme des pourvoyeurs de devises sans plus, avec des fouilles sans ménagement de leurs effets personnels de façon publique et ostentatoire à la descente du bateau.
Ils ont besoin de jouir de considération dans le respect de la loi. Nous devons ménager leur dignité. Ce sont des Tunisiens à part entière.
A l’heure de la mondialisation galopante et connaissant le sentiment très fort d’appartenance et d’attachement du Tunisien à la mère-partie, on ne peut pas parler d’émigration définitive pour le Tunisien, car il reviendra un jour ou l’autre, mais plutôt de mobilité de l’emploi et de la résidence pour des raisons économiques. Les compétences qui partent, reviendront plus tard lorsque la situation aura changé. En attendant, ils peuvent et doivent contribuer au sauvetage, sinon à la prospérité du pays.

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