La Tunisie trahie

La Tunisie s’enfonce  chaque jour  encore un peu plus au fond d’une  crise politique, économique, sociale et morale sans fin. Pour la classe politique comme pour les acteurs sociaux, il n’existe plus aucune limite à leurs incohérences, à leurs ambitions démesurées d’accaparation ou d’abus  du pouvoir  et à leurs insoutenables errements. Un peu plus de huit ans après le 14 janvier 2011, le pays est en train, non seulement de faire du surplace, mais d’accomplir de grandes enjambées en arrière, sur tous les fronts et de payer un  prix extrêmement lourd, l’incompétence de ses dirigeants et l’insouciance assassine de ses élites et de sa classe politique.
La dégradation des services publics, les conditions de vie des citoyens dans les régions défavorisées, le dysfonctionnement des services administratifs, le laxisme et le manque de transparence des procédures, l’incapacité manifeste à faire face à la corruption, à redonner confiance et espoir aux Tunisiens, le blocage des réformes essentielles, l’exacerbation du malaise social, la baisse de la productivité, la montée du chômage, de la pauvreté, de  l’inflation, de l’endettement extérieur du pays, la détérioration  des indicateurs économiques  notamment en matière d’investissement, de croissance, d’épargne, et la liste est encore longue, témoignent d’une faillite collective, d’un dérapage  et d’une responsabilité non assumés.
Au regard du bilan catastrophique dont on ne fait que constater, dans une quasi impuissance,  les dégâts, l’on ne peut que conclure que  le pays a été trahi, par ceux-là mêmes qui ont été censés le sauver et le mettre sur la bonne orbite. Par ceux qui ont dirigé à hue et à dia un pays,  qui a perdu ses repères et qui cherche désespérément à rebondir, sans y parvenir réellement faute de volonté et de vision.
Manifestement, à toutes les promesses miroitées par les uns et les autres, c’est tout à fait  le contraire qui s’est produit,  par l’incompétence des équipes dirigeantes, leur insouciance, leurs mauvais calculs et leur agrippement au pouvoir et par l’incohérence également d’une opposition incapable de présenter une alternative sérieuse, aux Tunisiens et dont le discours est resté d’une indigence affligeante.
Les  résultats de ces errements collectifs ne se sont pas fait attendre. La Tunisie, trahie par ses élites, ses hommes politiques, ses organisations de la société civile, parait plus que jamais prise dans une sorte de tumulte  et d’une insouciance générale qui ont transformé le  prestige de l’Etat en un leurre, dévalorisé le  travail,  fait perdre à l›effort  ses vertus, au compromis sa noblesse et aux intérêts du pays leur caractère prioritaire.
Un pays  qui, face aux  graves évolutions qu’il est en train de subir, donne l’impression qu’il va à vau-l’eau, et qu’il souffre terriblement d’un manque de vision par la faute de ses dirigeants et de toutes les autres forces politiques sociales qui ont sacrifié tout, au profit de ce qui est immédiat, négligeant ce qui permet de construire un projet, une alternative et de redonner espoir.
En effet, face au risque d’effondrement de l’économie du pays et du système de sécurité sociale, nos dirigeants se complaisent dans une posture passive et attentiste qui les rend vulnérables à toute sorte de marchandages. Au moment où tous les intérêts devraient verser vers l’identification de solutions urgentes, la mise en œuvre des réformes essentielles et la mobilisation des Tunisiens pour qu’ils participent à cet effort colossal, nos dirigeants se sont englués dans les détails, la gestion improvisée des crises dont ils ont occulté les raisons profondes. Ils n’ont pas su communiquer, prendre les Tunisiens pour témoins, tout en continuant à jouer les pompiers face à la recrudescence des difficultés, l’amplification des tensions et l’exaspération du malaise dans la société. Ils ont continué à négocier des augmentations de salaires au moment où les caisses du pays sont presque vides, les fonds alloués à la création de richesses inexistants ou presque et à céder aux pressions de syndicats qui ont pris le pli de remuer le couteau là où il fait plus mal.
Toutes les forces politiques concentrent leurs forces,  leurs moyens  au cours de cette année électorale décisive, pour renforcer leur positionnement, trouver les meilleures alliances possibles qui leur permettent de  se maintenir au pouvoir ou  enfin en fouinant  dans les archives  pour ressortir à grands fracas, des scandales tus  pendant plus de quatre ans, afin de déloger ceux qui continuent  à s’agripper au pouvoir.
Face à un quotidien difficile, complexe et à l’urgence d’entreprendre et de solutionner, la classe politique a perverti son action, en se focalisant sur ce qui est infiniment insignifiant, sur ce qui divise et désoriente.  Face à cette défaillance collective, à  l’incapacité d’impliquer le Tunisien et de lui dire la vérité, peut-on s’offusquer pour ses excès, son appréciation approximative des défis auxquels le pays est confronté et pour le peu de confiance qu’il accorde à ceux qui tiennent actuellement les rênes du pouvoir ?

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