La classe politique dos au mur

La réapparition du président de la République, vendredi dernier, et la reprise de ses activités ont rassuré les Tunisiens. Ce retour est venu opportunément leur donner des motifs de confiance et d’assurance quant au  respect du calendrier électoral déjà établi et la préservation du processus démocratique,  en butte à des difficultés parfois inextricables, mais qui continue à  résister à des vents contraires et à contredire les voix les plus pessimistes.
En promulguant le décret de convocation du corps électoral pour les scrutins législatif et présidentiel de l’automne, le président Béji Caïd Essebsi met fin au doute ambiant dont se nourrissent des partis qui  ont intérêt à ce que  ces élections ne se tiennent pas dans leurs délais fixés, fermant définitivement la porte devant  ceux qui cherchent, vaille que vaille, à nous faire croire que le processus démocratique est en péril. En coupant l’herbe sous les pieds de tous ceux qui cultivent l’ambiguïté, le président de la République met tous  les acteurs politiques devant leurs responsabilités, en ne leur laissant aucun alibi qui leur permet d’aller de l’avant sur la voie des surenchères stériles et des guéguerres improductives. Aujourd’hui, alors que le compte à rebours est enclenché, il n’est plus question de faire machine arrière ou d’interrompre un processus dont tout le monde attend l’aboutissement.
A la faveur de ces nouvelles évolutions, la classe politique, dans sa grande hétérogénéité et forte désorganisation, a perdu toute possibilité de manœuvrer, et se voit poussée dans ses derniers retranchements. Elle  est acculée, dans le temps qui lui est imparti, à présenter une alternative, des programmes, des candidats et à développer un débat public de qualité, et ne pas se contenter de stigmatiser l’autre ou de rejeter la responsabilité des déboires que vit le pays sur l’adversaire politique. Du coup, la coalition au pouvoir, les partis de l’opposition, l’élite tunisienne et les représentants de la société civile doivent chercher de meilleurs arguments pour séduire un corps électoral désabusé et déçu, une autre façon d’interpeller les Tunisiens et de les pousser à être au rendez-vous, le jour J et à choisir ceux qui sont censés les représenter.
Au terme d’un mandat peu glorieux, on a hâte de voir les Tunisiens renouveler, de fond en comble, leur classe politique et choisir les meilleurs profils, capables de les servir, de se mettre à l’ouvrage et de nous faire oublier le travestissement extrême de l’action parlementaire, gouvernementale et publique. On a hâte surtout d’entamer une nouvelle année 2020 dans un nouvel état d’esprit avec un gouvernement, un parlement et un président de la République qui se soucient des problématiques les plus épineuses et qui soient à la hauteur de la mission qui leur est dévolue. Dans le contexte actuel, on a,  plus que jamais, besoin de voir un nouveau gouvernement  formé de compétences  capables de conduire le changement,  non d’un cabinet pléthorique où la distribution des portefeuilles obéit à  des considérations partisanes, des élus qui assument pleinement leur mission, et ne transforment pas l’hémicycle du Bardo en une arène de combats stériles et inutiles. On a hâte, enfin, de voir les Tunisiens, qui se sont inscrits massivement dans les listes électorales, assumer leur pleine citoyenneté  en étant les véritables acteurs du changement dans le pays.
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L’environnement des affaires dans le pays donne l’impression qu’on vit sur une autre planète.
Au moment où  le monde des affaires ne cesse de tirer la sonnette d’alarme au sujet du dysfonctionnement des services administratifs, l’opacité des procédures, de l’absence d’un véritable pouvoir de décision quant aux  difficultés qu’ils rencontrent au quotidien pour poursuivre leurs activités, nos responsables  présentent le pays sous une image idyllique en soutenant que la Tunisie offre aujourd’hui  tout ce dont un investisseur peut rêver. En présentant notamment la nouvelle loi transversale du 3 juin 2019 relative à l’amélioration  du climat de l’investissement, on soutient abusivement que les procédures  sont d’ores et déjà simplifiées, que les chefs d’entreprises peuvent bénéficier d’un accompagnement actif, qu’on a maintenant une Administration transparente et au service des opérateurs économiques et que les délais pour la création d’un projet ont été écourtés à l’extrême.
On s’abstient de dire, en revanche, que ce cadre a été conçu spécialement pour permettre à la Tunisie d’améliorer son classement dans le rapport Doing Business qu’édite annuellement la Banque mondiale. Pour  le reste, à savoir les dispositions de cette nouvelle loi, on peut se contenter pour l’instant de simples promesses qui n’engagent que ceux qui y croient.
La réalité vécue par les opérateurs économiques possède, malheureusement, des contours amers. En attendant la promulgation des décrets d’application, l’effet d’annonce qu’on a cherché à susciter s’est vite évaporé sous l’effet d’une réalité complexe, de goulots d’étranglement sévères et d’un laxisme administratif dont il est plus que jamais impossible de desserrer l’étau.
La création d’une entreprise exige encore un véritable parcours du combattant et l’obtention des autorisations nécessaires dépend du bon vouloir de certaines administrations qui travaillent dans une opacité totale.
Elaborer une loi pour améliorer un classement dans Doing Business, est-il suffisant pour encourager les opérateurs à faire des affaires ou à les inciter à investir plus ? n

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