Quels remèdes aux incertitudes ?

 Malgré l’apaisement des tensions sociales, l’économie tunisienne se trouve encore sanctionnée par un climat d’incertitude politique sans précédent. En effet, et en dépit de tout, l’année 2018 qui touche à sa fin, ne sera pas aussi mauvaise que ne le pensent de nombreux experts.

 Malgré les houleuses tractations politiques, souvent non justifiées, la Tunisie affiche une croissance de 2,5% au troisième trimestre. Les projections pour l’année entière indiquent une croissance de 2,6%. Une croissance qui est tirée par les secteurs agricole et touristique. L’industrie, bien qu’étant passée en zone positive, n’a pas encore retrouvé ses rythmes antérieurs.
Cependant, de nombreux dysfonctionnements continuent de freiner la croissance. En effet, avec 10% du PIB de déficit courant, le dinar poursuivra sa baisse et l’inflation remontera à des niveaux plus élevés. De même, et malgré la pseudo maîtrise du déficit à 4,9% pour l’année 2018, la tension sur les finances publiques reste entière et la dette publique risque d’augmenter davantage.
Le chômage est resté à son niveau élevé et l’inflation est toujours sur une trajectoire haussière affectant négativement le pouvoir d’achat.

Quelles perspectives pour 2019 ?
Pour 2019, le gouvernement, la société civile et les citoyens doivent prendre conscience de la gravité de la situation et s’attendre surtout à des lendemains difficiles. En effet, il n’est peut-être pas utile de rappeler que l’année 2019 est une année électorale, et qu’il est difficile de mener des réformes surtout que la campagne électorale commence prématurément à battre son plein. L’économie tunisienne nécessite davantage d’actions dans de nombreux domaines car, même si la croissance repart doucement, les risques et les dangers ne se sont pas totalement écartés.
Les risques pour 2019 sont, bien entendu, d’ordre économique et plus particulièrement budgétaire et ce, malgré les efforts du gouvernement. Ce dernier doit rechercher, à chaque fois, des recettes supplémentaires pour combler des dépenses imprévues ou du moins non programmées et qui sont devenues ces dernières années trop nombreuses. La situation des entreprises publiques est très inquiétante. La compagnie Tunisair s’est habituée aux retards et les départs à l’heure sont devenus une exception et cela, sans parler de l’état lamentable des appareils. Les caisses sociales, quant à elles, continuent d’accumuler des déficits qui peuvent devenir insupportables pour le budget de l’Etat si la loi sur les retraites n’est pas rapidement votée. Il y a lieu aussi de trouver une solution aux déficits croisés entre les entreprises publiques elles-mêmes, qui ne cessent de s’amplifier, augmentant le risque d’une faillite systémique.
L’autre risque est celui lié à la masse salariale. En effet, en plus des augmentations injustifiées accordées cette année, le gouvernement doit également faire face à de nouvelles tensions avec des corps spécifiques comme ceux des enseignants, etc. Cette situation est très risquée, car au moment où la croissance peine à revenir, le gouvernement est contraint d’aller chercher des recettes supplémentaires pour couvrir des dépenses non vitales mais qui risquent de tuer dans l’œuf toutes prémices de reprise. Pis encore, le budget de 2019 est équilibré avec 10 milliards de besoins de financement. Une enveloppe difficile à mobiliser dans le contexte actuel.

Risque de change et de liquidité
Les risques majeurs en Tunisie en 2019 concernent la poursuite de la baisse du dinar et le risque de liquidité. En effet, et du moment que le déficit courant continue de s’élargir, la dépréciation du dinar est presque mécanique. Ainsi, à ce rythme, il n’est pas impossible que l’euro s’échangera contre quatre dinars, voire même plus. Ceci aura d’importantes conséquences sur l’inflation et aussi le service de la dette. L’autre risque a trait à la disponibilité de la liquidité. En effet, les banques sont à sec de liquidité et les dépôts continuent d’augmenter beaucoup moins vite que les crédits. De nombreuses banques ont entamé des restrictions de retrait de l’argent liquide et ce phénomène pourrait s’aggraver davantage en 2019.

Fuite des compétences
Le phénomène de fuite des compétences de l’Administration tunisienne est devenu plus qu’inquiétant. En effet, l’Administration tunisienne, qui a toujours bénéficié d’une administration de très haut niveau, est accusée de corruption et de tous les maux de la Tunisie. Aujourd’hui, il y a un phénomène d’immobilisme, voire de démission de l’Administration. Le gouvernement aura la lourde tâche, non seulement d’arrêter l’hémorragie, mais de rassurer les fonctionnaires, car il n’y a pas pire que l’immobilisme et l’ignorance d’une administration.

Quelles voies de sortie ?
Malheureusement, les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées et il faut être prudent… tout en prenant des risques. De prime abord, il est urgent d’arrêter un programme de redressement économique. La réussite d’un tel programme est conditionnée par la compétence des ministres. Ce programme doit identifier les points de vulnérabilité de l’économie tunisienne et les mesures appropriées pour y faire face. Les réformes doivent être bien étudiées et bien mesurées avec un calendrier clair et précis.
La réussite d’un tel programme économique nécessite un consensus politique. L’UGTT doit se limiter à son rôle de syndicat et aider le gouvernement à trouver des solutions pour une paix sociale. Les partis politiques doivent mener des campagnes de promotion de l’investissement local comme étranger. Ils doivent également travailler à la réussite de la saison touristique et proposer des solutions pour redresser la situation économique et plus particulièrement l’activité minière à Gafsa.
L’absence de tous ces éléments donne le sentiment de vivre dans un système économique et social figé et suscite par conséquent beaucoup d’inquiétudes. Les décisions doivent être fondées sur une compréhension approfondie et nuancée des contraintes et des moteurs de la croissance. A l’évidence, une croissance économique durable est sans doute impossible sans un cadre économique, social et politique stable. Dès lors, il devient nécessaire de rechercher les conditions nécessaires à l’incontournable stabilité politique et économique.

Mohamed Ben Naceur

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