Le bouc émissaire

La Tunisie ne cesse de vivre  au rythme des scandales, des révélations parfois scabreuses  sur le dysfonctionnement de certains secteurs névralgiques, et de l’instrumentalisation à outrance des souffrances, dont le dessein consiste à  régler des comptes entre adversaires politiques.
Le secteur de la santé, malade depuis des lustres,  est devenu, en raison de son extrême sensibilité et aussi de l’impossibilité manifeste de le réformer sur des bases à la fois saines et solides, le terrain propice à toutes les instrumentalisations. A chaque drame, accident ou apparition de cas suspects, tout   le monde s’émeut, panique, crie au désastre, mais on ne daigne pas chercher les causes profondes qui sont à l’origine de la calamité.
Qu’il s’agisse de problème de nonchalance,  de négligence ou de perte d’autorité dans la  gestion des  structures de santé publique en général et des entreprises publiques en particulier,  on reste placide face au désordre qui règne. Qui n’ignore pas que la hiérarchie n’est pas respectée, que la discipline est jetée aux orties et que le respect de certains protocoles est ignoré. Cette fuite en avant collective, à l’origine de bien de malheurs, trouve son corollaire dans l’impunité de ceux qui sont responsables d’actes graves et l’impossibilité d’appliquer les lois et règlements.
Dans le cas d’espèce, avant même que les résultats de l’enquête du drame survenu, les 7 et 8 mars,  dans les services de gynécologie obstétrique de l’hôpital de la Rabta à Tunis ne soient connus,  organisations nationales et partis politiques se sont livrés à des jugements hâtifs, à une sorte de vindicte,  accusant abusivement le corps médical et s’empressant de considérer le drame  comme une affaire d’Etat.
Sans mésestimer la gravité  de ce qui s’est passé ou ignorer la peine ressentie par les parents, l’on sait que  ce n’est pas la première catastrophe du genre que connaît  le pays à cause  de dysfonctionnements graves qui sont en train d’entacher certains services sensibles et certains secteurs névralgiques. S’agissant du secteur de la santé, on a vite jeté, sans le savoir, l’anathème sur le personnel médical, entraînant la démission d’un ministre qui a pu en un laps de temps relativement court, réparer ce qui a été détruit ces dernières années par l’incompétence de ceux qui se sont succédé à ce poste et remettre ce secteur à nouveau sur la bonne trajectoire.
Ce qui est sûr, c’est que le ministre de la Santé démissionnaire a servi de bouc émissaire  idéal, et que son départ ne va pas extirper le mal à la racine. Parce qu’au départ, on a fait un mauvais diagnostic et on a administré un mauvais traitement, celui-là même qui occulte les raisons profondes de cette descente d’un secteur stratégique dans les abysses du désordre.

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Enfin,  le compte à rebours a été lancé  et la course pour les législatives et présidentielle 2019  a été engagée. En dépit  des  spéculations des uns et des prédictions de certains sondages, qui se font le plus souvent à la va-vite et dont les résultats obéissent à la loi du plus offrant, il va falloir attendre jusqu’au dernier moment pour connaître ceux qui seront capable de franchir indemnes la ligne d’arrivée.
Dans cette  course pas comme les autres,  216 partis, ne disposant pas des mêmes moyens, de la même structuration et du même référentiel, sont dans la compétition. Une course d’obstacles dont certains paraissent  infranchissables. La pléthore d’acteurs politiques  ne rime  pas nécessairement  avec  la qualité de l’action, du discours ou du programme. Leur existence est souvent factice, ne disposant  ni d’une assise populaire significative, ni d’un ancrage régional réel. Ces partis ont choisi dès le départ la voie de la facilité, préférant graviter  autour de personnes, ne réussissant  pas  au fil du temps à donner un sens au combat militant qu’ils mènent, demeurant de simples étiquettes, des caisses qui résonnent mal.
Manifestement, la bataille pour les élections s’annonce inégale. Le rapport de force est  nettement  en défaveur des petites formations  qui risquent d’être prises dans le tourbillon des calculs et du jeu des alliances des grands partis déterminés à les réduire à un rôle de comparse.
Elle s’annonce également incertaine. En effet, les partis ne semblent pas encore tirer les enseignements des Municipales 2018 et notamment de la désaffection des Tunisiens du politique.
Peut-on s’attendre à un changement notable en 2019 ? Pas sûr. Quand on sait que le tiers du corps électoral n’est pas inscrit sur les listes des votants  et que ces derniers risquent de n’être pas présents à l’appel en octobre prochain, l’on mesure les incertitudes qui entourent ce scrutin et les menaces qui pèsent sur cette démocratie naissante.
Ce qui est en jeu dans le processus de transition ballotté par des vents contraires, c’est l’alternance pacifique au pouvoir, l’équilibre entre les forces politiques et la construction d’une confiance chez  un corps électoral  habité par le doute et la désillusion  et qui n’arrive pas à se reconnaître dans sa classe politique. n

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