Massacre de migrants en Libye : Que fait l’ONU?

Dans la nuit du 2 juillet, 53 migrants retenus dans un centre de détention à Tajoura, près de Tripoli, ont été tués par 2 raids aérien. Un bilan humain tragique qui a immédiatement alerté l’ONU, qualifiant l’attaque de « crime de guerre ». Malgré l’urgence, le Conseil de Sécurité n’a toujours pas donné de décision.

Une tragédie de plus pour la Libye

Un « carnage ignoble et sanglant », décrit par l’émissaire de l’ONU Ghassan Salamé. Près de 600 personnes étaient détenues dans le centre de migrants de Tajoura, d’origine érythréenne, soudanaise pour la plus grande majorité. Vivant dans des conditions de vie déplorables et coincés par la guerre en Libye, certains auraient tenté de fuir dans la nuit du 3 juillet. Ils auraient été rapidement repérés par les gardes qui auraient ouvert le feu, mais en l’air. Aucune information n’a encore été précisée à cet effet.

2 des 5 hangars où ils étaient retenus ont été touché par les frappes aériennes, le hangar – principal édifice touché – n°3 comptait pas moins de 120 migrants. C’est la deuxième fois que le centre est touché depuis les offensives pro-Haftar. Le chef de l’armée nationale Libyenne tente de reprendre la capitale, fief du Gouvernement d’union nationale.  Déjà le 4 avril  Tripoli et ses alentours avaient été la cible d’attaques. Un bilan humain et matériel plus grave cette fois-ci, comptant 44 décès, 120 blessées, des bâtiments en ruine, après les explosions tout est à reconstruire.
Mais qui est à la source de ces frappes? A l’origine deux camps, celui du gouvernement d’union nationale (GNA) dirigé par Fayez al-Sarraj, et celui l’Armée nationale Libyenne (ANL) emmenée par le maréchal Khalifa Hafta qui depuis 2011 se renvoient coup pour coup. Difficile donc de savoir qui est le responsable de l »attaque du camp puisque chacun se renvoi l’accusation depuis mardi. Le porte parole des forces pro-Haftar a accusé le GNA de « fomenter un complot » . Le territoire libyen se fait malgré lui le théâtre d’une « guerre par procuration » (expression donnée par l’Obs, le 4 juillet 2019 dans son article « Libye : 5 questions sur un massacre de migrants »)

Un conflit qui ne se résout pas.
En cause, la violation quotidienne de l’embargo onusien sur la vente d’armes, déposé en 2011, à l’aube des combats. Rejouant d’alliance et d’inventivité, chaque parti parvient à s’armer notamment grâce à  ses soutiens extérieurs respectifs. Ainsi, le Haftar est soutenu par les Émirats arabes unis et l’Egypte, tandis que le GNA bénéfice de l’appui de la Turquie et de la communauté nationale. A ce jour, seul le GNA est reconnu par la communauté internationale.
Face à cette infraction de la résolution 2473 sur l’embargo onusien, l’association Amnesty International a lancé un nouveau coup d’alerte, mercredi 3 juillet, pour interpeller les puissances internationales. Rappelant que l’intérêt premier de ce blocus était de protéger les populations libyennes, Amnesty International s’est attaqué aux États qui fournissent un arsenal militaire aux deux partis.

« L’embargo sur les armes de l’ONU vise à protéger les civils en Libye. Mais la Jordanie, les Émirats arabes unis et la Turquie, entre autres, le bafouent manifestement en fournissant des véhicules blindés, des drones, des missiles guidés et d’autres armes »  Magdalena Mughrabi, directrice adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International dans un communiqué de l’ONU

L’ONU (encore) en désaccord
Malgré son soutien et son implication dans le contentieux, l’ONU est restée (presque) silencieuse après la tragédie de Tajoura. Si Antonio Guterres a fait demander une enquête indépendante sur les faits, aucune décision claire et précise n’a été établie par les 15 membres du Conseil de Sécurité (permanent et non permanent) à ce jour. En cause, le refus des États-Unis de voter la condamnation de cette attaque meurtrière, pourtant vivement discutée lors de la réunion du Conseil de Sécurité. Un blocage ambigu qui empêche la prise de toute décision puisque l’unanimité est requise. Malgré une proposition de cessez-le-feu et la réaffirmation de l’embargo de 2011 avancée par le Royaume Uni et approuvée par le reste des membres, toute décision reste en suspend jusqu’à nouvel ordre et tant que le États-Unis conserveront leurs positions.
L’ingérence intergouvernementale commence à se faire durement ressentir dans un conflit qui s’enlise depuis 8ans. Dernière crise en date, l’appel téléphonique entre le président Donald Trump et Khalifa Hafta au mois d’avril. Les deux hommes ont vraisemblablement  trouvé des points d’accord puisque « les Etats-Unis ne veulent pas de résolution » (à l’encontre du maréchal Haftar) selon les diplomates. Une relation qui menace une fois encore la possibilité de trouver une issue rapide au conflit. Des chamailleries à l’ONU qui feraient presque oublier l’urgence libyenne, où près de 5 700 réfugiés ont du fuir le pays se retrouvant aujourd’hui en position de vulnérabilité dans des centres insalubres.

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