La foire d’empoigne !

Loin de surprendre, ce qui s’est passé,  jeudi dernier,  à l’enceinte de l’Assemblée des représentants du peuple, est un aboutissement normal d’une longue période d’errements des élus du peuple qui,  au terme de l’actuelle calamiteuse législature, vont devoir sortir par la plus petite des portes. Pour leur incompétence,  leur inaptitude et leur manquement à leurs engagements. En cinq ans,  ils ont réussi la gageure de rendre la politique, la chose que le Tunisien répugne le plus.
En témoigne, le peu d’intérêt accordé par la majeure partie du corps électoral à un débat public où l’inquisition a pris le pli sur tout effort d’encadrement et de réflexion sur des problématiques pourtant essentielles, mais qui sont jetées aux orties par des élus obnubilés par la gestion de leur carrière et la recherche de nouvelles pistes pour préserver leurs sièges et leurs intérêts. Les images reflétées par les médias sur la vie publique, le fonctionnement de nos institutions, l’action des partis et la gouvernance des affaires du pays laissent incrédule. Tout est en train d’aller à vau-l’eau et la plupart  des acteurs préfèrent ramer à contre-courant restant inaudibles au pouls des Tunisiens, à leurs attentes et à leurs préoccupations. 

A l’approche des élections, cette fuite en avant de la classe politique n’a fait que s’accélérer et tous les repères semblent être perdus. On vit presque quotidiennement une sorte de guerre de tous contre tous.  Les partis contre  le gouvernement, le gouvernement contre le laxisme de certaines institutions et le manque de maturité de la classe politique, les organisations nationales et de la société civile qui orientent leurs flèches contre une équipe au pouvoir, jugée incompétente et  incapable de faire les anticipations nécessaires dans un contexte plus que jamais incertain et ingérable.

Dans ce charivari,  tout le monde accuse tout le monde et au bout du rouleau, on trouve le pays plongé dans une grave  crise institutionnelle dont il est difficile de préjuger des conséquences possibles.
Manifestement, l’Assemblée des représentants du peuple  a failli à sa mission et  son fonctionnement calamiteux témoigne amplement de l’incapacité des différentes familles politiques qui la composent de faire le distinguo entre ce qui est essentiel et ce qui est insignifiant.
Loin  de retenir la leçon de leurs  échecs, ceux qui ont été investis par la volonté populaire, ne semblent pas préoccupés outre mesure, à quelques mois de la fin de leur  mandat,  de trouver une porte de sortie honorable qui leur permet de prendre la mesure de la grave dérive  de la vie politique qu’ils ont provoquée.
Ce qu’on constate, c’est qu’ils sont résolus à  aller jusqu’au bout de leur logique assassine. L’important,  pour eux, dans cet hémicycle, transformé depuis 2014 en foire d’empoigne, en arène de combats aux desseins peu avoués, et souvent en lieu qu’ils désertent pour vaquer à leurs intérêts propres,  est de  créer les conditions d’un chaos général. Parce qu’il n’y a jamais eu de débat véritable, de volonté  de tout  mettre sur la table,  de discuter,  dans la sérénité et la responsabilité,  les problématiques qui conditionnent l’avenir du pays et celui des Tunisiens.
Tombant à la renverse, l’ARP souffre d’un profond problème de gouvernance, devenant un lieu où chacun fait ce qui lui plaît, ce qu’il veut,  sans aucun sens de la redevabilité, ni du respect de l’opinion publique qui a perdu ses illusions et toute confiance dans un système politique perverti.
Outre la recomposition décomposition permanente des groupes parlementaires sous l’effet du tourisme parlementaire, ce qui interloque c’est le comportement des présidents des commissions qui font la loi et se croient investis  de pouvoirs absolus  qui les autorisent à  prendre en otage le pays et ses priorités.
Plus de 150 projets de loi souffrent actuellement dans les tiroirs de l’ARP, dont certains ne risqueront pas de trouver la voie de l’adoption parce qu’ils ne sont ni au goût de certains, ni ne servant leurs intérêts politiciens ou les agendas qu’ils défendent.
Dès lors, ce qui s’est passé jeudi dernier  à l’hémicycle du Bardo, est loin d’être un incident, il est la conséquence directe de l’incapacité de cette institution à assumer ses prérogatives et des élus à être à la hauteur de leurs responsabilités.
Il est la conséquence de l’inconscience d’une classe politique qui ne semble pas avoir une appréciation objective des défis qui guettent le pays  et des menaces régionales persistantes qui sont à nos portes.
Il est la résultante directe de la prééminence des  considérations purement électoralistes sur toute autre chose. Ce qui fait qu’on exhume  des dossiers pour faire le buzz, on fait tout pour  empêcher que  le pays retrouve ses repères et s’arrange pour que règnent le doute, l’incertitude  et le flou.
Parce qu’ils ont tout perdu, ces acteurs  improvisent des conférences de presse, étalent des affaires instruites ou encore en cours d’examen par la justice et  instrumentalisent les médias pour faire croire aux Tunisiens qu’ils  veillent au grain.
Ils pensent qu’il est encore possible  aujourd’hui de nous faire avaler  la pilule oubliant que depuis cinq ans nos élus ont donné une image écornée de l’ARP, une image  déformée et  indigne d’un pouvoir dont les tutélaires n’ont fait que jouer aux marchands de rêves.

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