Promotion de l’investissement: Un manque flagrant de cohérence

Dans la conception et la mise à exécution des politiques publiques à caractères économique et financier, il devrait y avoir au niveau du gouvernement, le moins que l’on puisse dire, une cohérence parfaite et une coordination rigoureuse entre les différents organes et institutions qui en dépendent.
Il s’agit d’optimiser les résultats et les conséquences attendus, suite à la mise en application de ces politiques.
Sur le plan pratique, on constate souvent des discordances et des contradictions qui constituent des entraves et des obstacles à la réussite de ces politiques publiques.
En effet, le gouvernement a pour objectif prioritaire la réalisation d’un taux de croissance économique élevé sur les moyen et long termes, afin de réduire le chômage et d’améliorer les conditions de vie de la population.
Or, le principal moteur de la croissance économique étant l’investissement, le gouvernement doit veiller à le promouvoir par tous les moyens. C’est dans ce but qu’il se doit de favoriser les conditions de financement des projets de développement par les banques au profit des promoteurs privés.
C’est ainsi que les taux d’intérêt relatifs aux crédits moyen terme doivent être bas sinon abordables et compatibles avec la rentabilité des projets et les capacités de remboursement des patrons de PME.
Cependant, ce n’est pas ce que nous pouvons constater sur le marché bancaire : des crédits rares, des difficultés au niveau de la liquidité bancaire et des taux d’intérêt élevés ou très élevés.
TMM +3% à 5% en moyenne, soit un taux d’intérêt de l’ordre de 10 à 12% par an, ce qui est beaucoup.
Les trois augmentations successives du taux d’intérêt directeur par la BCT ces derniers mois, se sont répercutées sur le taux du marché monétaire (TMM) : 6,75% pour surenchérir sur le taux d’intérêt relatif aux crédits bancaires et gripper la “machine de l’investissement” déjà en souffrance suite à la morosité du climat socio-politique et à la crise de confiance.
Voici que la BCT en date du 18 février vient d’ajouter au taux directeur 1%, soit en tout 7,75%, ce qui revient à un TMM à 8 ou 8,25%.
La politique de lutte contre l’inflation pratiquée par la BCT n’est pas du tout en phase avec la promotion de l’investissement recherchée par le gouvernement.
L’objectif principal de la BCT semble être, en matière de politique monétaire, la lutte contre l’inflation qui a largement dépassé depuis plusieurs mois le cap très inquiétant, sinon désastreux, des 7% par mois de façon constante et dans la durée.
D’où les multiples relèvements du niveau du taux d’intérêt directeur. Or, non seulement cela ne s’est pas révélé tout à fait efficace pour calmer le taux d’inflation mais a été presque fatal pour ce qui est du taux d’intérêt relatif aux crédits bancaires destinés aussi bien aux particuliers qu’aux entreprises.
En effet, l’inflation obéit également à des causes autres que l’excès des liquidités sur le marché comme la chute du taux de change du dinar, aux déficits croissants du commerce extérieur, à la contrebande et à l’excès de cash dans le commerce parallèle, outre la spéculation effrénée pratiquée par certains intermédiaires, le manque de contrôle et de maîtrise des circuits de commercialisation.
En outre, le code de l’investissement adopté en 2016 et les trois décrets d’application publiés par la suite, n’ont pas été considérés par les investisseurs comme particulièrement motivants et attractifs.
Ils n’ont pas été améliorés entre-temps. Les nouvelles instances créées par le nouveau code ne sont pas encore opérationnelles, elles “sont en double emploi” avec les institutions actives actuellement. On a ajouté de la bureaucratie à la bureaucratie, sans pour autant avoir apporté une valeur ajoutée au niveau des délais ou de la qualité des services.
Par ailleurs, une fiscalité lourde et abusive à supporter par les entreprises appartenant à tel ou tel secteur d’activité, constitue un facteur néfaste et décourageant pour les investisseurs éventuels, d’autant plus qu’il y a une grande évasion et une forte inégalité fiscale lorsqu’on pense au secteur informel, à la contrebande et aux privilèges accordés aux forfaitaires.
Par ailleurs, le gouvernement veut résoudre la crise du logement qui fait surenchérir le coût des loyers, mais le ministère des Finances impose une TVA lourde sur le prix des matériaux de construction après avoir supprimé la compensation de l’énergie sur ces matériaux et sur le prix des logements construits par les promoteurs immobiliers.
Le résultat des courses, c’est un stock de logements construits et invendus de plusieurs milliers et 5 milliards de dinars d’encours de dettes bancaires non remboursées par les promoteurs immobiliers. 

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