Sommet Arabe de Tunis : la rencontre de toutes les contradictions

La 30ème édition du sommet Arabe, organisée à Tunis le 31 mars 2019, s’est achevée par l’annonce des 17 points de la Déclaration de Tunis. Présenté par le ministre tunisien des Affaires Étrangères, Khemaïes Jhinaoui, le document porte sur les sujets déjà discutés tout au long du sommet, à savoir : la crise syrienne, la crise libyenne, le plateau du Golan, l’ingérence étrangère dans les affaires arabes, la cause palestinienne, la lutte contre le terrorisme ou encore le soutien au pays arabes en difficultés.
Que ce soit pour le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, ou pour le secrétaire général de la Ligue Arabe, Ahmed Aboul Gheith, il s’agit du sommet de la réconciliation et de l’unité. « Détermination et solidarité », c’est ainsi que la rencontre arabe a été baptisée par le Chef de l’État tunisien. Des déclarations qui font rêver les plus pan-arabistes, qui rêvent d’une nation arabe forte, unie et, pourquoi pas, juste. Qu’en est-il en pratique ?
La réunion des chefs d’États arabes du 31 mars 2019 était, en réalité, celle de la contradiction. Cela était perceptible avant même le début du Sommet, avec l’hésitation du président égyptien Al-Sissi à ce déplacer à Tunis mais qui s’est finalement décidé à se rendre à Tunis le jour-même sous la pression de l’Arabie Saoudite selon certains bruits de couloirs, l’incertitude sur la participation d’autres chefs d’Etat, l’absence annoncée du roi du Maroc qui considère ces rencontres comme celles de la complaisance. On ne pouvait dans ce contexte parler d’une quelconque harmonie entre les Etats arabes et en l’occurrence entre leurs chefs.
Plus encore, dès les premières minutes du Sommet, les contradictions pesaient assez lourds sur l’ambiance générale notamment à travers la question sur le Qatar. En proie à un blocus instauré depuis le 5 juin 2017, suite à une décision prise par l’Arabie Saoudite et ses alliés du CCG,  l’Emirat n’a pas été cité  une seule fois, ni évoqué au cours du Sommet, pourtant cette crise n’est pas des moindres et pèse de tout son poids non seulement sur les relations entre les pays du Golfe arabe mais aussi sur l’ensemble des Etats arabes. Cheikh Tamim Bin Hamad Al Thani, Emir du Qatar, s’était contenté de rester le temps des trois discours d’ouverture (BCE, secrétaire général de la Ligue Arabe et Roi Salmane), pour quitter le sommet et se diriger vers l’aéroport.  Le Chef de la Diplomatie tunisienne, Khemaïes Jhinaoui, se montrera vague et laconique dans sa réponse à une question sur ce départ rapide: « il nous a honoré de sa présence. Il était là pour représenter son pays. Nous ne voyons pas d’inconvénient à cela. Pour les raisons, lui seul pourra y répondre », s’est-il contenté de déclarer avant de passer à un autre sujet.
Même si elle était bien dissimulée, l’hésitation du ministre tunisien n’est pas passée inaperçue. Certaines fuites soulignent, rappelons-le, que l’Emir du Qatar s’attendait à des mesures visant la levée du blocus. D’autres informations ont affirmé que son bref passage était prévu dès le départ. Quoiqu’il en soit, cela témoigne de la tension qui règne entre certains pays arabes.
De quelle unité, de ce fait, parle-t-on ? En vérité, ne figure que dans les discours de circonstance, mais sur le terrain, on a du mal à la percevoir.
Par ailleurs, les annonces qui ont été faites dans le cadre de la déclaration de Tunis ne sont pas inédites. Les pays arabes ont toujours appelé à la libération de la Palestine de l’occupation sioniste. Depuis 2013, ils ont appelé à une solution politique pour les conflits syriens et libyens. La crise yéménite, pour sa part, reflète clairement la volonté de l’Arabie Saoudite de préserver un certain poids dans la région face à ses ennemis jurés, les chiites.
Autrement dit, le 30ème Sommet Arabe de Tunis laisse derrière lui l’impression du déjà vu. Néanmoins, il existe deux points positifs si l’on ose les qualifier de tels. D’abord, la condamnation de la décision américaine de reconnaître le plateau du Golan comme étant un territoire sioniste. Les dirigeants arabes comme pour se faire bonne conscience, se sont donné le mot pour adopter une telle attitude de soutien à la Syrie dont le siège était tristement vide par la volonté de ces mêmes dirigeants. Ensuite, l’annonce d’une coopération spatiale arabe pour construire le premier satellite arabe. Et la boucle est bouclée.
En définitive, et comme lors de chaque Sommet, ce ne sont pas les déclarations de bonnes intentions qui auront manqué.
Le 30ème sommet arabe tant attendu, aura été tout, sauf le sommet de la réconciliation et de l’unité.

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