La guerre commerciale: Vers une paix des braves ?

Le monde vit depuis des mois sur les bruits de bottes de la guerre commerciale tous azimuts, engagée par l’Administration Trump contre un grand nombre de ses partenaires commerciaux dans le cadre de son programme America First. Mais, c’est surtout le conflit commercial avec la Chine qui suscite le plus d’inquiétude depuis des mois et le spectre de cette escalade commerciale pèse de tout son poids sur l’économie globale considérée comme l’une des plus importantes menaces qui pèse sur la globalisation. En dépit des négociations et des discussions entre les responsables chinois et américains, ce conflit n’a cessé de franchir des étapes dangereuses avec la multiplication des droits de douane de part et d’autre sur leurs échanges et leurs exportations de biens et services. Cette escalade et les risques qu’elle véhicule ont pesé de tout leur poids sur la croissance globale qui n’a cessé de se rétracter depuis le début de l’année, faisant apparaître de nouveau le risque déflationniste.
Mais, voilà qu’en pleine guerre commerciale, une lueur d’espoir vient de nous parvenir du Sommet du G20 tenu les 28 et 29 juin 2019 à Osaka au Japon. Les deux présidents Donald Trump et Xi Jinping ont annoncé, à la suite d’une réunion tenue en marge de ce Sommet, une trêve dans cette escalade qui permettrait d’éloigner le spectre de la guerre et des conflits, capables de renforcer l’instabilité de l’ordre économique global et d’accélérer sa chute pour ouvrir le monde sur l’inconnu et l’aventurisme comme c’était le cas après la grande dépression de 1929.
Le contenu de cet accord reste pour l’instant secret. Mais, certaines indiscrétions ont laissé entendre que les Etats-Unis ont décidé de suspendre la décision d’imposer une nouvelle surtaxe de 25% sur l’ensemble des importations chinoises. Par ailleurs, l’Administration américaine a également décidé de mettre fin à l’embargo sur les livraisons de composants électroniques à Huawei par les entreprises américaines. De son côté, le gouvernement chinois a annoncé également des mesures d’apaisement en s’engageant à importer 544 000 tonnes de soja et de céréales américaines et contribuer ainsi à réduire l’excédent agricole américain. Par ailleurs, les autorités chinoises se sont également engagées à opérer les réformes structurelles exigées par les autorités américaines et particulièrement l’ouverture des secteurs jusque-là fermés aux investisseurs étrangers notamment : le transport maritime, l’exploration pétrolière et gazière, les industries du spectacle et la production cinématographique.
Cette annonce apporte une accalmie relative à l’escalade commerciale et aux bruits de bottes qui sont au cœur des inquiétudes et d’un certain optimisme. Cette annonce a également montré l’importance accordée par la Chine à l’entreprise Huawei qui était au cœur de ce conflit depuis son éclatement. Ainsi, cette guerre commerciale s’est accompagnée de mesures précises de la part de l’Administration américaine pour barrer la route à cette entreprise. Mais, également l’importance prise par cette entreprise dans ce conflit montre que le véritable enjeu de cette guerre commerciale concerne l’avenir de l’industrie globale ou ce que nous appelons l’industrie 5.0 et la lutte acharnée que se livrent les grandes puissances pour assurer leur hégémonie sur le monde à venir.
La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si cet accord constitue un pas vers une paix des braves et la résolution de ce conflit et ouvre la voie de sortie de la crise économique globale. De mon point de vue, cette accalmie, en dépit de son importance, reste fragile pour plusieurs raisons. D’abord, les va-t’en-guerre dans les camps ont fait entendre leurs voix pour critiquer cet accord et cette volonté de la part des deux présidents de parvenir à une trêve aussi fragile soit-elle. Ainsi, aux Etats-Unis, un grand nombre d’élus républicains et démocrates ont exprimé leur opposition à l’accord annoncé à Osaka. Plus particulièrement, c’est le cas de Huawei et la révision de la position américaine qui suscite le plus de critiques. Ainsi, le sénateur républicain Marco Rubio n’a pas hésité à déclarer à la presse qu’« en acceptant de revenir sur les récentes sanctions contre Huawei, le Président a commis une erreur monumentale ». L’Administration américaine a beau annoncer qu’il ne s’agit pas d’une levée globale des sanctions contre Huawei et que les inquiétudes en rapport avec la sécurité restent essentielles, rien n’y fait et beaucoup d’experts soulignent que le Président américain a fait des concessions importantes sur Huawei et sans lesquelles la Chine n’aurait jamais accepté ce répit. Cet accord va ouvrir les portes pour Huawei pour dominer la nouvelle globalisation en gestation.
Mais, les critiques ne sont pas seulement du côté de l’Administration américaine et le Président chinois Xi Jinping, même s’il a la mainmise sur le parti, fait l’objet de quelques critiques et de certaines réticences de la part de responsables chinois, particulièrement au sujet de l’ouverture des frontières chinoises et de certains secteurs stratégiques aux investisseurs étrangers. Cette ouverture pourrait, selon certains responsables chinois, remettre en cause la compétitivité et l’émergence de la Chine comme une grande puissance économique globale.
La seconde source d’incertitude quant à l’avenir de cette trêve concerne l’absence de tout calendrier de négociations à venir pour régler les questions au cœur de ce conflit. Enfin, il faut aussi mentionner que cette trêve ne s’est pas traduite par l’élimination des sanctions déjà mises en place par les deux pays sur leurs échanges commerciaux.
L’accord annoncé à Osaka constitue une trêve fragile de l’escalade commerciale et de la guerre que se livrent Chinois et Américains par le biais d’une surenchère sur les taxes et les tarifs douaniers dans leurs échanges. Notre optimisme sur ce répit doit rester prudent car il ne conduit pas encore vers une paix des braves. En attendant, les inquiétudes et l’incertitude continueront à peser sur l’économie mondiale et ce populisme économique en vogue pourrait conduire le monde vers l’aventurisme politique et l’abîme dont l’humanité est sorti meurtrie après la grande dépression de 1929 et la Seconde Guerre mondiale.

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