Dispositif de sauvetage des entreprises: Passer à la vitesse supérieure

Un des défauts majeurs de l’économie tunisienne est le manque de densité du tissu entrepreneurial, soit le nombre limité des entreprises économiques, d’autant plus qu’il s’agit pour 98%, de PME et de TPE.
En effet, ce sont elles qui créent l’emploi et réalisent la croissance alors qu’elles sont très vulnérables, notamment lorsque la conjoncture socio-économique est détériorée à cause en particulier de la fragilité de leurs ressources financières et du manque de fonds propres. Mais il y a souvent des cas de fautes de gestion et de problèmes de gouvernance de la part de leurs dirigeants.
Il suffit que les banques durcissent les conditions d’octroi des facilités de caisse et des crédits court terme pour financer les fonds de roulement, pour que les entreprises qui ont déjà des problèmes de liquidités, réduisent leurs activités, libèrent du personnel et même risquent de fermer leurs portes et de faire faillite.
Alors que souvent, ce sont les PME qui recèlent des potentialités réelles d’innovation et de croissance, disposent de ressources humaines compétentes et mettent au point des produits compétitifs.
Elles sont en effet capables de conquérir des marchés étrangers et de concurrencer des entreprises étrangères connues sur leur propre marché.
Il est souvent plus facile sur le plan pratique, plus avantageux pour l’économie du pays et moins coûteux au niveau des concours financiers nécessaires, de sauver une entreprise en difficulté que de créer une nouvelle entreprise ex nihilo.
En effet, les entreprises existantes, même si elles connaissent des difficultés de diverses sortes, disposent de plusieurs atouts comme un portefeuille de fournisseurs et de clients, un savoir-faire technique pour ce qui est des produits fabriqués ou des services rendus, des bâtiments et des fonds de commerce, la notoriété de leurs propres marques sur le marché.
Autant de valeurs qui méritent d’être sauvegardées mais qui sont menacées de disparition si les pouvoirs publics n’interviennent pas efficacement et rapidement, surtout que depuis huit ans, le tissu entrepreneurial tunisien subit les effets néfastes de la détérioration du pouvoir d’achat de la population, de la chute du taux de change du dinar, des perturbations sociales et de l’instabilité politique, outre la pression fiscale et l’impact de la contrebande et du commerce parallèle. Le dernier-né et le plus douloureux, c’est le taux d’intérêt prohibitif des crédits bancaires. Le souci majeur des pouvoirs publics consiste à maintenir sinon renforcer le tissu entrepreneurial.
Il existe bien un dispositif “SOS entreprises en difficulté” qui a travaillé des années et sauvé des dizaines d’entreprises, mais il n’avait pas à sa disposition un instrument financier pour veiller à la mise en œuvre du programme de sauvetage préconisé.
Les pouvoirs publics ont prévu dans le cadre de la loi de Finances 2018, votée en décembre 2017, déjà un fonds comportant 400 MD destiné à injecter des capitaux pour sauvegarder les entreprises en difficulté sur trois ans.
Appelé “Fonds d’appui et de relance aux PME”, il s’est donné comme objectif ambitieux le sauvetage de 600 entreprises sur trois ans : une tâche colossale. Comme l’administration se hâte lentement et comporte des complexités bureaucratiques, le décret d’application n’a été promulgué qu’en septembre 2018 : les entreprises en difficulté ne pouvaient que patienter.
Il faut dire que la procédure adoptée, même si elle est judicieuse, est trop longue, ce qui ne peut que réduire les chances d’aboutir à temps pour abolir les obstacles et relancer les PME en difficulté.
Le résultat est actuellement le suivant : en six mois, 21 entreprises seulement ont pu bénéficier de 43 millions de dinars de financements alors que 200 entreprises ont déposé leurs dossiers, soit 10% des prétendants.
C’est que la structure qui a pris en charge la gestion du Fonds est certainement réduite en personnel et en équipements par rapport à la responsabilité qui lui incombe et a besoin de voir ses moyens renforcés par les pouvoirs publics alors que l’enjeu est de taille.
Il faut dire que le COPIL (Comité de pilotage du pôle sauvetage des entreprises en difficulté) ne se réunissait qu’une fois toutes les trois semaines. C’est peu, il faudrait une réunion par semaine si on veut être vraiment efficace.
La procédure adoptée, c’est la désignation d’un expert qui met trois mois pour étudier les problèmes de l’entreprise et élaborer un plan de sa restructuration, en rapport étroit avec les responsables de l’entreprise en difficulté.
L’ensemble du dossier est alors présenté pour approbation au COPIL qui regroupe les représentants de plusieurs ministères concernés ainsi que l’UTICA et l’UGTT.
En cas d’avis favorable, c’est l’expert ayant étudié le dossier qui prend en charge le suivi de l’application du plan d’action retenu.
Le déblocage se fait par tranches en fonction de l’avancement des actions prévues. Il comporte le rééchelonnement des dettes à des conditions préférentielles, c’est le TMM +2,5% par an avec une année de grâce. On ne peut pas dire que c’est un “cadeau” pour l’entreprise en difficulté, mais aussi l’accès à un fonds participatif pour le financement du fonds de roulement lorsqu’il s’agit de stockage de matières premières.
Il arrive souvent que le plan de restructuration comporte un volet social et humain lourd avec mise à la retraite anticipée ou tout simplement licenciement économique d’une partie du personnel pour alléger le poids des salaires et charges sociales.
Le personnel mérite d’être pris en charge, pas seulement par le biais d’un dédommagement équitable, mais aussi à travers une formation de reconversion et une réorientation vers d’autres secteurs et spécialités recherchées.

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