Cacophonie

A quelques mois de la fin d’un mandat de promesses déçues, le pays vit une grande cacophonie. Une  brouille qui  touche aussi bien les institutions républicaines, que le fonctionnement des partis et celui des organisations nationales. Au fur et à mesure que l’on se rapproche de la prochaine échéance électorale, chacun continue à affuter ses armes, jetant aux orties la gestion des affaires d’un pays qui s’enfonce, chaque jour un peu plus, dans la crise, le doute et le questionnement, tout en versant dans un populisme et un jeu d’improvisation malsains.
Au moment où l’on attend des réponses décisives qui permettent, un tant soit peu, de sortir du flou dominant, de diffuser un message d’espoir et de confiance aux Tunisiens, l’action publique et des acteurs politiques et sociaux choisit le chemin du superflu, de l’insignifiant. A défaut d’arguments, de signaux clairs et d’une volonté manifeste de faire bouger les choses, on a l’impression qu’on se résigne à continuer à endurer dans la douleur, un mandat qui a été mal entamé.
Les mauvais exemples viennent de partout, et très peu peuvent soutenir le contraire ou réclamer un bilan d’actions flatteur à la hauteur des promesses qu’ils avaient annoncées. Le résultat est aujourd’hui implacable, à l’image d’un quinquennat qui se termine en queue de poisson augurant, pour la plupart des acteurs, une fin de partie peu glorieuse.
Avec tout ce qui se passe à l’intérieur de ses murs, la présidence de la République donne le mauvais tempo. La valse des chefs de cabinet dans cette institution renvoie un message clair et  renseigne fort sur une  logique cruelle, celle qui donne toujours raison au fils, quelles qu’en soient les raisons.
Cela explique pourquoi le parti vainqueur des élections 2014 a été sacrifié sur l’autel des considérations familiales et renseigne  sur les motifs qui ont poussé toutes les figures  à  quitter Nidaa Tounes. Leur crime fut, ni plus ni moins, d’avoir tenu tête au fils, refusé son hégémonie  et sa mainmise sur ses structures. Quand le parti se place avant la patrie et la fratrie avant tout intérêt général, la clochardisation de la vie publique ne devrait surprendre outre mesure. Le nivellement par le bas s’érige en règle, se banalise et finit par créer chez le corps électoral ce ressentiment incurable vis-à-vis du politique.
Le  gouvernement, dont le Chef est engagé dans une  bataille électorale par procuration, ne fait pas meilleure figure. Ses différents membres ont la tête ailleurs, se lançant dans une campagne électorale qui ne dit pas son nom, se souciant comme d’une guigne des  dossiers les plus chauds. Les actions sur le terrain sont ciblées et frôlent le populisme. Quant aux problèmes de  fond, ils sont à peine effleurés, sans jamais faire l’objet de débats profonds ou de solutions pérennes.
L’Assemblée des représentants du peuple, l’autre aile du pouvoir, est plus que jamais désertée par des élus qui ont la tête ailleurs, poursuivant leurs calculs de petits épiciers, présentant leurs services au plus offrant tout en se  faisant piéger dans un jeu de contradictions assassin. Cette institution, la source de tous les pouvoirs,  qui s’est transformée en arène de combats improductifs et de règlements de compte entre adversaires politiques, a participé par son dysfonctionnement et son mauvais pilotage  au renforcement du blocage dont souffre cruellement le pays.
Enfin, les organisations nationales ne font pas l’exception et ne peuvent, dans ce contexte délétère, émerger du lot.  Que l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche, conduite par une figure proche d’Ennahdha depuis la Révolution, dérape et choisit de plus en plus la surenchère et la voie de la confrontation, pourrait se comprendre. L’on se demande en revanche quelles seraient les raisons qui sont en train de pousser l’action de la Centrale patronale vers le bas.  L’UTICA  est presque absente des grands débats, sa voix est à peine audible dans le  tumulte que vit actuellement le pays et son influence sur le cours des événements est en régression constante.
Paradoxalement, la Centrale syndicale est en train de se muer, progressivement mais sûrement, en super parti politique et en super pouvoir incontournable.
Après avoir tout obtenu sur le front social en faisant plier le gouvernement à ses exigences,  elle  s’apprête à se lancer, frontalement, dans le jeu politique. Ses dirigeants ne ratent aucune occasion pour affirmer que la Centrale syndicale n’observera pas une attitude neutre lors des prochaines élections. Tout en incitant ses militants à se présenter aux élections, son Secrétaire général n’en finit pas de rappeler la publication imminente de son programme politique, économique et social pour la prochaine période.
Les rôles sont inversés dans cette grande cacophonie que vit le pays depuis maintenant des années et qui ne semble pas prendre fin de sitôt. n 

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