Fake news, dites-vous ?

Décidément, les mauvaises habitudes ont la vie dure chez ceux qui nous gouvernent. Plus on parle de carences en matière de communication officielle notamment en période de crise, plus on accumule les faux pas et les maladresses.  S’agissant de sujets sensibles qui s’accommodent mal avec l’improvisation ou le manque de réactivité des pouvoirs publics, on daigne oublier que la nature a horreur du vide.  En  laissant  la voie libre à la prolifération des « fake news » ou infox, ce qui semble a priori  invraisemblable et  relève de l’ivraie, finit à travers  les multiples  relais que procurent les  réseaux sociaux,  par s’imposer  comme une vérité absolue.
L’information qui a circulé durant toute une semaine,  à travers médias, réseaux sociaux, représentants de partis politiques, d’organisations de la société civile  et même certains experts avertis, sur la prétendue suspension des négociations entre la  Tunisie et l’Union européenne à propos de l’ALECA (accord de libre-échange complet et approfondi) est un cas d’école en matière de ce qu’il ne faut pas faire.
L’information, timidement et tardivement démentie, s’est propagée  comme une traînée de poudre donnant raison à tous ceux qui n’ont pas cessé de s’activer pour que ce processus capote, ou à d’autres parties  qui ont utilisé ce dossier, à tort ou à raison, comme argument de leur campagne électorale, en faisant ressortir le caractère déséquilibré de cet accord qui risque à leurs yeux de susciter un véritable tsunami dans le secteur agricole notamment.
Que vaut le communiqué,  laconique et peu  exhaustif,  publié presque en catimini par une source gouvernementale qui a soutenu que le  processus de négociation engagé par la Tunisie et l’Union européenne sur le projet d’accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA) se poursuit à son juste rythme, selon la cadence et les délais convenus par les deux parties ?
Que vaut, également, la convocation très tardive  par le ministère des Affaires étrangères de l’ambassadeur de l’Union européenne à Tunis à l’effet de lui signifier le désappointement des autorités suite aux propos  incendiaires  qu’il a livrés aux médias ?
Dans le cas d’espèce, le mal est déjà fait et le long silence observé par les pouvoirs publics est révélateur aussi bien de l’embarras dans lequel ils se sont laissé empêtrer que de leur incapacité à diffuser une information capable de convaincre et de mettre un terme à des rumeurs  incontrôlées et persistantes.
Celles-là mêmes qui ont fait sortir le représentant de l’UE à Tunis de sa réserve en réagissant à travers des déclarations violentes et des accusations à peine voilées sur la gestion calamiteuse des réformes essentielles notamment sur le plan économique, n’hésitant pas  à pointer du doigt la mauvaise gouvernance des affaires du pays qui se décline à travers l’existence d’une économie de rente aux mains de lobbies.
Dans le contexte actuel  que vit le pays où tous les efforts sont tournés  plutôt sur le terrain politique et électoral, il est très peu loisible de s’éviter ce genre d’écueils.  Le jeu de positionnement et la course  effrénée vers les alliances, sont en train d’obnubiler les responsables politiques qui ne trouvent pas beaucoup de temps  pour les questions les plus vitales. Au moment où  le débat public s’est orienté vers tout ce qui est superflu et insignifiant,  il est tout à fait  normal que les sujets sensibles et les dossiers les plus délicats soient sacrifiés ou plutôt relégués au second plan. En l’absence d’une véritable stratégie de communication digne de ce nom, on continue à gérer au plus près, chaque situation provoque surprises et embarras et, plus grave, on se trouve souvent devant  une incapacité totale de reprendre l’initiative à notre propre compte, de convaincre l’opinion publique et de faire face à la prolifération des rumeurs et fausses nouvelles qui se nourrissent du vide ambiant,  de l’absence d’arguments solides et de responsables politiques  tout le temps pris au dépourvu.
Cette gestion, pour le moins calamiteuse des affaires du pays,  ne saurait surprendre outre mesure.  Au regard d’un gouvernement dont chacun des membres agit dans une absence d’harmonie et de solidarité, il est peu probable de contourner ce genre de pièges ou situations pour le moins désagréables.
Même si le gouvernement Chahed continue à faire l’objet de fortes pressions, et surtout à des tirs amis de la part d’Ennahdha  et même de Machrou3 Tounes, qui  font tout pour le déstabiliser et le soumettre à leurs caprices, il n’en demeure pas moins vrai que le ver est dans le fruit.
En effet, les différentes activités notamment du Chef du gouvernement, qui ont gagné subitement en intensité et en diversité, ne dégagent  pas tout le temps une odeur de sainteté. Les nombreuses mesures annoncées que ce soit en marge des déplacements dans les régions ou lors de conseils ministériels,  ont revêtu parfois une dimension populiste accentuée et une dimension électoraliste qu’il est difficile de nier. La dernière en date vient trahir ce dérapage que rien ne pourrait justifier. Au moment où les finances publiques sont mises à rude épreuve, l’annonce  de la prise  en charge de 40% des dettes des familles démunies, auprès de la société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG), ne peut être comprise que sous cet angle précis.

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