Les raisins du laxisme

La semaine qui vient de s’écouler  a été riche en événements et  en rebondissements autant   inattendus que tragiques. Ils ont conforté   l’idée du délitement du rôle de l’Etat, de l’affaiblissement des institutions et de la difficulté,  dans cette jeune démocratie qui connaît une période de fortes  turbulences, de consacrer le droit et la loi.
Le dérapage continu que ne cesse de connaître la Tunisie, ne passe plus inaperçu et plusieurs organisations internationales  commencent à attirer l’attention  sur les risques qui peuvent découler d’une forte bipolarisation de la vie politique et de l’exacerbation des tensions qui peuvent remettre la Tunisie sur la voie d’un régime autocratique.
Le laxisme, l’inefficacité et l’absence d’une volonté de conduire le changement tant annoncé mais qui peine à se concrétiser,  restent les traits dominants d’un quotidien qui ne cesse de susciter des questionnements lancinants et des appréhensions de plus en plus vives.
En effet, dans la course prématurée aux prochaines élections, tout indique que le pays est en train de perdre ses repères et que la plupart des  acteurs politiques sont en train de s’affairer, chacun selon  sa manière et chacun selon ses moyens,  ajoutant  leur touche à un cafouillage qui ne fait que rendre la visibilité encore plus difficile et les perspectives encore plus incertaines.
Résultat, on se réveille de surprise en surprise et on n’arrive pas souvent à saisir la portée de ce qui se passe, de ce qui se trame et de ce qui nous attend.
Deux cas illustrent bien ce regain de pessimisme qui commence à habiter les Tunisiens et de doute qui ne finit pas de les ronger.
Les révélations diffusées sur l’école coranique  de Regueb (Sidi Bouzid) et les réactions,  contradictoires et  parfois étonnantes de certaines parties qui ont dévoilé leur vrai visage,   tout en donnant froid dans le dos, ont révélé au grand jour le travail de sape que ne cessent  de déployer certaines organisations sous couvert de la société civile, pour changer l’ordre social et  l’Etat civil.
Manifestement, cette affaire grave a  été le révélateur de l’inefficience de l’appareil de l’Etat, du laxisme des pouvoirs publics et de la défaillance affligeante des  autorités régionales, qui ont laissé à « ces couveuses de terroristes » la voie libre pour embrigader des jeunes et pour fonctionner selon le modèle taliban.
Au moment où l’on commence  à croire que le spectre du terrorisme est presque endigué, on s’aperçoit subitement que le ver est bel et bien dans le fruit. Médusés, la plupart des Tunisiens découvrent que ces cellules dormantes ont continué à tisser leur toile, utilisant tous les moyens pour  créer des structures parallèles aux institutions publiques.
En dépit de l’onde de choc provoquée par cette affaire sordide,  dont sont victimes des jeunes déscolarisés, l’on découvre que l’école de Regueb est loin d’être  un cas isolé. Rapidement, les langues se sont déliées pour dénoncer l’existence d’écoles similaires,  un peu partout dans le  pays, prodiguant les mêmes enseignements, exploitant des jeunes et les embrigadant.
Le deuxième cas nous vient des accords signés jeudi et samedi au forceps entre l’UGTT et le gouvernement pour les augmentations salariales dans la fonction publique et le secteur de  l’enseignement secondaire. Des accords qui viennent mettre un terme à un long bras-de-fer  qui  a fini par  constituer  une menace sérieuse pour la sécurité du pays et sa stabilité sociale.
Au-delà du prix fort que la communauté nationale aura à payer de cet arrangement de dernière minute, l’on peut dire que le pays a pu éviter une autre grève générale de la fonction et des entreprises publiques et pour le secteur de l’éducation, une année blanche dont les conséquences auraient pu être désastreuses.
Même si en guise de consolation, les responsables politiques se sont félicités de ce deal, arguant que la paix sociale n’a pas de prix, l’on ne peut qu’être circonspect sur l’impact des augmentations décidées sur des équilibres financiers publics  déjà fragiles et sur une stabilisation  réelle de la situation sur le front social.
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Il faut avouer que les accords signés, dans la douleur et au bout d’un marchandage haletant,   ont montré que ce n’est pas le dialogue qui a triomphé, que le compromis a été impossible à trouver, mais que le rapport de force,  disproportionné, a été l’élément décisif dans l’épilogue de ces deux dossiers. Ce n’est pas la raison qui a prévalu, ni même le sens de la responsabilité. Le gouvernement a dû céder, se soumettre au diktat de l’UGTT, pour éviter que la situation ne se dégrade davantage,  que la colère enfle.
Malgré le soulagement ressenti par les uns et les autres, tout indique que ces accords ne résolvent en rien les problèmes de fond dont souffrent et la fonction publique et le secteur de l’enseignement.
Quant à la paix sociale, elle risque d’être de courte durée. L’UGTT, consciente de son omnipotence, reviendra à la charge encore plus forte et plus déterminée en juillet prochain  pour imposer sa volonté et ses choix.

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