Tahya Tounes monte sur scène, mais où réside la nouveauté ?

Pour sa première conférence de presse organisée après une série de réunions partisanes, Tahya Tounes a voulu, par la voix de son coordinateur général Slim Azzabi, insister sur son caractère démocrate. « Nous voulons construire un parti basé sur des institutions. Finis les partis fondés sur les personnalités », a assuré ce dernier. C’était également l’occasion de revenir sur le processus électoral qui conduira à élire les responsables locaux, régionaux et nationaux du parti. Un discours bien préparé par Slim Azzabi qui a aussi habilement répondu aux questions des journalistes sur les liens avec Youssef Chahed et Ennahdha. Néanmoins, un citoyen tunisien, dans la conjoncture actuelle, est plus préoccupé par son pouvoir d’achat et son niveau de vie. Et sur ce plan, Tahya Tounes semble avoir manqué sa cible en brandissant, à tout-va, l’image d’un parti qui se veut différent et démocrate. Retour sur les minutes de cette conférence de presse..

Risque d’un scénario à la Nidaa Tounes ?
Notons que Slim Azzabi a réagi à plusieurs questions brûlantes. Sur une éventuelle rencontre avec Ridha Belhaj, « Revenant » à Nidaa Tounes, il a formellement démenti les déclarations de Sofiene Toubel, président du bloc parlementaire de Nidaa Tounes, qui a affirmé que Belhaj aurait rencontré Azzabi pour comploter contre Nidaa Tounes. « Je n’ai pas rencontré Ridha Belhaj et nous ne prenons pas ses déclarations au sérieux. Nous ne nous occupons d’aucun parti, que ce soit Nidaa Tounes, Ennahdha, le Front Populaire ou autre. Nous voulons construire un parti des institutions. C’est notre seul souci », a-t-il assuré.
Au sujet d’une éventuelle alliance avec Ennahdha après les élections, Azzabi a souligné que ce sont les citoyens qui trancheront sur cette question à travers les urnes. D’un autre côté, la ferveur qui a accompagné le lancement de Tahya Tounes risque de ternir après les élections, d’autant plus que le parti, étant l’un des rejetons de Nidaa Tounes, risque d’hériter des mêmes problèmes qui ont causé la perte des nidaïstes après 2014 : lutte de pouvoir et machine électorale. Sur ce plan, Azzabi a assuré que la démocratie interne permettra d’éviter les dérapages et l’implosion. « La Tunisie n’a pas besoin d’une machine électorale, mais d’institutions solides », a précisé Azzabi, qui a également été interpellé sur la question du financement du parti. « Tout est financé par les adhérents. Le dossier de la constitution de Tahya Tounes a été transmis aux autorités compétentes. Nous n’avons pas de frais fixes pour l’instant, mais ce sera chose faite une fois le VISA obtenu. Nous allons accorder une attention particulière à la transparence de nos financements », a-t-il expliqué.

Youssef Chahed et Tahya Tounes : des liens ambigus
Autre question brûlante : les liens entre Youssef Chahed et Tahya Tounes. Avec une certaine habileté, Azzabi a assuré que le Chef du gouvernement n’a aucun lien avec le parti et qu’il n’a assisté à aucune réunion. Or, il n’a pas exclu l’intégration de Chahed en tant que président ou sa candidature aux présidentielles. « Nous soutenons Youssef Chahed pour garantir la stabilité politique. Il pourra, néanmoins, être élu, mais pas maintenant. Laissons le parti se construire », a expliqué le coordinateur général. De ce fait, il n’y a aucun doute que Chahed, tôt ou tard, prendra ses quartiers chez Tahya Tounes. D’ailleurs, on savait déjà que le parti a été spécialement conçu pour qu’il puisse entamer sa course électorale. Ce n’est qu’une question de temps. Restera-t-il à la tête du gouvernement ou démissionnera-t-il ? Là est la vraie question.

Le point sur le processus électoral
Le processus électoral du parti va s’étaler, selon Slim Azzabi, sur la période mars-avril 2019 :

  • Du 2 au 17 mars : campagne pour les adhésions;
  • Du 17 au 24 mars : dépôt des listes électorales et des listes des adhérents;
  • Du 25 au 31 mars : adoption des listes électorales;
  • Du 1er au 12 avril : logistique et distribution des listes;
  • Du 13/14 au 20/21 avril : élections dans tous les bureaux du parti;
  • Du 22 au 28 avril : tri et annonces des résultats.

« Les élections commenceront dans les 370 bureaux locaux pour élire 15 membres pour chaque bureau. Ensuite, au niveau des 33 bureaux régionaux, 13 membres seront élus pour chacun d’entre-eux. Les secrétaires régionaux seront aussi élus. Enfin, il ne restera plus qu’à élire les membres du Conseil National. Le président de la liste gagnante deviendra le secrétaire général de Tahya Tounes », a expliqué Slim Azzabi.
L’objectif, poursuit-il, est de parvenir à mettre en place un parti bien constitué, démocrate, d’ici le 21 avril 2019. Un grand meeting populaire sera organisé par la suite.

Tahya Tounes a-t-il manqué sa cible ?
Tout beau, tout neuf, avec les expériences du passé en tête : c’est ainsi que Slim Azzabi a voulu présenter Tahya Tounes. Un parti qui rétablira, selon lui, la confiance entre le peuple et la politique, qui sera démocrate et qui travaillera sur les réformes.
Un très beau discours, mais que l’on entend sur les bouches de tous les acteurs politiques en Tunisie, quelle que soit leur appartenance. Il est, certes, important qu’un parti politique soit démocrate, mais il ne s’agit pas forcément de la principale préoccupation des tunisiens. Ces derniers ont d’ores et déjà entendu ces discours en 2011, 2014 et 2018 lors des élections municipales, et la conséquence est grave : un rejet de la politique et une abstention qui prend de l’ampleur au fil des années. Un constat qui témoigne du ras-le-bol du tunisien qui connaît, aujourd’hui, ces chansons par cœur.
Tahya Tounes, ou autre, peut constituer une force intéressante pour équilibrer le paysage politique. Ce qui importe, est que le parti politique, quel qu’il soit, soit réaliste, doit s’éloigner des promesses farfelues non  faciles à tenir, être à l’écoute des besoins des citoyens et élaborer des programmes économiques et sociaux bien étudiés et réalistes. Et là encore, le chemin est encore long, très long, et ce n’est pas Tahya Tounes, du moins pour le moment, qui va changer la donne.

Fakhri Khlissa

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