Fête de l’indépendance : Ne nous voilons plus la face sur le terrorisme mental!

En ce triste jour de fête de l’indépendance, le cœur n’est plus à la joie ni au mensonge; aussi ne faut-il pas que l’on continue à se voiler la face sur ce terrorisme qui mine le pays et qui est mental à la base.
Les drames qui se multiplient, déjà arrivés ou que certains prédisent, endeuillent encore plus une Tunisie de nouveau martyrisée, une Tunisie ensanglantée, mais ne demeurant pas moins ce pays au peuple toujours épris d’une farouche volonté de vivre en liberté.
Aussi, que nos autorités osent dire la vérité telle qu’elle est, nue, car on ne doit plus pratiquer la pudibonderie en politique puisque; déjà, notre religion est loin d’être prude. Il est temps qu’on l’admette et qu’on le reconnaisse ! Toute omission sera coupable en ce temps de confusion extrême des valeurs. Surtout après 63 ans d’indépendance et huit ans de supposée révolution de la dignité.
L’indépendance n’est-elle pas synonyme d’autonomie et de liberté ? Ce qui impose une parole responsable, soit le courage de la vérité.

Le terrorisme est une négation des libertés
Comme le disait Maurice Blanchot, on vit depuis quelque temps dans une époque où « le langage cessa de lier les mots entre eux suivant des rapports simples, et devint un instrument si délicat qu’on en interdit l’usage au plus grand nombre. Mais les hommes manquant naturellement de sagesse et le désir d’être unis par des liens défendus ne leur laissant aucune paix, ils se  moquèrent de cette interdiction. »
C’est que les libertés d’être ce qu’on est, de vivre et de penser en toute impunité se sont rétrécies sérieusement. Un arsenal de lois scélérates entend gérer la moindre  manifestation de vie, tuant la vie. D’autant plus que les consciences vives démissionnent de leur rôle.  Ainsi que l’assurait encore l’auteur du Dernier mot, « Elles, à qui rien n’était interdit et qui savaient s’exprimer, gardèrent le silence. Elles semblaient n’avoir appris les mots que pour mieux les ignorer et, les associant à ce qu’il y a de plus secret, elles les détournaient de leurs cours naturels. »
On est ainsi, en Tunisie, de plus en plus soumis à une loi d’airain du conformisme logique que des lois liberticides héritées de l’ancien régime ne font qu’aggraver. Or, le terrorisme n’est que le prolongement de telles lois, car il entend aggraver la dictature physique en y ajoutant une dictature morale.
Comme tout obscurantisme, il s’attaque en premier aux libertés qui sont la meilleure manière de socialisation.  C’est en étant libre que les jeunes qui ont de l’énergie la dépensent utilement, les lois les canalisant, mais ne les étouffant pas. Ce sont de telles lois d’éducation qui tirent vers le haut (c’est le sens étymologique du verbe : educare; ce qui fait leur intérêt. Or, nos lois tirent vers le bas, ce qui balise le terrain aux terroristes.

 Le terrorisme se niche aussi dans les têtes
Il nous faut avoir le courage de rappeler que les auteurs des lâches attentats endeuillant le pays ne sont que des sous-fifres, de pauvres gars soumis à des esprits manipulateurs. Ceux-ci agissent certes dans l’ombre, mais ils ont aussi des complices objectifs qui eux affichent des propos terroristes en toute impunité au vu et au su de tout le monde.
En effet, certaines figures de notre classe politique continuent de parler de l’islam — qui est fondamentalement une religion de paix — en termes de religion de jihad, chantant les mérites de la guerre sainte, se trompent ainsi de religion, car la guerre sainte n’existe pas en islam.
Aussi, quand certains parlent de Jihad, ils ne font qu’encourager le terrorisme, car il n’est plus qu’un seul jihad en islam, le jihad akbar, l’effort maximal sur soi afin de donner le meilleur exemple. Aussi, on ne fait que semer les graines du terrorisme, trompant les esprits simples des jeunes influençables qui deviennent les exécutants de telles idées fausses formant une idéologie terroriste.
Il est donc temps que les porte-paroles officiels de l’islam en Tunisie osent déclarer qu’il n’y a plus de jihad qui compte, nulle part sur terre en islam, que le jihad akbar! Or, on ne le fait pas et on n’est pas prêt de le faire, continuant de jouer avec le feu, gardant de fausses idées arrêtées sur l’islam.
Pourtant, comme disait Péguy, il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée, c’est d’avoir une pensée toute faite. Car, de telles pensées héritées d’une jurisprudence islamique obsolète deviennent dans les têtes mal faites un permis pour tuer.

La négation du terrorisme par les libertés
Seule la culture des libertés constitue le meilleur rempart contre ceux dont l’idéologie et le but sont de tuer les libertés et d’instaurer l’obscurantisme de la loi du plus fort. Car aucune police, aucune armée du monde, ne sauraient lutter efficacement contre des terroristes trouvant asile auprès de certaines franges de la population, y compris parmi les élites, qui considèrent leur combat sinon juste du moins justifié.
Ce qui fonde une telle horreur sur laquelle il ne faut plus fermer les yeux, c’est justement que nombre de nos compatriotes se sentent être des sujets d’un État dictateur et non pas des citoyens ayant des droits, vivant dignement.
C’est à ce niveau qu’il faut commencer d’agir avant de penser à la répression. Nous réussirons à mieux contrer le terrorisme qui s’attaque à notre État se voulant de droit et à nos libertés en consolidant justement ces droits et en élargissant le rayon des libertés. Certes, ce n’est pas évident à dire ni à faire ; pourtant, c’est la seule issue pour sortir de l’engrenage terroriste.
Pourquoi donc notre fête de l’indépendance n’est pas celle de la libération du dogmatisme logique et de la bienpensance ! Pourquoi ne célèbre-t-on cet anniversaire que par une langue de bois éculée au lieu d’en faire le signal d’une politique enfin transfigurée où l’on osera enfin se départir des mensonges d’une politique à l’antique pour la pratiquer comme l’art qu’elle est.
Est-il si impossible que la politique en Tunisie relève de la poésie, cette voix du cœur qui seul au cœur parle et arrive, pour paraphraser Eluard ? N’est-ce pas parfaitement possible en osant parler vrai, pratiquer le courage de la vérité sur tout, notamment les sujets sensibles, y compris la vraie nature du terrorisme, ce que les anciens Grecs nommaient parrêsia dans le cadre d’une gouvernance juste et saine de soi et des autres ?

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