Mobilité des compétences : Quelle contribution au développement du pays ?

«Mobilité des compétences » est la dénomination courtoise adoptée dorénavant dans l’hexagone et les institutions européennes pour qualifier l’émigration des cerveaux, un phénomène qui prend une ampleur inquiétante pour notre pays et ceux du rivage sud de la Méditerranée, au profit des pays de l’Europe occidentale qui accueillent à bras ouverts des compétences qui ne leur ont pas coûté un sou pour leur formation.
En effet, ces derniers commencent à souffrir de déserts médicaux dans certaines zones rurales, d’insuffisances au niveau des ingénieurs informaticiens, d’un déficit de gynécologues et d’anesthésistes-réanimateurs dans les hôpitaux, d’enseignants universitaires-chercheurs dans certaines disciplines scientifiques, d’infirmiers spécialisés et de sages-femmes,…
Les compétences tunisiennes de haut niveau installées à l’étranger n’étaient que quelque milliers avant 2010, notamment en France et en Allemagne.
C’est depuis 2011 que le mouvement avait pris une ampleur considérable suite aux perturbations socio-politiques et à la détérioration des conditions de vie avec l’effondrement du pouvoir d’achat. Selon l’Association tunisienne des professionnels des ressources humaines, le départ des diplômés est passé de 8300 en 2010 à 95.000 en 2018, dont 45.000 enseignants du supérieur et 2500 ingénieurs.
Selon l’UGTT, 630 médecins seraient partis de 2011 à 2018. Le total pourrait atteindre 900 fin 2019 et 2700 en 2022.
Pourquoi cet exode ?
Il faut dire qu’il y a un chômage chronique massif et inacceptable de diplômés, en médecine générale et d’ingénieurs, toutes spécialités confondues dont l’agronomie, qui se comptent par milliers.
Ensuite, le montant des salaires proposés par les employeurs publics et privés, frisent le ridicule, compte tenu du coût de la vie en flambée permanente.
Enfin, la détérioration des conditions de vie avec des perturbations sociales cycliques pousse les jeunes diplômés à des aspirations morales et matérielles meilleures, ailleurs.
Certes, il s’agit d’une perte sèche pour la nation, mais la faute incombe aux politiques qui n’ont pas su ou voulu assurer une croissance économique créatrice d’emplois dignes et de rémunérations convenables.
Il y a lieu de constater que les Tunisiens qui partent s’installer à l’étranger reviennent toujours un jour ou l’autre et restent très utiles pour leur pays et leurs parents.
D’abord, ils cèdent leurs emplois à ceux qui n’en ont pas, ensuite, ils envoient de l’argent à leurs parents et peut-être qu’ils investiront dans l’implantation d’un projet économique, créateur de richesse dans leur pays natal.
Cependant, tout cela est insuffisant vis-à-vis des impératifs du développement du pays en cette période cruciale de crise économique, en raison du potentiel énorme des TRE.
C’est pourquoi, après avoir tatonné pendant des dizaines d’années, l’Office des Tunisiens à l’étranger vient de prendre un tournant stratégique, en cherchant à associer les compétences tunisiennes implantées à l’étranger et actives dans les secteurs scientifique, économique et culturel, à la promotion du développement dans le pays natal.
Il s’agit de mettre en place un partenariat fructueux en matière de transfert de technologie et de développement de la recherche scientifique.
Le Directeur général de l’OTE, Abdelkader Mhadhbi, vient de signer avec l’Association Alyssa, basée à Lille, une convention portant sur la mobilisation des compétences tunisiennes à l’étranger, en présence d’une vingtaine de compétences appartenant aux domaines scientifique, économique, technologique et médical avec à leur tête Mongi Zidi, PDG du Groupe Archimed. Il s’agit de la mise en place d’une plate-forme une base de données informatisée  des associations tunisiennes à l’étranger qui devrait être créée pour servir de hub d’appels à projets dans différents domaines d’action : rencontres à caractère économique, expositions, manifestations, culturelles, salons, échanges de visites…
Il s’agit de recenser les élites tunisiennes, les identifier, les inviter à participer aux évènements et actions à caractère scientifique ou économique.
Mais aussi les impliquer dans les programmes de développement à réaliser en Tunisie.
Une stratégie de développement économique et scientifique devrait être mise en place en coopération entre institutions dans les pays d’accueil et les autorités tunisiennes.
Mais à propos des TRE, à quoi sert le conseil supérieur de l’émigration ? Dans notre pays, l’arsenal législatif est probablement le plus riche au monde, mais peut-être aussi le plus défaillant au niveau de la mise en application.
En effet, depuis sa création, il ne s’est jamais réuni ou  peut-être une fois pour le principe, il n’a adopté des recommandations et encore moins arrêté un plan d’action.
L’action des pouvoirs publics devrait se focaliser sur un partenariat entre TRE et mère-patrie en termes d’investissements, de projets à financer et d’emplois à créer.
Mais il faudrait aussi dépasser la problématique des privilèges fiscaux à accorder aux TRE et le montant des transferts annuels en devises.
Certes, il y a plusieurs associations regroupant des hommes d’affaires installés à l’étranger notamment en Europe occidentale où résident 50% de la colonie tunisienne, 20% en Amérique du Nord et 15% dans les pays du Golfe.
Mais les pouvoirs publics ne sont jamais arrivés à les motiver en faveur du développement du pays, faute d’un “projet mobilisateur” en termes de profit financé garanti ou encore d’un objectif noble comme le sauvetage de la patrie en péril.

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