Le populisme accouchera-t-il d’un nouvel humanisme ?

Le monde a connu d’importants changements et la poursuite des transformations majeures à différents niveaux. Le premier d’entre-eux et probablement le plus inquiétant concerne la poursuite de la montée des inégalités sociales au sein des pays qui nourrissent en grande partie la haine, les ressentiments, ainsi qu’une érosion de la confiance dans le système démocratique. Certes, les stratégies de lutte contre la pauvreté, particulièrement dans les pays en développement dans le cadre des objectifs du développement du millénium des Nations-unies, ont été à l’origine d’une baisse importante des inégalités entre pays. Cependant, les inégalités au sein même des pays ont beaucoup augmenté du fait des politiques néo-libérales qui ont réduit la fiscalité sur les hauts revenus mais aussi la globalisation et la révolution technologique qui ont été à l’origine d’une augmentation rapide des revenus des secteurs liés à ces développements. Ainsi, une grande partie des sociétés vivent depuis de longues années ce schisme et ces divisions sociales entre des couches sociales populaires de plus en plus marginalisées et des couches moyennes en crise avec le déclassement des secteurs traditionnels liés au fordisme et les nouvelles couches sociales qui ont accumulé d’importantes richesses. Ces divisions sont à l’origine de rancœurs et d’hostilités qui pèsent de tout leur poids sur la légitimité des sociétés démocratiques.
Le second défi qui se pose au début de cette nouvelle année concerne la situation économique. Certes, le début de l’année écoulée a connu une certaine amélioration de la situation économique globale et beaucoup d’experts et les institutions internationales ont projeté une reprise de la croissance. Or, ces prévisions ont été revues à la baisse au cours des derniers mois et la croissance a les plus grandes difficultés à redémarrer et à retrouver son rythme d’avant la crise des années 2008-09. Ces faibles résultats ont été à l’origine de grandes inquiétudes et surtout d’une baisse de la confiance dans l’avenir. Ces difficultés économiques ont été renforcées par les bruits de guerre commerciale entamée par l’administration Trump avec l’Europe et la Chine, ainsi que la normalisation des politiques monétaires et la hausse des taux d’intérêt.
Ces développements économiques et sociaux ont eu des effets politiques importants et un grand nombre de pays ont connu d’importantes manifestations et des crises politiques majeures. Ainsi, les partis politiques traditionnels ont connu un recul majeur avec une crise sans précédent des formes de représentation politique. Cette crise a ouvert la porte au développement des forces politiques populistes qui ont commencé à inquiéter les régimes politiques démocratiques.
Ces évolutions ont été à l’origine de grandes inquiétudes et d’importantes interrogations sur l’avenir du système démocratique. En même temps, le populisme triomphant est au cœur de peurs et de craintes du fait du rôle joué par ces mouvements dans les tragédies de l’humain du siècle passé. Ces évolutions sont également au cœur d’importantes interrogations sur l’évolution du monde au cours de la nouvelle année. La question qu’on ne cesse de poser est de savoir notre capacité de sortir de ces crises par le haut et d’accoucher d’un nouvel humanisme.
Il nous semble nécessaire de mettre l’accent sur deux éléments essentiels qui doivent être au cœur d’une nouvelle expérience historique et de l’ouverture de notre monde sur un nouvel humanisme. Le premier élément est d’ordre national et met l’accent sur la nécessité de reconstruire les contrats sociaux et les conditions du vivre en commun dans les différentes sociétés. Ce projet suppose de faire de l’égalité sociale et de l’égalité des chances le centre d’un nouveau projet politique. Ce projet suppose également la définition de nouvelles politiques économiques qui doivent faire de l’inclusion et du développement durable, leurs grandes priorités stratégiques.
Le second défi concerne la nécessité de reconstruire un nouveau multilatéralisme et de nouvelles coopérations internationales entre les pays du monde. Les crises et la montée des populismes et des identités nationales ont été à l’origine d’un développement sans précédent des politiques unilatérales et des tensions entre les pays dont certaines se sont transformées en guerres et en conflits commerciaux. Il est essentiel de sortir de ces zones d’ombre et de construire de nouvelles dynamiques de coopération et de solidarité internationale.
La nouvelle année sera cruciale à plus d’un titre. Si les dangers sont importants, il est encore plus important de sortir des crises en redonnant l’espoir et la confiance dans l’avenir qui passent par la refondation des contrats sociaux au niveau national et par la construction de nouvelles coopérations et de nouvelles solidarités internationales. n 

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