ISIE : discrimination négative !

Il est plus que surprenant, voire même aberrant, de voir ceux qui sont censés faire respecter les lois et à plus forte raison la Constitution, enfreindre ces textes sans aucune gêne.
On a longuement attendu, et à la fin applaudi, le vote des nouveaux membres de l’Instance supérieure indépendante des élections pour être rassuré sur l’avenir des échéances électorales à venir, particulièrement celles de 2019.
Le président de l’Instance ayant été élu directement par les représentants du peuple, il restait à élire au sein même de l’instance un vice-président. Ce qui vient d’être fait.
Il faut préciser que pour ce faire, c’est à dire élire le nouveau vice-président, on était censé respecter les impératifs dictés par le chapitre II de la loi sur les dispositions communes aux Instances constitutionnelles portant sur les règles d’organisation et de gouvernance et qui stipule que si le président de l’Instance est un homme, le vice-président est une femme et l’inverse est vrai. On ne peut être plus clair en matière de respect de la parité.
Il était donc très normal que l’adjointe de Nabil Baffoun soit une femme. Nos illustres membres, nouveaux comme anciens, de l’ISIE ont décidé qu’il en soit autrement.
Et c’est l’AFTURD qui vient d’en rendre compte pour dénoncer les résultats des élections qui viennent d’avoir lieu au sein de l’instance. Pour un premier exercice de la pratique démocratique, c’est raté.
En effet le principe de la parité tel que dicté par la loi n’a pas été respecté et ce malgré la présence d’une nouvelle venue au sein du conseil de l’instance de la catégorie juge administratif.
Hasna Ben Slimane, puisque c’est d’elle qu’il s’agit s’est portée candidate au poste de vice-présidente en exigeant le respect du principe de la parité. Les membres mâles en ont voulu autrement.
Et ce ne sont pas les dénonciations de ce comportement qui manqueront à commencer par l’association des femmes tunisiennes de recherche sur le développement qui ira très loin dans sa mise en question de ce qui venait de se passer à l’ISIE.
L’association rappellera dans ce contexte les dispositions de la loi N° 58 de l’année 2017 portant élimination de toutes les formes de violence à l’égard de la femme stipulent, entre autres, qu’est considéré comme un acte d’agression politique la privation de la femme ou de son empêchement de s’adonner à toute activité politique, partisane ou associative ou de n’importe quel autre droit ou liberté des droits et libertés fondamentales d’une basée sur une discrimination entre les genres.
Les instances constitutionnelles sont appelées à jouer un rôle essentiel dans la consécration des principes démocratiques, en général, et plus particulièrement celles contenues dans la Constitution. Ce rôle leur confère la responsabilité de respecter ces principes à l’intérieur de leurs conseils et dans leurs pratiques.
Il semble que les membres de l’ISIE ont oublié ces principes ou en ont fait fi pour s’accommoder dans un partage injuste, inéquitable voire sexiste.
L’ISIE, de par sa fonction première de gardien du respect des règles électorales et de veiller à ce que les principes fondamentaux de la constitution et ceux contenus dans les textes de loi soient appliquées par tous a failli à ce devoir dans le premier exercice que les nouveaux membres ont eu à vivre.
L’enracinement du principe de la parité au sein des instances indépendantes, particulièrement au sein de l’ISIE est de nature à encourager son adoption et sa consécration à travers tous les centres de décision et de pouvoir, ce qui permettrait une représentativité juste de la femme.
Il est important pour tous, membres de ces instances de prendre conscience que la consécration des principes fondamentaux de la constitution et des lois qui en émanent nécessitent une volonté effective pour leur consécration. Les ignorer ou ne pas les respecter rendrait caduque la constitution elle-même ou pourrait en faire un simple texte d’illustration.
Réveillez-vous messieurs, car vous n’avez pas le droit à ce genre d’erreur.
La société civile de son côté doit continuer à être sur le qui vive et poursuivre son action de sensibilisation sur la nécessité d’adopter la reconnaissance effective du principe de la parité et de l’égalité parfaite entre l’homme et la femme. Cela est indispensable pour la consolidation du processus démocratique dans le strict respect de la constitution.
L’indépendance commence par le respect des lois et par le fait de se débarrasser des préjugés machistes.
A bon entendeur… le mal étant déjà fait.

 

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