Sauvegarder la viabilité des filières agricoles

Malgré le climat économique défavorable qui règne dans notre pays ainsi que la succession de trois années de sécheresse, le secteur agricole a réalisé au cours de ces dernières années des performances réelles aussi bien pour approvisionner le marché local que pour alimenter le secteur industriel de la transformation ou encore pour enregistrer des performances à l’export. C’est le cas de l’huile d’olive, des dattes, des agrumes, des fruits et légumes bio…
Il y a lieu de reconnaître qu’il s’agit d’un secteur d’activité complexe et d’un métier difficile, celui de paysan ou bien de producteur agricole. En effet, les aléas naturels de la production et de la rentabilité agricoles ne manquent pas : le risque permanent ou presque de sécheresse, de grêle, de vents violents et de maladies cryptogamiques, hante  les nuits des agriculteurs lourdement affectés parfois par des inondations catastrophiques. L’instabilité des prix sur les marchés est un autre chapitre qui fait planer l’incertitude sur les revenus des paysans, une fois le cycle de production achevé, lorsqu’ils mettent leurs produits à la vente.
Parmi les handicaps et les obstacles majeurs qui se dressent sur la route des producteurs agricoles, figurent l’accès très réduit au crédit bancaire, le coût élevé des assurances contre la grêle, la couverture limitée et le caractère non encore opérationnel du fonds de garantie contre les catastrophes naturelles.
On ne le dit jamais assez, les producteurs agricoles ne savent pas et n’ont ni les moyens matériels ni le sens commercial développé pour assurer eux-mêmes la commercialisation de leurs produits sur le marché.
Ils sont donc exploités et soumis au bon vouloir des grossistes, gacharas, khaddaras et autres spéculateurs qui leur achètent leurs produits sur pied pour 4 sous avant de spéculer aux dépens des consommateurs médusés, après avoir “bouclé le marché” grâce aux hangars frigorifiques.
Alors que l’industriel ou le commerçant peut réaliser “son cycle économique” en quelques semaines, voire en quelques jours et empocher ses bénéfices, le producteur agricole doit investir et travailler pendant des mois avant de toucher du doigt le fruit de ses efforts avec le risque constant de voir ses espoirs anéantis s’il y a un problème quelconque.
Il faut reconnaître par contre que l’agriculture jouit de plusieurs avantages et accomplit plusieurs prouesses.
C’est elle qui nourrit la nation avec des balances agroalimentaires extérieures parfois excédentaires ou équilibrées.
L’agriculture retient les populations dans leurs régions d’origine, elle crée des emplois sur place et les investissements y sont croissants. Le potentiel de production et de création d’emplois est énorme dans les terres domaniales et dans les périmètres irrigués.
Des cultures comme celles de l’olivier, du palmier-dattier, des grenades et du raisin de table bio, ont beaucoup d’avenir. Il est hors de question de briser cet élan de croissance et de développement.
Le problème majeur, très actuel, qui menace les équilibres fragiles de plusieurs filières agricoles vitales, est celui de l’inadéquation croissante entre les prix de vente officiels figés et imposés par les pouvoirs publics et les prix de revient réels des produits agricoles tels que prouvés et subis par les paysans.
En effet, les paysans subissent de plein fouet la flambée des prix du carburant, des matières premières importées qui souffrent de la décote du dinar, du prix en hausse constante de la main-d’œuvre…
Les pouvoirs publics doivent prendre en compte l’impératif majeur de la sécurité alimentaire de notre pays, celui d’assurer l’autosuffisance alimentaire globale du pays, un enjeu stratégique majeur plutôt que les questions de fixation artificielle de prix imposés.
Le liste des filières menacées est en train de s’allonger de façon démesurée et inquiétante, les producteurs s’impatientent et ont commencé à brader leur propre capital à vil prix, risquant de provoquer des perturbations dont le pays n’a pas besoin face au refus et à l’entêtement de l’Administration et des politiques de réviser les prix et s’adapter aux impératifs du moment. Au lieu de subventionner la production, l’Etat subventionne les importations en devises, une démarche contre-productive, voire néfaste à tous.
La filière laitière qui a besoin de 200 millimes en plus par litre pour survivre et se développer est devenue importatrice alors qu’il y a deux ans, elle était exportatrice.
Les aviculteurs sont en colère à cause du prix des aliments concentrés.
La filière de la tomate qui exporte le double concentré risque de l’importer dorénavant.
Les céréaliculteurs sont indignés par le prix dérisoire accordé par l’Office des céréales pour l’achat de leurs produits.
La menace de l’instauration de l’ALECA est une épée de Damoclès sur la tête des producteurs agricoles avant d’être une opportunité d’intégration à l’économie européenne dont l’agriculture est fortement subventionnée par la PAC.
Ce n’est pas du tout le moment de laisser s’effondrer notre dispositif de filières agricoles vitales et performantes pour livrer notre marché, aussi modeste soit-il, aux multinationales type LACTALYS qui n’en feraient qu’une “bouchée”.
Nous devons consolider notre système agroalimentaire et mettre à niveau notre agriculture avec l’appui de l’UE avant de négocier une alliance futuriste avec l’ALECA.

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