Démocratie en péril !

Aquelques mois seulement des prochaines échéances électorales, qui s’annoncent plus que jamais incertaines, tendues et porteuses d’un épais brouillard, règnent dans le pays laxisme, immobilisme et un brin d’inquiétude à auquel s’ajoute  une forte dose de nervosité. En attendant la signature par le président de la République du décret portant convocation du corps électoral, beaucoup de flou persiste et le doute commence à planer avec  la multiplication des  appels  pour le report des élections. Manifestement, la classe politique semble, encore une fois, prise de court et le temps qui lui est imparti pour réorganiser ses rangs, affûter ses armes, présenter des projets et  convaincre un électorat, à la fois indécis et désabusé, est insuffisant pour pouvoir éviter une nouvelle claque. Le brouhaha qui sévit actuellement est symptomatique d’une impréparation et surtout, d’une incapacité notoire  de cette classe de s’engager dans un processus dont elle redoute fort la sentence.
Partant,  la peur d’affronter l’échéance électorale se perçoit chez toutes les familles politiques dont les réactions, parfois disproportionnées, trahissent mal l’indigence de leur discours et la faiblesse de leur ancrage régional. Pour cela, les acteurs politiques, dépassés par les événements et en mal de repères, s’accrochent à tout ce qui est infiniment insignifiant à l’effet de créer le buzz, de crier au complot, délaissant l’essentiel, faute d’arguments et surtout d’une propension à convaincre et à rebâtir une confiance perdue.
En témoigne l’effet  provoqué par les derniers sondages publiés sur les intentions de vote, qualifiés parfois, avec une  légèreté déconcertante et abusivement par certains médias, de séisme politique qui risque de bousculer l’ordre établi. Ces enquêtes, dont les carences n’échappent à personne, n’ont fait qu’accentuer la tension aussi bien chez les pouvoirs publics qu’au sein d’une classe politique, dont la grande hétérogénéité n’a pu produire la consistance requise au niveau de l’action ni restaurer la confiance d’un corps électoral fortement désorienté par l’émergence de nouvelles formations qui se réfugient dans des pratiques populistes pour monter au créneau. Des pratiques qui se nourrissent, il est vrai, de  la défaillance des partis politiques classiques, qui n’arrivent ni à séduire ni à recoller leurs morceaux.
Au lieu de tirer les enseignements et de chercher les meilleures pistes de rattrapage, de nombreuses parties se sont fourvoyées dans des initiatives désordonnées, improvisées et en contradiction flagrante  avec les principes les plus élémentaires de droit,  provoquant le contraire de ce qui est escompté, suscitant embarras et mettant à nu le dysfonctionnement de l’Assemblée des représentants du peuple, devenue un terrain de  manœuvres politiciennes pour des partis plus enclins à régler leurs comptes avec leurs adversaires que toute autre chose.
La présentation par le gouvernement, à nouveau, d’un projet de loi  portant amendement de la loi électorale, a été beaucoup plus perçue comme une manœuvre pour barrer la route devant  certains candidats vers Carthage. Elle a reflété les contradictions d’un pouvoir exécutif qui,  tout en cherchant à se tailler une loi sur mesure, a fini par perdre la boussole, en ne maîtrisant ni le jeu politique,  ni l’économique et encore moins le social. Chercher à exclure des candidats en course pour les prochaines élections en utilisant des faux-fuyants  qui risquent de fausser  le jeu démocratique, renvoie  une image d’impuissance et de faiblesse. Chercher à barrer la route à un candidat  fantôme que des sondages créditent  de 30% d’intentions de vote en craignant qu’il puisse créer la surprise, en faisant des parallélismes avec ce qui s’est passé dans d’autres pays où le courant populiste a fini par renverser l’establishment, est un mauvais signe.
Au désarroi des hommes politiques et  à l’incompétence des élus, s’ajoute  l’impertinence des médias qui ont vite crié au séisme politique, sans se poser des questions sur les chances de certains courants populistes qui ont investi le champ politique par le travestissement de l’action humanitaire. En tirant des conclusions hâtives, les médias qui n’ont pas observé le recul qu’exige l’éthique professionnelle, risquent, non pas d’éclairer l’opinion publique, mais plutôt de l’influencer, de rendre plausibles certaines fausses hypothèses et de s’emballer dans des luttes politiques qui ne sont pas les leurs.
Dans le cas d’espèce, personne n’a douté du résultat du sondage et ne s’est posé la vraie question : que ferait ce parti politique fantôme crédité de  30% des intentions de vote aux prochaines législatives, lorsqu’il sera officialisé et confronté à la réalité du terrain ? Aucune question,  non plus,  sur l’alternative qu’il présente aux Tunisiens,  ni sur les motifs qui ont conduit les personnes sondées à lui accorder leur confiance ou leur ferveur ?
Il faudrait peut-être attendre la publication d’un autre sondage pour que la classe politique, les acteurs de la société civile et les médias sortent un peu de leur torpeur, posent les vraies questions et engagent de véritables débats qui permettront d’apprécier les évolutions d’un  paysage politique en pleine transformation,  d’expliquer le comportement des électeurs potentiels et non pas de prendre certaines conclusions pour des vérités absolues.

Lire aussi
commentaires
Loading...