Urgence absolue: Sauvegarder le tissu entrepreneurial

L’entreprise recèle tous les ingrédients de la création de la valeur ajoutée, de l’innovation et de la promotion de l’emploi. C’est pourquoi il est essentiel de la sauvegarder, de la favoriser, de la développer et non de tout faire pour l’handicaper à tous les niveaux au point de la faire disparaître.
En effet, le tissu entrepreneurial tunisien, constitué à 90% de PME et même de TPE qui était déjà dans une situation précaire, est en train de s’effilocher à cause des difficultés financières engendrées par l’instabilité politique, les perturbations sociales et des décisions financières anti-productives.
C’est que, selon une source bien informée, notre pays a enregistré la fermeture de 4319 entreprises économiques et la perte de 250.000 emplois, soit environ 400 entreprises et 25.000 emplois par an. Les secteurs les plus vulnérables dans la conjoncture qui prévaut dans le pays étant le secteur du textile-habillement et celui du cuir et des chaussures qui ont été sévèrement impactés au cours des cinq dernières années par la fermeture de 300 entreprises et la perte de 40.000 emplois.
Selon le président de l’Association des investisseurs en capital, qui regroupe fonds d’investissement, sociétés de placement et SICAR, 10.000 PME tunisiennes sur 20.000 connaissent des difficultés financières.
On peut dire que 50% du tissu entrepreneurial tunisien serait menacé de disparition avec un risque de faillite à l’horizon 2020 et à la clé, des milliers de pertes d’emplois.
Or, ce tissu entrepreneurial représenterait un investissement réalisé au cours de plusieurs décennies de l’ordre de 207 milliards de dinars qui pourrait ainsi s’évaporer.
Certes, il y a bien le décret n°51 du 13 janvier 2015 portant sur l’organisation et les modalités d’intervention du fonds d’appui aux PME, mais les études de diagnostic des entreprises en difficultés prévoient toujours une restructuration financière avec renforcement des fonds propres et rééchelonnement des dettes auxquelles les banques refusent d’adhérer.
D’où l’échec de la plupart des plans de sauvetage des entreprises en difficulté.
Parmi les principales difficultés rencontrées par les entreprises économiques qui travaillent pour le marché local figurent en bonne place le coût élevé du crédit et la pénurie de liquidités bancaires d’abord. Que ce soit pour investir ou pour financer le fonds de roulement. Ensuite la baisse de la demande sur le marché suite à l’effondrement du pouvoir d’achat de la population et aux problèmes de trésorerie rencontrés par les entreprises.
Il y a également la lourdeur de la pression fiscale qui constitue une obsession et un handicap croissant pour les entreprises formelles.
Le problème le plus urgent est celui de l’expansion croissante de l’économie parallèle et informelle.
D’après une étude réalisée par la CONECT les handicaps rencontrés par les entreprises économiques sont pour 60% des chefs d’entreprises sondés, la concurrence déloyale émanant d’une économie informelle alors que la rigidité de l’administration fiscale et la lourdeur des impôts représentent 27%. En outre, 45% des chefs d’entreprises sondés souffrent de l’impact de la guerre civile sur le marché libyen.
L’étude diligentée par la CONECT souligne que 30% des entreprises n’ont pas réalisé de bénéfices en 2016 et en 2017, ce qui est symptomatique d’une mauvaise santé économique car une entreprise qui ne fait pas de bénéfices ne peut pas investir et donc ne peut ni innover ni se développer.
Plusieurs autres indices décelés par cette étude prouvent le manque de motivation des responsables d’entreprises et la stagnation, sinon la régression, du tissu entrepreneurial. Et pour cause, 65% des entreprises n’ont pas créé de nouveaux produits en 2018 et 35% n’ont pas attiré de nouveaux clients.
L’acuité des problèmes financiers qui taraude les chefs d’entreprises peut être résumée par le taux de 39% parmi eux qui ont sollicité des crédits bancaires en 2018.
La responsabilité des pouvoirs publics est-elle engagée ? Il y a en effet une crise des finances publiques caractérisée par une inflation incompressible des montants consacrés aux salaires de la fonction publique et au service de la dette mais aussi aux subventions destinées à la compensation des prix des produits de base et du coût de l’énergie.
Cela a poussé les pouvoirs publics à renforcer la fiscalité appliquée aux entreprises durant les années 2017 et 2018 mais avec la « pause fiscale » de 2019, il a été décidé de « prélever » un prêt en devises auprès de 12 banques tunisiennes à un taux préférentiel de 2,5% par an destiné à financer le budget de l’Etat.
Ce qui a contribué à assécher les liquidités bancaires déjà mises à mal par la baisse de l’épargne des citoyens et celle des dépôts de la clientèle.
Les banques tunisiennes disposent de moins en moins de liquidités pour faire face aux besoins de leur clientèle, que ce soit les entreprises ou les particuliers. Surtout qu’elles sont tenues de souscrire des montants élevés au profit de l’Etat sous forme de Bons du trésor. Alors que ce n’est pas le rôle d’une banque de financer le budget de l’Etat.
Par ailleurs, les retards de paiement de plusieurs ministères relatifs aux marchés publics, notamment pour les entreprises de BTP, portent un grand préjudice à la santé financière de ces sociétés et de leurs sous-traitants qui sont souvent des PME.
En tout état de cause, les pouvoirs publics sont tenus de « voler au secours » des entreprises en difficultés en mettant à leur disposition des lignes de crédits bonifiés à travers le réseau bancaire qui devrait renforcer ses fonds propres, car ce sont elles qui font la croissance économique et la stabilité sociale.    

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