Dérapages et faux alibis

La succession d’événements survenus jeudi dernier, avec deux attentats terroristes en plein cœur de la capitale, une tentative, tôt le matin, ciblant des installations de transmission radiophonique à Gafsa qui ont été suivis dans la foulée, par l’annonce d’un grave malaise du président de la République nécessitant son hospitalisation urgente à l’hôpital militaire, ont rapidement suscité questionnements et inquiétudes chez l’opinion publique et animé le débat public. Comme à l’accoutumée, certains sont allés très vite en besogne, tirant des conclusions hâtives et versant dans des spéculations parfois indignes.
Certains, surpris, affolés ou encore manquant de maturité politique, se sont empressés de qualifier ce jour de Jeudi noir, de considérer la jeune démocratie en péril, de tirer la sonnette d’alarme en avançant que le pays est plus que jamais fragilisé par les atermoiements de son élite et que le secteur touristique court des dangers réels, évoquant même une inévitable vacance de pouvoir et des scénarios du pire.
Très peu, en revanche, ont vu la moitié pleine du verre, à savoir la réaction positive des Tunisiens et de la société civile. Ces derniers ont, en effet, dans un geste de défiance aux groupes terroristes, manifesté leur résolution à ne pas céder à la peur, exprimant toute leur confiance en les forces de sécurité et leur attachement à leur démocratie qui connaît un virage difficile mais qui, tel un roseau, plie mais ne rompt pas. Dans leur  recherche frénétique du buzz, ils ont préféré occulter la réalité, versant dans un catastrophisme gratuit sans chercher à relativiser ce qui s’est produit, ni à lui conférer la dimension qu’il mérite.
Pourtant, tout le monde admet qu’on court moins de risques terroristes en Tunisie qu’ailleurs, que ce soit en Europe, en Amérique ou en Asie. On ne daigne pas ressortir que le pays est parvenu, malgré tout, à la faveur de grands sacrifices, à renforcer sa sécurité et à resserrer l’étau autour des groupes terroristes dont la plupart ont été démantelés ou éliminés, et que les Tunisiens, unis et attachés à la vie, constituent le meilleur rempart face à ces groupes obscurantistes.
Dans le cas d’espèce, le couac réside dans la focalisation exagérée des médias notamment, en France et ailleurs, sur un attentat dont on doit parler, mais qui ne devrait pas servir d’alibi pour ameuter l’opinion publique, chercher à montrer une démocratie en péril et mettre à l’index la fragilité de la situation sécuritaire dans le pays.
Voir des chaînes exploiter en boucle cet événement, verser dans des analyses et commentaires alarmistes sans aucun lien avec la réalité quotidienne des Tunisiens,  surprend  et laisse dubitatif, d’autant plus que l’actualité internationale ne manque pas de faits brûlants ni de foyers de tension dont la gravité est manifeste.
La même fuite en avant a été également observée, s’agissant de l’exploitation le moins qu’on puisse dire éhontée de la maladie du président de la République par certains médias, réseaux sociaux et même acteurs politiques qui, en plus de la diffusion de fausses nouvelles, de leur versement dans des spéculations fantaisistes, ont accouru pour orienter le débat sur l’éventualité de la vacance de pouvoir dans le pays et de l’hypothèque de tout le processus électoral prévu dans quelques mois seulement. En favorisant des analyses d’une grande légèreté sur les dispositions de la Constitution notamment, de nombreux acteurs n’y sont pas allés de main morte, tombant facilement dans le travers de l’approximation et de l’improvisation et donnant libre cours aux rumeurs les plus fantaisistes. Il faut avouer que médias, acteurs de la société civile, élite, élus et même leaders de partis politiques ne sont pas à leur première bévue. A chaque circonstance exceptionnelle,  ils perdent les pédales, tout sens de la mesure,  en donnant la preuve tangible de leur immaturité et de leur amateurisme.
Dans le cas d’espèce, les responsabilités sont partagées dans la mesure où telles situations posent encore et toujours le problème crucial de la gestion de la communication en temps de crise. Ce n’est pas la première fois que les pouvoirs publics se trouvent hors-jeu, ne trouvant pas les moyens ni la méthode la plus adéquate pour ne pas laisser le terrain libre aux réseaux sociaux, infestés, et aux  médias, qui tournent le dos à toute éthique professionnelle, pour faire la loi et créer la zizanie.
La communication en temps de crise ne s’improvise pas, elle est consubstantielle de l’activité de tout gouvernement résolu à ne pas laisser le cours des événements  échapper à son contrôle. Il s’agit pourtant d’un protocole clair qui permet de ne laisser aucune place aux atermoiements et encore moins à la spéculation. En délimitant le champ de chacun, en fournissant une information crédible et dont la traçabilité est parfaite, il devient possible de couper l’herbe sous le pied de ceux qui se nourrissent de bobards ou cherchent à augmenter leur audimat par le buzz facile.

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