L’économie tunisienne vue par la délégation du FMI

La visite de la délégation du Fonds Monétaire International (FMI) en Tunisie a pris fin mardi 9 avril 2019. C’était l’occasion de discuter avec les autorités tunisiennes à propos des réformes économiques engagées en Tunisie et le plan d’action relatif à la 5ème revue de l’accord au titre du mécanisme élargi de crédit (MEDC). Les discussions vont se poursuivre à Washington.
Durant le round tunisien, les parties tunisiennes ont demandé un peu plus de temps pour concrétiser les propositions politiques qui ont été formulées pour résoudre les problèmes économiques.
Dans son rapport élaboré à l’issue de sa visite, la délégation du FMI a estimé que la croissance économique devrait passer de 2,6 en 2018 à 2,7% en 2019. Elle serait soutenue par les performances de l’agriculture et des services et notamment, selon le FMI, par le tourisme. L’institution déplore néanmoins l’incertitude politique et économique. « La croissance est restée insuffisante pour réduire le chômage. Celui-ci reste particulièrement élevé pour les jeunes et les femmes. La stabilité économique est toujours menacée par les vulnérabilités macroéconomiques », peut-on lire dans le rapport du FMI.

Réduction du déficit budgétaire
Dans son rapport, le FMI a constaté que la Tunisie a resserré sa politique monétaire dans l’objectif de faire face aux pressions inflationnistes. Le déficit budgétaire, selon l’institution, a donc été réduit. « Les revenus [de l’État] ont été améliorés grâce au renforcement de la collecte des taxes et aux mesures fiscales de l’année 2018. Les hausses des prix de l’énergie, pour leur part, ont permis de réduire la croissance des subventions destinées à l’énergie. De ce fait, les dépenses consacrées aux investissements publics ont été revus à la hausse (5,6% du PIB), au même titre que les programmes sociaux créant des emplois (2,7% du PIB) », lit-on encore dans le rapport.

La croissance est trop dépendante de la consommation
D’autre part, le FMI estime que la dette extérieure continue d’entraver la croissance économique et le potentiel de l’emploi en Tunisie. Celle-ci, estime l’institution, est trop dépendante de la consommation. Pour leur part, les investissements et les exportations ne sont pas suffisamment dynamiques. Pas seulement : la dette extérieure croissante crée un grand besoin de financement. « Un lourd fardeau pour les générations futures », selon le FMI. Côté inflation, celle-ci reste un point noir. le FMI note qu’elle est toujours supérieure à 7%, menaçant ainsi le pouvoir d’achat, particulièrement celui des couches vulnérables de la société.

Suppression des subventions énergétiques et maîtrise de la masse salariale du public
L’institution mondiale a, d’un autre côté, mentionné la suppression progressive des subventions inéquitables de l’énergie. L’opération doit se faire progressivement, tout en protégeant les ménages vulnérables. La Tunisie doit aussi poursuivre la réduction du déficit budgétaire, renforcer ses réserves en devises et maintenir une politique monétaire stricte.
Autre point qui risque de faire beaucoup de bruit en Tunisie : la maîtrise de la masse salariale dans le secteur public. Selon le FMI, elle figure parmi les plus élevées dans le monde en terme de pourcentage du PIB. En la réduisant, l’État pourra se consacrer aux dépenses destinées aux ménages les plus vulnérables, mais aussi à la santé et à l’éducation.
Dans ce même contexte, la Tunisie va devoir faire face à plusieurs défis exogènes, à l’instar du cours du pétrole, du ralentissement de la croissance économique chez ses partenaires de l’Union Européenne, ou encore des retombées potentielles des conflits dans la région. L’institution reconnaît, à la fin, que les mesures nécessaires ont eu un impact sur le peuple. De ce fait, les efforts qui visent à soutenir les réformes d’une protection sociale renforcée constituent une priorité.
Le FMI appelle, également, à accélérer les réformes structurelles. L’objectif est notamment d’améliorer la gouvernance et le climat des affaires. « De ce fait, le potentiel du secteur privé sera libéré, générant ainsi davantage d’opportunités d’emplois », lit-on encore dans le rapport.

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